- Auteur Jean-Marc Bouré
- Temps de lecture 6 min
Les Villas Belle-Epoque de Saint-Raphaël, entre passé et avenir
Découvrez l’histoire des villas Belle Époque de Saint-Raphaël. Un voyage architectural entre héritage prestigieux et préservation tournée vers l’avenir. Rencontre avec Hervé Couffin, président-fondateur de l’Association Villas Belle Epoque (AVBE), un des principaux artisans de la mise en valeur de ce patrimoine à Saint-Raphaël.

La Péguière drone : Patrice Texier, AVBE/Ville
Saint-Raphaël est la seule ville du Sud appartenant au réseau Villes Belle-Epoque, forte d’un patrimoine exceptionnel d’une centaine de villas construites entre 1864 et 1914. Il s’agit d’une belle consécration pour les propriétaires de ces bijoux architecturaux qui s’attachent depuis plus de dix ans à les mettre en valeur et les protéger, avec le soutien de la Ville.
Heureux retournement de situation après les errements urbanistiques de la seconde moitié du XXe siècle, qui avait conduit à la destruction de certaines de ces maisons d’exception…
Les Villas Belle-Epoque de Saint-Raphaël, une histoire entre passé et avenir
La révolution ferroviaire
C’est l’arrivée du chemin de fer PLM à Saint-Raphaël en 1864 qui permet le développement soudain de ce qui n’était qu’un petit village portuaire. On ne parlait pas encore de la Côte d’Azur ! Saint-Raphaël va surfer sur la vogue du climatisme et surtout sur la prospérité économique du Second Empire pour attirer une « haute société », mélange d’aristocrates, de bourgeois d’affaire et d’artistes. Un personnage, Alphonse Karr, ami de Victor Hugo, ancien rédacteur en chef du Figaro, qui avait déjà contribué à la réputation de Trouville et Honfleur dans les années 1840, s’installe à Saint-Raphaël en 1865 et attire avec lui une ribambelle d’artistes dont Charles Gounod et l’écrivain Jean Aicard. Les frères Goncourt, Théophile Gauthier, les Dumas père et fils et Hugo lui-même suivront…

Carrefour d’intérêts multiples…
Un ingénieur en chef des Ponts et Chaussées qui travaillait pour la compagnie PLM, Félix Martin, est élu maire en 1878. Il le restera dix-sept années. C’est sous son impulsion que Saint-Raphaël se développe considérablement, aidée par les progrès techniques de l’époque, éclairage public, eau courante, téléphone... Alors qu’une vingtaine de villas sont construites entre 1865 et 1878 seulement, deux cents villas sortent de terre sous le mandat du visionnaire Félix Martin, dont le beau-père était propriétaire foncier à Saint-Raphaël !
La construction de ces villas s’organise dans des espaces jusque-là sauvages : le plateau Notre-Dame, la corniche du bord de mer, Valescure au cœur de la forêt de pins parasols et vers l’Est, en bord de mer et au pied de l’Estérel, à Boulouris, Agay, Anthéor, jusqu’au Trayas, à la limite des Alpes-Maritimes.
L’éclectisme des styles architecturaux interpelle : certaines villas sont néoclassiques, d’autres méridionales, mauresques, art-nouveau, et même anglo-normandes. Si l’architecte le plus demandé est Pierre Aublé, ami du maire de l’époque, bien d’autres architectes ont œuvré ici. Marqueurs sociaux, ces maisons sont parfois ostentatoires mais souvent très réussies et bénéficient d’un écrin naturel qui les magnifie. Les jardins, tout à fait remarquables, accueillent des essences d’arbres inédites en France métropolitaine à l’époque, en provenance notamment des Antilles.
Un patrimoine vivant
Aujourd’hui, bien qu’une seule soit inscrite à l’inventaire des monuments historiques - la villa Magali avec son jardin qui abritent des vestiges des Tuileries - ces villas savent aussi se faire connaître au public amateur d’histoire et d’architecture grâce à trois parcours pédestres dotés de panneaux de médiation décrivant leur histoire, l’un dans le quartier Notre-Dame non loin du centre-ville, l’autre à Valescure, quartier des golfs, et le dernier à Boulouris.

Hervé Couffin, président-fondateur de l’Association Villas Belle Epoque (AVBE), un des principaux artisans de la mise en valeur de ce patrimoine à Saint-Raphaël
Comment et pour quelles raisons avez-vous décidé de la création d’une association des Villas Belle Epoque à Saint-Raphaël ?
J’ai eu la chance d’acquérir une villa Belle époque à Boulouris : nous avons compris qu’un patrimoine exceptionnel se cachait encore dans la station balnéaire. Avec un petit groupe nous avons créé notre association dans l’idée de contribuer à la protection de ces villas et de mettre en valeur ce patrimoine : protéger, faire connaitre et faire vivre, voici nos trois piliers. Pour commencer, nous avons publié un beau livre en partenariat avec la Ville « Demeures et jardins de la belle époque à Saint-Raphaël ». Nous en sommes au 5eme tirage, ce qui prouve l’engouement pour ce sujet.

Comment ouvrez-vous ce patrimoine privé à l’extérieur ? Est-il un élément de développement touristique pour la ville ?
Il faut savoir que ces villas sont privées pour l’essentiel. Mais l’office de tourisme organise des visites guidées sur des itinéraires d’où l’on peut apercevoir quelques façades de villas et des jardins.
La mairie a également mis en place, en coopération avec notre association, des panneaux explicatifs devant les villas afin de permettre aux promeneurs de découvrir ce patrimoine.
Enfin nous avons accepté des tournages d’émission de télévision qui ont touché un très large public.
Cette visibilité nouvelle a permis à Saint-Raphaël d’accéder en 2024 au Réseau Villes Belle Epoque, aux cotés par exemple de Cabourg, d’Houlgate, de Bagnoles-de-l’Orne. Des projets culturels (expositions, conférences…) portés par ce réseau seront un atout pour la ville.

Quels sont les enjeux futurs qui pèsent sur ce patrimoine exceptionnel ? Avez-vous des craintes pour l’avenir ? Des motifs de satisfaction ?
La pression immobilière sur la Côte d’Azur est immense. Il faut donc rester très vigilants et s’attacher non seulement à protéger nos villas mais aussi leur environnement immédiat, leur voisinage. C’est ce qui va pouvoir être fait avec la réglementation des Sites Patrimoniaux Remarquables dont trois secteurs de la commune bénéficient. Ce sera l'aboutissement de plus de cinq ans de travail et de procédure.
Je crois que chacun comprend que conserver le patrimoine du passé est l’affaire de tous, et que c’est une démarche résolument tournée vers les générations suivantes, donc vers l’avenir.
Nous invitons ceux qui voudraient en savoir davantage à se rendre sur le site internet : www.avbe.fr : on y retrouve l’essentiel des villas, des personnages célèbres y ayant vécu, les styles architecturaux.











