À l’Opéra de Marseille, Ermione de Rossini s’est révélée dans toute sa puissance lors d’une version concertante d’une intensité rare. Dépouillés de tout artifice scénique, les artistes ont fait vibrer la partition avec une force expressive qui a suspendu le temps dès les premières notes.
Publié le 06/03/2026
- Auteur Danielle Dufour-Verna
- Temps de lecture 4 min
Ermione à l’Opéra de Marseille – Quand Rossini fait chanter les âmes

Ermione (version concert) à l’Opéra de Marseille © Christian Dresse
Il est des soirs où les murs de l’Opéra de Marseille semblent vibrer d’une résonance particulière. Pour la représentation d’Ermione en version concertante du dimanche 22 février 2026, le temps s’est suspendu dès les premières notes. On redoute parfois la froideur du concert, cet alignement de pupitres qui pourrait briser l’illusion. Ce fut tout le contraire : dépouillés de costumes et d’artifices, les artistes n’en étaient que plus habités par ce bel canto tragique.
Ermione à l’Opéra de Marseille
Un écrin de lumière et de son
L’œil est d’abord flatté par une scénographie d'une simplicité exquise. Derrière les choristes, un fond bleuté, d’une douceur infinie, baigne la scène. Ce bleu profond, presque poudré, repose le regard et permet de se concentrer sur l'essentiel : le drame qui se noue au centre du plateau.

Sur scène, Michele Spotti, en magnifique chef de l’Orchestre de l’opéra de Marseille, agit en véritable alchimiste. Sa direction est d’une intelligence rare, d'une courtoisie presque amoureuse envers les solistes. L’orchestre, bien que puissant et précis, sait s’effacer avec une humilité exemplaire pour laisser toute la place aux voix. C’est un dialogue permanent, un tapis de velours tissé pour que les chanteurs puissent y déposer leurs plus belles nuances sans jamais avoir à forcer le trait.
L’incarnation pure
Au sommet de cette pyramide vocale, Karine Deshayes offre une interprétation qui fera date. On oublie la partition devant elle : ses mains, son regard perdu, ses silences parlent autant que son chant. Elle passe de la fragilité de la femme amoureuse à la fureur de la reine trahie avec une aisance qui laisse pantois.

À ses côtés, les deux ténors ont livré une joute mémorable. Enea Scala, en Pirro, a fait résonner un timbre de bronze, fier et tranchant, face à un Levy Sekgapane (Oreste) à la virtuosité presque irréelle. Ses suraigus, filés avec une légèreté de plume, semblaient s’envoler vers les dorures du plafond.
Une distribution soudée
Mais la force de cette soirée résidait aussi dans l’homogénéité du plateau. On retiendra la noblesse de l'Andromaque de Teresa Iervolino, dont les accents douloureux émeuvent l'assemblée, ainsi que la solidité des rôles secondaires, piliers indispensables de cette architecture tragique. Chaque intervention du Chœur, parfaitement préparé, ajoute une dimension solennelle à ce récit de sang et de larmes.

La ferveur marseillaise
Le public marseillais ne s’y est pas trompé. Dès l'entracte, les couloirs bruissaient d'une excitation palpable. À la fin de l'ouvrage, l’enthousiasme a littéralement explosé. Pas de simples applaudissements polis, mais une véritable décharge de reconnaissance. Entre les "bravi" hurlés depuis les balcons et les ovations debout, la communion entre la salle et la scène était totale.
On est ressortis sur la place de l'Opéra avec le sentiment rare d'avoir assisté à un moment de vérité. Ici, la musique de Rossini n'était pas un simple divertissement, c'était une expérience humaine vibrante, un rappel que la voix humaine est sans doute le plus bel instrument de théâtre qui soit.











