- Auteur Jacques Jarmasson
- Temps de lecture 4 min
Trois anges au diapason : Aude Extrémo, Débora Waldman et l’Orchestre national Avignon-Provence
Entre Mahler et Mozart, trois oeuvres méconnues de la compositrice Charlotte Sohy, rarement données en concert, ont enchanté les mélomanes de l’Opéra Grand Avignon. Retour de cette soirée mémorable du 3 avril dernier, bercée par la voix ample et veloutée de la mezzo-soprano Aude Extrémo.

Un concert original, intense, servi par les talents de la mezzo-soprano Aude Extrémo et la cheffe d’orchestre Débora Waldman. ©Jacques Jarmasson
Le vendredi 3 avril, l’Orchestre national Avignon-Provence (ONAP), a offert à son public une prestation qui marquera durablement les mélomanes. Intitulé Les trois anges, ce concert de musique classique lyrique, placé sous la direction de Débora Waldman, a déployé un programme reliant Gustav Mahler, Charlotte Sohy et Wolfgang Amadeus Mozart dans un dialogue esthétique passionnant. Mais s’il fallait retenir un moment de grâce absolue, il porterait sans conteste le nom de la mezzo-soprano Aude Extrémo, dont la présence vocale et expressive a littéralement transcendé la soirée.
Mahler, Sohy, Mozart : trois anges passent à l'Opéra Grand Avignon
Trois oeuvres méconnues
Après les avoir enregistrées en 2022, la mezzo-soprano Aude Extrémo, la directrice musicale Débora Waldman et l’Orchestre national Avignon-Provence nous donnent à entendre trois œuvres méconnues de la compositrice Charlotte Sohy. Autour des Trois chants nostalgiques et des deux mélodies Les Trois Anges et Ton Âme rarement donnés en concert, l’orchestre et la mezzo-soprano convoquent la musique de Mahler et notamment ses Chants d’un compagnon errant qui avaient inspiré à l’Autrichien la mélodie du deuxième originel et finalement retiré de sa Première Symphonie. Une page pastorale qui dialogue avec la plus belle et la plus glorieuse de Mozart, sa divine Symphonie n°41 dite « Jupiter ».

©Jacques Jarmasson
Une signature sonore reconnaissable
Dès les premières mesures des Lieder eines fahrenden Gesellen de Mahler, la soliste impose une signature sonore immédiatement reconnaissable. Sa voix, ample et veloutée, possède une immense profondeur. Les graves sont d’une grande richesse, tandis que le médium, magnifiquement nourri, rayonne d’une couleur sombre et lumineuse à la fois. Quant aux aigus, ils s’épanouissent avec une aisance impressionnante, sans jamais perdre cette densité expressive qui caractérise les grandes voix.
L’émotion au rendez-vous
Dans ces pages mahlériennes, si profondément marquées par la nostalgie et la solitude du voyageur, Aude Extrémo déploie une palette émotionnelle saisissante. Chaque mot semble pesé, chaque inflexion pensée comme un geste dramatique. Elle ne se contente pas de chanter ces lieder : elle les habite, les incarne, les fait vivre avec une intensité presque théâtrale.
Une écriture subtile et expressive
Fidèle à son engagement, Débora Waldman a mis au programme la compositrice française Charlotte Sohy. La découverte de ses œuvres constitue un grand moment de la soirée. Les Trois chants nostalgiques, suivis des mélodies Les Trois anges et Ton âme, révèlent une écriture subtile et profondément expressive, que la mezzo-soprano défend avec une conviction bouleversante. Dans ces pages, la voix d’Aude Extrémo devient pure matière poétique. Sa diction limpide donne au texte une clarté remarquable, tandis que le phrasé, infiniment nuancé, met en valeur la délicatesse harmonique de la compositrice.
Dans Les Trois anges, la chanteuse atteint un sommet d’émotion. Ce qui frappe avant tout chez Aude Extrémo, c’est cette alliance rare entre puissance vocale et intelligence musicale. Sa voix, large et généreuse, ne cherche jamais l’effet spectaculaire. Elle privilégie au contraire la vérité expressive, la précision du mot, la respiration naturelle de la phrase.

©Jacques Jarmasson
Mozart pour clore la soirée
L’orchestre, de son côté a poursuivi le voyage avec la majestueuse Symphonie Jupiter de Mozart. La direction de Débora Waldman, à la fois précise et vivante, met en valeur la clarté architecturale de l’œuvre et l’extraordinaire vitalité de l’orchestre.
L’empreinte, laissée par Aude Extrémo demeure le cœur vibrant de cette soirée. Par la richesse de son timbre, la profondeur de son expression et la noblesse de son chant, elle s’impose aujourd’hui comme l’une des grandes voix de sa génération, de sa capacité à faire naître l’émotion avec une telle intensité, tout en conservant une élégance musicale irréprochable.
Ce soir-là, à Avignon, la musique a été vécue, ressentie et partagée.












