Publié le 28/10/2020

Jean-Louis Grinda met en scène Carmen à l’Opéra de Monte Carlo. Comme un symbole de liberté …

Avancer, ne pas lâcher … Ainsi se prépare Carmen à l’opéra de Monte-Carlo avec une distribution éblouissante dans les consignes les plus exigeantes pour maintenir les représentations. À travers une version moins connue, malgré la popularité de cet opéra, les rôles sont inversés où le gentil devient le méchant. Rencontre avec Jean-Louis Grinda metteur en scène, au coeur de la découverte d’une vision subtile et délicate.

Monaco Jean-Louis Grinda - metteur en scene Carmen Opera Monte Carlo ©2016 - Alain Hanel - OMC

Carmen ouvre la saison lyrique 2020 2021 de l'Opéra Garnier à Monaco. L'un des opéras les plus populaires, il évoque la liberté de l'amour au risque de se perdre. Ultime opéra de Georges Bizet, cette Carmen mise en scène par Jean-Louis Grinda, s'inspire de la nouvelle de Prosper Mérimée. Une version qui renverse les rôles entre Carmen et Don José de manière surprenante. À découvrir les 20, 22 et 24 novembre prochains,

Communiqué du 3 Novembre 2020
Pour cette nouvelle production, «pour que le spectacle continue, parce que toutes nos équipes, tous les artistes sont enthousiastes et parce qu’il faut tout faire pour ne rien lâcher » comme l’évoque Jean Louis Grinda, l'Opéra de Monte-Carlo a décidé d’offrir aux Monégasques et aux résidents la possibilité d’assister gratuitement à ces deux représentations.
La représentation du vendredi 20 novembre est avancée à 18h30.
Celle du dimanche 22 novembre est maintenue à 15h

Rencontre avec Jean-Louis Grinda, metteur en scène, directeur de l'opéra de Monte-Carlo

La vision du metteur en scène : "Carmen est une fille qui tombe amoureuse comme elle respire"

Comment vous sentez-vous dans cette situation morose ?

Jean-Louis Grinda : Il faut avancer, il ne faut pas lâcher. C’est comme cela que nous fonctionnons avec les Musiciens du Prince depuis le 18 août. On se bat pour chaque concert, chaque lever de rideau, faire le travail multiplié par 2 ou par 3. C’est toujours plus facile de dire « j’annule ». 
On se bat pour sauver notre métier. On change les horaires des spectacles, on s’adapte. C’est vrai que c’est usant, mais il y a pire que nous. Les théâtres qui viennent de fermer en Italie, les artistes qui n’ont pas touché de cachet depuis plus de six mois, + de 30% de musiciens britanniques qui se demandent si ils ne vont pas changer de métier, des saisons entières annulées au Metropolitan Opéra et théâtre de Broadway … Ça c’est un vrai problème.
En France, il y a une politique culturelle d’État, c’est cela qui tient la culture en marche. 
Regardons ce qu’il se passe ailleurs avant de critiquer chez nous.

Monaco Jean-Louis Grinda - metteur en scene Carmen Opera Monte Carlo ©2016 - Alain Hanel - OMC
Jean-Louis Grinda - metteur en scene ©2016 - Alain Hanel - OMC

Carmen à l'Opéra de Monte - Carlo, un souffle de liberté à Monaco

L'opéra Carmen ouvre la saison lyrique de l’Opéra de Monte-Carlo. C’est un symbole de liberté ?

Jean-Louis Grinda : Oui c’est la liberté. En tant que metteur en scène, avoir un regard sur une oeuvre aussi connue, vue et revue que Carmen, n’est pas évident. Ma vision de Carmen est très simple. Si on prend par le bon bout ce qu’est Carmen, c’est quand même une jeune femme qui se fait assassinée par un homme qui croit avoir des droits sur elle. Je ne suis pas du tout le metteur en scène qui fait croire que Don José s’est fait manipuler par une femme fatale, une garce, voire une prostituée au pire.

Carmen est une femme qui revendique sa liberté mais elle est jeune. Elle ne la théorise pas. Elle l’applique tout simplement. C’est une fille qui tombe amoureuse comme elle respire. Elle ne demande rien à personne et encore moins à Don José. Elle ne lui demande rien du tout. Elle n’exige rien de lui dans sa sincérité : « Si tu veux être avec moi, moi je veux faire ma vie, tu me suis si tu veux »

Carmen est une fille bien

Version Opéra Carmen de Georges Bizet à Prosper Mérimée à Monaco

Carmen brule tout ce qu’elle touche, plus ou moins gravement, mais en brulant tout ce qu’elle touche, elle se consume elle-même. Carmen est une jeune fille innocente. Et le seul qui a compris cela dans le spectacle, c’est Escamillo : « les amours de Carmen ne durent pas six mois » Contrairement à Don José qui veut un amour absolu avec Carmen, qu’elle lui appartienne. Personne n’appartient à personne.
C’’est cette liberté là qu’elle va mettre en action. C’est la liberté de vivre la vie qu’elle veut mener et elle ne veut pas appartenir à quelqu’un, sauf celui qu’elle aura choisi peut être dans deux ans, dans cinq ans, dans dix ans …
 Elle ne sacrifiera pas sa liberté à la violence d’un homme, et c’est là où je veux en venir maintenant, c’est que le "salaud" de l’histoire, c'est Don José. Ce n’est pas un gentil homme qui est tombé sur une femme fatale, une garce. Non ! Si vous lisez la nouvelle de Prosper Mérimée, c’est un gars qui a été obligé de quitter son village, où il en parle avec nostalgie en flirtant avec Micaela. Il a dû quitter son village parce que c’est un assassin. Il a eu une rixe très grave et a dû s’engager dans l’armée. Ce type, pour moi, est un hyper violent. Et l’hyper violence qu’il a manifesté en off du spectacle, c’est à dire avant le premier acte de Carmen, dont on ne parle pas d’ailleurs dans l'opéra Carmen de Georges Bizet. Mais ça reste un violent, parce que l’on ne peut pas expliquer autrement que ce type la tue. C’est cela que je veux montrer à travers le spectacle, l’hyper violence de Don José.
Il y a d’une part une femme dionysiaque, c’est à dire sur laquelle plane une espèce de fatalité. Elle en sera elle même la victime, la victime de son destin à elle, mais surtout victime d’un homme qui croit qu’il a des droits sur elle. Il n’y a pas de pensées politiques chez une jeune fille de 18 ans chez Carmen. Il y a juste une intuition : elle a le droit d’être amoureuse de qui elle veut, quand elle veut. Elle n’appartient à personne tant qu’elle ne l’aura pas décidé.
Carmen n’est pas une garce, comme elle est décrite dans le spectacle. Si était une garce, jamais elle ne l’attendrait. Jamais elle ne le retrouverait . Elle tient sa parole. Carmen est une fille bien.

En se protégeant les uns des autres, on protège notre métier.

Comment aves vous imaginé la mise en scène, en tenant compte des contraintes sanitaires ?

Jean-Louis Grinda : Je garde la mise en scène que j’avais faite pour le Capitole de Toulouse, tout en l’améliorant, la peaufinant et l’adapter à la scène du Grimaldi Forum beaucoup plus grande, ce qui n’en sera que mieux. On a un protocole sanitaire que j’ai adopté, qui est celui de Salzbourg cet été.
Le festival de Salzbourg a pu faire une centaine de représentations à l’Opéra de Vienne, sans distanciation et sans un cas de covid.
Comment ? Parce que chaque jour, tout le monde se fait tester régulièrement. On teste, on isole. 
J’applique cela déjà avec les Musiciens du Prince, et l’on va poursuivre cette démarche pour l’Opéra de Monte-Carlo. Nous allons testé tout le monde : les artistes, les maîtres d’oeuvre, les figurants, les techniciens, les danseurs, les musiciens, les enfants de Carmen. Tout le monde se fait tester pour se protéger les uns des autres. Et en se protégeant les uns des autres, on protège notre métier, notre travail. Cela me semble essentiel.
Nous allons jouer l’opéra de Carmen, sauf catastrophe, dans une configuration tout à fait normale. Et je crois que le plus bel acte de Foi que nous puissions avoir aujourd’hui, j’allais presque dire de résistance, mais pas la résistance à laquelle on fait allusion actuellement. C’est de dire, « on va résister à l’inconvénient de notre période, en faisant notre métier le mieux possible, en ne sacrifiant rien d’artistique ». J’espère pouvoir faire un Carmen qui soit proche de l’idéal. Je vais tout mettre en oeuvre pour que l’on ait un spectacle le plus fidèle à l’idée que je me fais, de présenter Carmen à l’Opéra de Monte-Carlo, au mois de novembre. Et c’est là que le terme de résistance est le plus fort, si toutefois il y en avait un. C’est l’intégrité artistique qui compte le plus. C’est cela qui me semble fondamental. On va tout faire pour réaliser le spectacle le plus complètement possible.

Quels sont vos critères de choix pour la mezzo-soprano Aude Extrémo dans le rôle titre, et le ténor Jean-François Borras en Don José ?

Jean-Louis Grinda : Ce sont de très beaux artistes, des artistes français, qui correspondent à ce que j’attends de voir sur scène dans les rôles en question. Ce sont des personnes avec qui j’aime travailler. C’est un choix tout à fait subjectif, évidement, en dehors du fait qu’ils ont les capacités de chanter des rôles distribués. Il y a le côté humain, le challenge aussi. Pour Jean-François Borras, de jouer la violence, ce n’est pas évident non plus lorsque l’on a joué cet opéra de Carmen toujours autrement. La violence dans cet opéra s’inscrit juste au moment où l’on ne s’y attend pas. Jean-Francois Borras est tout a fait capable de tenir ce rôle avec la violence et en même temps, cette grande sensibilité, cette douceur.

Vous intégrez aussi de la vidéo dans votre mise en scène. Comment s’inscrit elle dans le spectacle ?

Jean-Louis Grinda : J’utilise toujours la vidéo à dose homéopathique dans les mises en scène d’opéra, tant je crois que l’image en scène est totalitaire par rapport à ce que l’on présente. Si vous présentez une grande image en scène, les spectateurs vont regarder l’image et ne vont plus regarder les acteurs. C’est vraiment en contre point de l’action pour suggérer certaines choses, par exemple avec Don José, Carmen, Escamillo , qui apparaissent de façon subliminales.

Après Lucia, Carmen ...

On a l’impression que vous magnifiez la position de la femme dans vos mises en scène comme pour donner un certain équilibre dans la société …

Jean-Louis Grinda : Je ne suis pas dans une position féministe, mais il se trouve que la plupart du temps, ce sont les femmes qui sont victimes à l’opéra. J’essaye, comme vous dites, d’apporter un équilibre .

C’est tout à votre honneur …

Jean-Louis Grinda : Je ne le fais pas pour ça. J’essaie d’apporter un éclairage. Faire Carmen en garce, ce n’est pas compliqué. Faire Don José en hyper violent, ce n’est pas pareil. Il sort de ses gonds parce que Carmen lui échappe. Il y en a beaucoup des hommes qui ne se contrôlent pas.

Informations pratiques de réservation Carmen à l'Opéra de Monte-Carlo

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