- Auteur Jacques Jarmasson
- Temps de lecture 4 min
À L’Autre Scène, l’Orchestre national Avignon-Provence grave la mémoire avec « La Musique des âmes »
Avec la « Musique des âmes », l’Orchestre National Avignon Provence bouleverse L’Autre Scène et grave la mémoire dans la lumière. Retour sur le concert du 15 février où Julie Depardieu a prêté sa voix au texte poignant de Sylvie Allouche, accompagnée par le violon subtil d’Alexandra Soumm et la force bouleversante des voix d’enfants sous la direction musicale de Victor Jacob.

©Orchestre national Avignon-Provence / Alice Prouvé
Certaines soirées dépassent le simple cadre du concert pour devenir des expériences humaines totales. Ce dimanche 15 février, à L’Autre Scène de Vedène, dans le cadre de sa saison symphonique 2025-2026, l’Orchestre national Avignon-Provence a offert avec La Musique des âmes un moment d’une intensité rare, un souffle artistique et mémoriel qui a traversé la salle de part en part et unissant toutes les générations dans une même émotion.
Créée à l’occasion de la commémoration des 80 ans de la rafle du Vélodrome d’Hiver, cette fresque pour chœur, orchestre, violon et récitante, inspirée du roman jeunesse La Musique des âmes de Sylvie Allouche, se présente comme une passerelle sensible entre transmission historique et puissance de l’art.
Une œuvre profondément nécessaire aujourd’hui, qui parle aux enfants sans jamais cesser d’émouvoir les adultes.

« La Musique des âmes » : l’Orchestre National Avignon-Provence bouleverse son public
Une fresque musicale d’une puissance saisissante
La partition du compositeur en résidence Fabien Cali se déploie comme un long frisson. Elle épouse les émotions du récit avec une finesse d’écriture remarquable. Les textures orchestrales laissent surgir des motifs d’une tendresse infinie avant de se briser dans des élans dramatiques qui saisissent le public.
Sous la direction musicale de Victor Jacob, l’Orchestre national Avignon Provence a atteint des sommets de nuance et d’intensité. Le chef a su sculpter le silence autant que le son, ménageant des respirations où l’émotion affleure avec une délicatesse bouleversante.
Alexandra Soumm, un violon comme une voix humaine
Au centre de cette architecture musicale, le violon d’Alexandra Soumm irradie. Son jeu, d’une expressivité saisissante, semble porter à lui seul les espoirs et les fragilités des personnages. Chaque phrase devient parole, chaque note une caresse ou une déchirure.
Julie Depardieu, une récitante habitée
La comédienne Julie Depardieu a prêté sa voix au récit avec une justesse et une pudeur admirables. Sans pathos, dans une proximité presque chuchotée, elle incarne les mots avec humanité. Sa présence a créé un lien immédiat avec le public, notamment avec les plus jeunes.
La force bouleversante des voix d’enfants
Mais la grande singularité et l’immense beauté de cette Musique des âmes réside dans la présence des chœurs d’enfants.
Le chœur CHAM (Classes à Horaires Aménagés Musique) du Conservatoire à Rayonnement Régional du Grand Avignon, en partenariat avec Collège Vernet, préparé par Kenny Ferreira et Isabelle Guignard, a été rejoint par les élèves de l’École du Domaine du Possible d’Arles dirigés par Mathilde Monteaux, apportant à l’œuvre une dimension des plus profondes.
Voir et entendre sur scène des enfants chanter l’histoire d’autres enfants, emportés dans la tragédie de juillet 1942, a créé un effet d’identification à la force inouïe. Leurs voix, deviennent celles de la mémoire et de l’avenir tout à la fois.

«La Musique des âmes » : Un spectacle essentiel pour transmettre
Les représentations scolaires des 12 et 13 février, inscrites dans le dispositif « Collèges au concert » soutenu par le Conseil départemental de Vaucluse, ont démontré la puissance pédagogique de l’œuvre. La représentation tout public de ce dimanche en a été l’aboutissement lumineux : une salle recueillie, des silences chargés de sens, puis une ovation longue, comme pour retenir encore un peu cette émotion collective.
Car La Musique des âmes réussit ce miracle : parler de l’indicible avec douceur, transmettre sans asséner, émouvoir sans jamais écraser. Elle rappelle, avec une infinie délicatesse, que la mémoire se nourrit aussi de beauté.
Une soirée qui marque l’histoire culturelle du territoire
Avec cette production, L’Autre Scène (salle gérée par l’Opéra Grand Avignon), confirme son rôle de lieu majeur de création et de diffusion, capable d’accueillir des projets d’une telle envergure artistique et humaine. Quant à l’Orchestre national Avignon-Provence, il démontre une nouvelle fois combien il est un acteur essentiel de la vie culturelle, un passeur d’émotions et de sens.
Dimanche soir, à Vedène, la musique n’a pas seulement été entendue : elle a été ressentie, partagée, vécue. Elle a fait œuvre de mémoire.











