- Auteur Marie-Céline SOLÉRIEU
- Temps de lecture 4 min
Une Leçon particulière par Robin Renucci – Théâtre du Chêne Noir Avignon
Retour sur la Leçon d’Eugène Ionesco, ce mardi 10 mars au Théâtre du Chêne Noir à Avignon. Une mise en scène de Robin Renucci, directeur de la Criée de Marseille. Il y joue le professeur, accompagné de sa jeune élève Inès Valarcher et Christine Pignet, la bonne. Transmettre, apprendre, imposer : la frontière est mince. Que se passe t-il quand elle est franchie ? Robin Renucci

La Leçon de Robin Renucci, d’après l’œuvre d’Eugène Ionesco ©Vincent Beaume
Mardi 10 mars 2026, la salle de spectacle du théâtre du Chêne Noir à Avignon affichait complet. Parmi un public intergénérationnel, de nombreux étudiants sont venus écouter La Leçon, d'après l’œuvre d'Eugène Ionesco, mise en scène par Robin Renucci, directeur de la Criée - Théâtre National de Marseille.
La Leçon de Robin Renucci, d'après le chef d’œuvre de Ionesco
Sur la scène, des formes géographiques (cubes - triangles - rectangles) sont placées en guise de décor.
En fond sonore : des cris d'enfants dans une cour d'école, un avion qui décolle, la leçon peut commencer.
Robin Renucci est le professeur, Inès Valarcher la jeune élève, et Christine Pignet, la bonne.
La mise en scène contemporaine est sobre pour mettre en lumière le jeu des acteurs, moderne, comme pour laisser intemporelle l'histoire de La Leçon d'Eugène Ionesco.
Cette histoire est écrite en 1950. L'auteur, se montre audacieux, iconoclaste. A l'époque, le professeur est une figure respectée. Celui qui détient le pouvoir est un pilier de la société dix-huit ans avant les soubresauts de mai 1968. L'époque de la révolte et de la mise en interrogation de toutes nos relations humaines.
Avant les révoltes
Au début, le professeur est rassurant. L'élève pétille d'insouciance. Mais des tensions apparaissent. Le professeur affiche une allure respectable. Son maintien est rigoureux. Il semble même un peu timide, vraiment inoffensif.
Trois personnages
Robin Renucci, au costume élégant rend ce professeur attachant, voire même séduisant au début de la pièce. Peu à peu, le visage du comédien se transforme, se métamorphose, si bien que l'on ne reconnait plus l'ancien directeur des Tréteaux de France, ni même le directeur de théâtre qui oeuvre pour le théâtre populaire, engagé pour la création, la transmission et le partage de l'art.
Son interprétation est si habitée que notre professeur devient antipathique tant sa perversité et son désir de manipulation, de pouvoir auprès des jeunes femmes vulnérables, son autoritarisme, le submergent malgré lui.

Inès Valarcher est la jeune élève. La comédienne, équilibriste et contorsionniste par son parcours artistique, vient en toute confiance prendre La Leçon. Elle veut réussir son "doctorat total". Avec son casque audio, sa tablette et ses numéros d'équilibre, elle se sent invincible. Peu à peu, la faiblesse l'envahit, son mal aux dents aussi. Elle ne répond plus à l'arithmétique et encore moins à la philologie que lui imposent son professeur, soumise par une espèce d'emprise.
Christine Pignet, est la bonne. A la biographie cinématographique dense, notamment sa participation de comédienne dans deux films cultes tels que La vie est un long fleuve tranquille et Tatie Danielle, Christine Pignet, malgré ses discrètes apparitions, s'impose dans La Leçon. Par sa prestance scénique, elle joue un rôle essentiel dans la prise de conscience de l'emprise, de la manipulation psychologique.
« Eugène Ionesco veut nous parler du totalitarisme et de la violence faite aux femmes » souligne Robin Renucci. Il a déjà joué La Leçon au Théâtre de la Criée de Marseille. Il en maîtrise parfaitement toutes les nuances en se déclarant sensible « à l'emprise des cerveaux » et « au passage à l'acte . » Sous un vernis loufoque, la leçon est un drame. C'est même le récit d'un crime. Le texte, puissant, novateur, impressionne, et la diction des acteurs aussi.

Les mécanismes de la domination
Comme dans Rhinocéros, un autre texte de l'auteur, Ionesco témoigne d'une bouleversante aisance à démonter les mécanismes de la domination. Il connaît bien le totalitarisme pour l'avoir subi en raison de son origine roumaine. Il était aux premières loges du nazisme, du communisme ...
La façon de déclamer le texte ne supporte pas l'improvisation désordonnée. Des phrases précipitent une ambiance de plus en plus irrespirable.
La Leçon, bien que théâtre de l'absurde, est finalement une saine invitation à la vigilance. Personne n'est sacré. Le savoir ne doit pas être une excuse à des abus qui peuvent conduire à la mort. Un message salutaire.
La Leçon de Robin Renucci continue sa tournée 2026. Un spectacle à voir absolument !











