Le 19 février 2026, Alexandre Kantorow offrait un récital d’exception au Centre d’Art des Collines de Grasse. À l’initiative de Gilles Fuchs, mécène passionné et amoureux de la cité des parfums, l’événement confirme l’ambition artistique de cette structure singulière. Une belle conclusion d’un cheminement de l’ombre vers la lumière offert par un jeune artiste au sommet de son art.
Publié le 05/03/2026
- Auteur Philippe Depetris
- Temps de lecture 4 min
De l’Ombre à la lumière ! Récital d’Alexandre Kantorow – Cathédrale de Grasse

De l’Ombre à la lumière ! Récital d’Alexandre Kantorow – Cathédrale de Grasse ©Philippe Depetris
Jeudi 19 février 2026, le pianiste Alexandre Kantorow était l’invité pour un récital exceptionnel du Centre d’Art des Collines de Grasse. Cette association a été créée et est animée dans la cité des parfums par Gilles Fuchs, ancien président des parfums Nina Ricci, amateur d’art collectionneur engagé et créateur de l’Association pour la diffusion internationale de l’Art Français et surtout passionné de cette ville qui l’a vu grandir.
Alexandre Kantorow à Grasse : Récital de l'Ombre à la Lumière
L’un des pianistes majeurs de sa génération sur le plan international
Le cadre choisi, la magnifique cathédrale Notre-Dame-du-Puy à Grasse comble d’un public passionné, a offert au piano du jeune interprète un écrin de choix et une acoustique finalement bien adaptée à cet instrument. Depuis sa victoire au concours Tchaïkovski de Moscou, assortie du grand prix seulement attribué trois fois dans toute l’histoire de ce prix mythique, Alexandre Kantorow s’est imposé comme l’un des pianistes majeurs de sa génération sur le plan international. Mais plus que sa virtuosité et sa facilité à maîtriser les œuvres les plus difficiles du répertoire, c’est l’intelligence, la poésie et la profondeur de ses interprétations, son sens des contrastes et de la respiration musicale et du silence expressif qui constituent les marqueurs principaux de son talent.
Une intelligence que suggère la composition même du programme qu’il avait choisi d’interpréter à Grasse. Le récital s’ouvrait par les variations « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen » de Jean-Sébastien Bach dans la transcription de Franz Liszt. Le ton de la soirée était donné avec la lecture organique de cette œuvre d’une haute spiritualité qui joint à l’architecture et à la clarté de l’écriture du Kantor de Leipzig, le foisonnement polyphonique du vocabulaire pianistique lisztien.

©Philippe Depetris
A la découverte de Nikolaï Medtner
Avec la magnifique sonate opus 5 de Nikolaï Medtner qui fut pour beaucoup une véritable découverte, Alexandre Kantorow entrait dans le vif de son sujet dominant aussi bien la difficulté technique de l’œuvre que sa profondeur d’inspiration. Sans jamais tomber dans la démonstration gratuite, le pianiste en a détaillé la complexité rythmique et la richesse harmonique en livrant une vision très incarnée de la musique de ce pianiste compositeur admiré de Rachmaninov.
La veine romantique de ce programme passait ensuite par le prélude opus 45 de Chopin dont Kantorow a dégagé toute la sensibilité et la musicalité introspective, l’originale et débridée « Chanson de la folie au bord de mer » de Charkes-Valentin Alkan, et une pièce trop rarement donnée en concert intitulée «Vers la flamme » opus 72 l’une des dernières compositions pianistiques de Scriabine dont on apprécia sous les doigts du pianiste la luminosité et la délicatesse mesurées jusqu’à l’embrasement final.
Une expression musicale visionnaire
Après la respiration offerte par ces courtes pièces, Alexandre Kantorow se lançait à l’assaut de la sonate n°32 opus 111 de Beethoven, œuvre ultime et testament musical du compositeur. Ce fut un merveilleux voyage que cette interprétation magistrale entre la révolte contenue du mouvement initial maestoso – allegro con brio ed appassionato et la sérénité hors du temps de l’Arietta et ses variations ouvrant la porte de l’univers futur d’une expression musicale visionnaire.
Alexandre Kantorow offrait en bis au public enthousiasmé la sublime transcription Lisztienne de la mort d’Isolde du « Tristan et Isolde » de Wagner dont il porta la puissance émotionnelle à son paroxysme dans le paradoxe d’une interprétation qui tirait son intensité d’une vision épurée de cette partition nous plongeant dans l’essence même de la musique en parfaite résonance avec les pierres séculaires de la cathédrale.
Belle conclusion de ce cheminement de l’ombre vers la lumière offert par un jeune artiste au sommet de son art.











