- Auteur Jacques Jarmasson
- Temps de lecture 5 min
Falstaff, les joyeux joujoux de Windsor : quand Verdi enchante l’enfance à l’Opéra Grand Avignon
Découvrez notre critique de Falstaff à Avignon. Une relecture ludique et colorée du chef-d’œuvre de Verdi sous le signe de l’enfance.

Les samedi 17 et dimanche 18 janvier, l’Opéra Grand Avignon, dans le cadre de sa saison 2025-2026, a offert au public un moment de grâce rare et jubilatoire avec Falstaff, les joyeux joujoux de Windsor, adaptation ludique, participative et merveilleusement inventive du dernier chef-d’œuvre de Giuseppe Verdi. Pensé comme une porte d’entrée enchantée vers l’art lyrique pour les plus jeunes, sans ne jamais rien céder aux exigences artistiques, ce spectacle a su séduire petits et grands, réunis autour d’un même émerveillement.
Falstaff, les joyeux joujoux de Windsor
Le dernier chef-d’œuvre de Verdi revisité avec panache, humour et poésie
Dans cette coproduction de l’Opéra Grand Avignon et du Teatro Sociale di Como-AslLiCo, le rideau s’ouvre sur un univers aussi tendre que facétieux : une salle de jeux de Windsor, imaginée par Andrea Piazza, qui signe avec brio l’arrangement dramaturgique et la mise en scène. Lorsque les enfants quittent la pièce, poupées, peluches et jouets prennent vie dans un joyeux tourbillon théâtral.
Au cœur de cette joyeuse ménagerie trône un vieux robot cabossé, roublard et attendrissant, Sir John Falstaff, figure tutélaire et clown magnifique, dont l’humanité débordante fait battre le cœur de tout le spectacle.
Andrea Piazza resitue l’histoire de Falstaff, accessible et ludique
« J'ai pensé à placer l'histoire de Falstaff, racontée à l'origine dans un monde réel dans l' univers des jouets, qui, une fois livrés à eux-mêmes, prennent vie et déclenchent une succession de plaisanteries et d'évènements. Nous nous identifions tous aux histoires que nous inventons avec nos jouets » confie le metteur en scène.

La précision de l'ensemble musical
Sur le plan musical, l’adaptation signée Massimo Fiocchi Malaspina, servie par la traduction française limpide de Renaud Boutin, rend l’œuvre immédiatement accessible, sans rien perdre de la finesse et de l’esprit de Verdi.
À la tête de l’Orchestre national Avignon-Provence, Frédéric Rouillon dirige avec une énergie communicative, conjuguant précision, souplesse et sens du théâtre. Sous sa baguette, la partition danse et se colore d’une infinité de nuances. Dès les chants du public, il se tourne vers ce dernier, comme pour le soutenir dans cette tâche délicate, et le résultat est saisissant.
Une scénographie en boîte à jouets
La scénographie d’Alice Vaninidéploie un terrain de jeu foisonnant, où l’imaginaire enfantin dialogue avec l’opéra dans un équilibre parfait. Les costumes de Rosario Martone transforment les chanteurs en jouets vivants pleins de caractère, tandis que les lumières de Gianni Bertoli sculptent l’espace avec poésie.
Falstaff, les joyeux joujoux de Windsor
La distribution, un festival de talents et de personnalités
Dans le rôle-titre, Nicolas Rigas livre un Falstaff absolument irrésistible. Voix généreuse, diction exemplaire et sens inné du comique, il rend un personnage empli d’humanité, tour à tour fanfaron, espiègle et touchant.
Face à lui, Samuel Namotte campe un Ford d’une élégance vocale remarquable, à la fois autoritaire et vulnérable, dont les élans jaloux sont servis par un timbre riche et une intelligence dramatique. Blaise Rantoanina, en Fenton, séduit par la fraîcheur de son chant.
Julien Desplantes, en Dr. Caius, brille par son sens du burlesque et sa précision vocale, tandis que Charlotte Bonnet (Mrs Alice Ford) impose sa présence scénique, conjuguant élégance, autorité, puissance et chaleur vocale à la fois. Raphaële Andrieu (Nannetta), enchante par la délicatesse de son timbre et la poésie de son interprétation, apportant une douceur féerique à chaque apparition.

Marie Gautrot, en Mrs Quickly, fait merveille par son sens du rythme, son humour savoureux et sa voix ample. Clélia Moreau (Mrs Meg Page) apporte finesse et complicité, tandis que Jasmine Monti (Bardolfo) et Carlo Merico(Pistola) forment un duo truculent, d’une précision comique redoutable qui a transporté de joie les nombreux enfants présents.
Chacun des artistes, par son engagement, sa générosité et son talent, participe à une véritable alchimie de troupe, d’où l’excellence musicale présentée par l’Opéra Grand Avignon. les ovations de fin furent d’ailleurs véritablement hors normes.
Un opéra à hauteur d’enfant, sans rien perdre de sa grandeur
Pensé comme un spectacle participatif, Falstaff, les joyeux joujoux de Windsor a invité le public à chanter, à interagir et à entrer pleinement dans l’aventure. Une démarche joyeusement pédagogique, devenue une signature de l’Opéra Grand Avignon, qui fait de la transmission un art à part entière.
Avec cette production, l’Opéra Grand Avignon a signé un rendez-vous festif, où le génie de Verdi se met à hauteur d’enfant sans jamais perdre sa finesse, sa profondeur ni sa puissance émotionnelle. Un triomphe de poésie, de musique et de théâtre.












