- Auteur Yvan Zakarian
- Temps de lecture 7 min
Fatoumata Diawara, une femme libre embrase Fiest’à Sète
« Le monde brûle, les hommes sont le feu, les femmes sont l’eau » : au Théâtre de la Mer, Fatoumata Diawara a livré une performance habitée, guitare en main et voix à vif lors de son concert ce 31 juillet à Fiest’à Sète. Portée par son nouvel album Massa, l’artiste malienne a transformé la scène en acte de liberté. En première partie, Nana Benz du Togo a lancé la soirée sous le signe de l’afroféminisme.

Fatoumata Diawara et sa guitare, symbole de liberté, Fiest’à Sète, 2026 ©Roman Josa
Extrait vidéo du concert ©YZ
La soirée Afro Queens du 30 juillet 2026 de Fiest'à Sète a tenu toutes ses promesses. Au Théâtre de la Mer, dans ce cadre magique entre ciel, mer et musique, le public est venu célébrer une rencontre avec des artistes porteuses de liberté, d'engagement et de valeurs universelles.
Fidèle à son identité, Fiest'à Sète propose une expérience qui dépasse la scène. Entre les stands engagés de SOS Méditerranée et d'Amnesty International, les espaces de restauration aux saveurs du monde et cette ambiance chaleureuse, festive et bon enfant, le festival cultive une véritable philosophie du partage. Une atmosphère fraternelle où la musique devient un lien entre les cultures.
Le directeur du festival, José Bel, ne cachait pas son plaisir rappelant que Fatoumata Diawara était invitée pour la troisième fois à Fiest'à Sète, une fidélité qui témoigne de la place particulière qu'occupe l'artiste dans l'histoire du festival et de la proximité entre ses valeurs et celles défendues ici.
Nana Benz du Togo électrise la scène avant Fatoumata Diawara

Avant Fatoumata Diawara, les Nana Benz du Togo ont apporté leur énergie débordante. Ce pétillant quintet venu de Lomé revendique un « digital vaudou », une électro féministe et une transe urbaine qui mêlent modernité et traditions.
Leur nom rend hommage aux célèbres Nana Benz, ces femmes togolaises commerçantes devenues des figures d'émancipation et d'afroféminisme. Avec trois voix féminines puissantes, des percussions fabriquées à partir de tôles, de caisses et de tubes PVC, et un petit synthé aux motifs entêtants, elles déclenchent une irrésistible vague de groove et de bonne humeur. Une entrée en matière à l'image de la soirée : féminine, engagée et joyeuse.
Comment Fatoumata Diawara a transformé sa guitare en symbole de liberté à Fiest'à Sète
Fatoumata Diawara, une artiste en perpétuelle évolution
Pour celles et ceux qui suivent Fatoumata Diawara depuis ses débuts, une évidence s'impose : son évolution est permanente. Chaque album est une nouvelle étape, une remise en question, une recherche artistique renouvelée. Avec Massa, elle poursuit ce chemin en affirmant une nouvelle énergie, plus électrique, sans jamais perdre ce qui fait son identité.
Dès les premières notes de Djanne, le public entre dans son univers. Les guitares imposent leur présence, la rythmique frappe avec puissance et la voix s'élève immédiatement. On retrouve l'influence de Matthieu Chedid, son complice de l'aventure Lamomali, qui a accompagné la réalisation de l'album. Une collaboration qui apporte une couleur plus rock et très actuelle.
Au centre de cette évolution se trouve sa guitare. Elle est bien plus qu'un instrument : elle est un symbole de liberté. Au Mali, jouer de la guitare lorsqu'on est une femme a longtemps été considéré comme une transgression. En choisissant cet instrument, Fatoumata Diawara a aussi mené un combat culturel : celui d'une femme qui prend la parole, crée et occupe pleinement l'espace artistique.
Sur scène, son jeu de guitare impressionne. Précis, sensible, puissant, il dialogue avec sa voix et avec les autres musiciens. Ses solos rappellent qu'elle est une véritable guitariste, capable de faire vibrer son instrument avec autant d'intensité que ses textes.
Sa voix, elle aussi, semble avoir encore évolué. Plus ample, plus profonde, capable de passer de la fragilité à des envolées impressionnantes, des cris de joie, elle conserve ce grain unique qui la rend immédiatement reconnaissable.

Une artiste qui chante avec son corps et son âme
Sa danse est un langage à part entière. Elle raconte la mémoire, les racines, la joie et les blessures. Il y a chez elle une force incroyable, mais aussi cette petite fille qui semble toujours présente, cette part d'elle-même qui joue, rit et s'émerveille encore d'être sur scène.
Son sens de l'image participe pleinement à son spectacle. Héritière de son expérience théâtrale auprès de Royal de Luxe et de Peter Brook, Fatoumata Diawara considère le costume comme un élément du récit. Bijoux, coiffures, matières et couleurs accompagnent ses métamorphoses scéniques comme une forme d'expression totale, où la musique, le corps et l'image racontent la même histoire. Jusqu'à ce moment suspendu où, portant un masque, elle semble changer d'état, entrer dans une autre dimension, entre danse, transe et spiritualité. Une séquence saisissante, instinctive, presque ancestrale.
Massa, un album intime entre engagement féministe et hommage au père
Une musique engagée et profondément humaine
Chez Fatoumata Diawara, la musique est indissociable du message. Massa est un album intime où elle parle de son histoire, de sa famille, de ses blessures et de ses combats.
Avec émotion, elle évoque son père disparu : « Il a senti que j'étais différente. Il m'a mise sur scène. Je comprends pourquoi aujourd'hui. »
Quelques mots simples qui éclairent son parcours et cette destinée artistique qu'elle semble aujourd'hui pleinement assumer.
Son engagement pour les femmes traverse toute la soirée. « Le monde brûle, les hommes sont le feu, les femmes sont l'eau », lance-t-elle au public. Une image forte pour défendre la nécessité d'une véritable parité dans le pouvoir et rappeler l'importance de toutes les différences. Son message n'est pas celui d'une opposition entre hommes et femmes, mais celui d'un équilibre nécessaire.

Autour de Fatoumata Diawara, un groupe soudé au service de l'énergie collective
Autour d'elle, les musiciens forment une équipe d'une grande cohésion.
Yves William Ombe Monkama à la batterie apporte une puissance impressionnante et une pulsation constante. Juan Finger à la basse construit un socle profond et précis, indispensable à l'énergie du groupe. Jurandir Da Silva Santana à la guitare dialogue avec Fatoumata avec beaucoup de finesse et de complicité. Fernando Javier Tejero Velez aux claviers enrichit les morceaux de textures modernes et subtiles.
La qualité sonore mérite également d'être soulignée. Grâce au travail de l'ingénieur du son Paul Riquet, la puissance du groupe reste parfaitement maîtrisée. Chaque instrument trouve sa place et la voix de Fatoumata conserve toute sa richesse.
Stevie Wonder, John Lennon, Bob Marley : la communion finale
Le concert s'achève dans une grande communion avec le public. Fatoumata Diawara revisite plusieurs monuments de la musique mondiale : Higher Ground de Stevie Wonder, quelques notes d'Imagine de John Lennon et une version très personnelle de No Woman, No Cry de Bob Marley.
Des chansons universelles qui rejoignent naturellement son message de paix, de fraternité et d'espoir.
Dans le décor exceptionnel du Théâtre de la Mer, Fiest'à Sète a offert une nouvelle fois une soirée à son image : ouverte sur le monde, généreuse, humaine. Avec Massa, Fatoumata Diawara confirme qu'elle est une artiste libre, une guitariste engagée et une voix essentielle de notre époque.











