Publié le 21/04/2026

Pays de Fayence : Un patrimoine parfumé qui résiste et s’affirme

Les savoir-faire liés au parfum sont ancrés dans le Pays de Fayence, connu pour ses villages perchés, ses essences méditerranéennes, ses senteurs de garrigue. Guillaume Garcia-Moreau, ancien directeur du château de la Colle Noire à Montauroux, évoque pour nous cette agriculture florale qui perdure.

La cueillette de la rose centifolia, pays de Fayence, avril 2026.

La rose centifolia est une rose ancienne réputée pour son puissant parfum. Une fleur qui se distingue aussi par l’opulence de ses feuilles et de ses pétales. De nombreux champs sont de nouveau exploités.

En 2018, « Les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse » ont été inscrits au Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité par l’UNESCO. Cette inscription ne célèbre pas seulement un héritage historique de l'agriculture florale : elle reconnaît des pratiques toujours vivantes, associant la culture des plantes à parfum, la transformation des matières premières et l’art de la composition.

Le Pays de Fayence vise la reconnaissance pour sa culture des plantes à parfum

Un territoire dominé par les villages perchés

Mais si la ville de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, vient spontanément à l’esprit lorsque l’on évoque l’art du parfum, il ne faut pas oublier que le voisin Pays de Fayence, dans le Var, offre lui aussi une histoire et des pratiques agricoles d’aujourd’hui étroitement associées à cet univers.

Village de Tanneron, Pays de Fayence, avril 2026.
Le village de Tanneron, l'un des villages perchés du Pays de Fayence.

Situé à la limite orientale du département du Var, le Pays de Fayence constitue un territoire charnière entre Provence et Alpes-Maritimes. Dominé par une succession de villages perchés — Montauroux, Callian, Tourrettes, Fayence, Seillans, Mons, Tanneron, Bagnols-en-Forêt et Saint-Paul-en-Forêt — il s’étend des vallées de la Siagne jusqu’aux premiers reliefs préalpins.

Une histoire agricole commune

Il faut rappeler que, jusqu’en 1860, le Pays de Fayence et le Pays de Grasse appartenaient tous deux au département du Var. La création du département des Alpes-Maritimes à la suite du rattachement du comté de Nice entraîne alors le détachement de l’arrondissement de Grasse du Var. Le Pays de Fayence reste dans le Var, se trouvant désormais à la périphérie d’un territoire avec lequel il partage pourtant une histoire agricole étroitement liée aux fleurs à parfum.

Aujourd’hui, on a malheureusement largement oublié que l’économie des fleurs à parfum s’est développée dans un ensemble plus large que le seul Pays de Grasse.

Guillaume Garcia-Moreau, diplômé de l’Ecole du Louvre et ancien directeur du château de la Colle Noire à Montauroux, se fait fort de nous le rappeler. Très attaché à cette région, il est à l’origine d’une réflexion sur la valorisation de ce territoire : « Les Chemins parfumés en Pays de Fayence ». Nous l’avons rencontré.

Guillaume Garcia-Moreau, ancien directeur du château de la Colle Noire à Montauroux.

Pourquoi ce développement de la culture des plantes à parfum en Pays de Fayence ?

L’agriculture du Pays de Fayence s’est longtemps caractérisée par une grande diversité de cultures favorisée par l’alternance de vallées, de collines, et de reliefs plus élevés.

La vigne, les oliviers et les mûriers destinés à la sériciculture (élevage du vers à soie) ont constitué pendant plusieurs siècles les principales ressources agricoles. Cette polyculture permettait aux populations rurales de limiter les risques liés aux crises climatiques ou économiques.

Dans ce contexte, les plantes aromatiques et les fleurs à parfum se sont progressivement intégrées au système agricole existant. Elles ne représentaient pas nécessairement une activité exclusive, mais plutôt une culture complémentaire susceptible de générer des revenus supplémentaires.

Cette complémentarité agricole explique en grande partie l’implantation des cultures florales dans le Pays de Fayence, où elles trouvaient des conditions favorables tout en s’inscrivant dans un équilibre économique plus large.

Pouvez-vous nous parler de ces fleurs et plantes à parfum ?

Parmi les plantes associées à l’économie du parfum, plusieurs ont marqué durablement le territoire :

La rose centifolia, utilisée dans la fabrication des essences parfumées, est l’une des fleurs les plus emblématiques de la parfumerie grassoise. Cultivée pour son parfum intense, elle était récoltée et transformée selon différentes techniques d’extraction. De nombreux champs sont désormais de nouveau exploités, ponctuant les paysages notamment avec sa spectaculaire floraison au mois de mai – d’où son surnom de « rose de mai » – et sa récolte à la main.

Christian Dior à la Colle Noire, Montauroux, Pays de Fayence, avril 2026.
En 1950, Christian Dior fait l'acquisition du château de la Colle Noire, édifié sur un promontoire dominant la plaine de Montauroux. Le domaine comprend des cultures florales.

À Montauroux, la présence de Christian Dior au milieu du XXᵉ siècle rappelle l’importance de ces cultures florales, où il acquiert le domaine de la Colle Noire. Le domaine comprend alors des cultures florales — notamment roses et jasmins — qui s’inscrivent dans la tradition agricole locale. Si ces fleurs n’ont pas été utilisées directement dans la fabrication des parfums Dior, elles témoignent néanmoins de l’importance symbolique et paysagère des cultures à parfum dans le territoire.

Le jasmin occupait également une place importante dans l’économie florale régionale. Sa culture s’est largement développée au XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle dans l’arrière-pays grassois et dans certaines communes du Pays de Fayence. Cette plante, pilier de la parfumerie, exige cependant des conditions climatiques relativement douces.

La récolte du jasmin chez la vicomtesse de Savigny, avril 2026.
La récolte du jasmin chez la vicomtesse de Savigny de Moncorps, créatrice des Parfumeries de Seillans en 1881.

La tubéreuse, fleur au parfum puissant très recherchée en parfumerie, a connu dans le passé des cultures ponctuelles dans l’arrière-pays grassois. Sa présence réapparaît aujourd’hui dans certaines exploitations du Pays de Fayence, illustrant la reprise progressive de cultures florales associées à l’univers du parfum.

Le mimosa, introduit au XIXᵉ siècle, constitue une autre culture caractéristique du territoire. À Tanneron notamment, il s’est progressivement acclimaté aux collines et s’est imposé comme une composante majeure du paysage, transformant le massif en or jaune.

La lavande, présente dans les zones d’altitude, représente également une ressource importante. Tout d’abord sauvage puis peu à peu cultivée, elle était parfois distillée directement sur les lieux de récolte à l’aide d’alambics installés en plein champ, témoignant des techniques d’extraction utilisées pour produire les huiles essentielles.

Ces différentes cultures reflètent la capacité des agriculteurs à adapter leurs pratiques aux conditions naturelles et aux évolutions de la demande.

Cette agriculture florale doit-elle son développement à des personnages marquants ?

Le rôle des femmes dans l’économie florale a été crucial. La culture des fleurs à parfum reposait sur un travail saisonnier important, auquel les femmes participaient largement.

La cueillette des fleurs exigeait en effet une grande précision. Les roses ou les fleurs de jasmin devaient être récoltées à des moments précis afin de préserver leurs qualités olfactives. Cette activité mobilisait une main-d’œuvre nombreuse pendant les périodes de floraison.

La cueillette des tubéreuses en Provence au début du XXe siècle, Pays de Fayence, avril 2026.
La cueillette de la tubéreuse, l'une des plantes les plus odorantes au monde, était surtout faite par des femmes. La plante libère son parfum au crépuscule.

Certaines figures féminines ont marqué l’histoire du territoire

À Seillans, la vicomtesse de Savigny, Jeanne de Rostaing, véritable pionnière, joue au XIXᵉ siècle un rôle important dans le développement et la professionnalisation de la culture des fleurs à parfum.

À Callian, Catherine Dior — résistante pendant la Seconde Guerre mondiale et sœur du couturier Christian Dior — participe après-guerre à la culture de fleurs destinées à la parfumerie, cultivant des roses jusqu’à sa mort en 2008.

La reine Jeanne à Saint-Paul et Sainte-Agathe à Mons constituent aussi des figures appartenant à la légende du Pays de Fayence.

Et aujourd’hui, quelle est la situation depuis le classement UNESCO ?

Si une partie des cultures florales du Pays de Fayence a reculé à partir du milieu du XXᵉ siècle sous l’effet des transformations agricoles et de la concurrence internationale, l’histoire des fleurs à parfum dans ce territoire n’est pas uniquement un héritage du passé.

Depuis plusieurs années, on observe au contraire une résurgence progressive de certaines cultures, notamment la rose et la tubéreuse. Ces initiatives, portées par des agriculteurs ou de jeunes producteurs, s’inscrivent dans un contexte marqué par un regain d’intérêt pour les productions locales et pour les savoir-faire associés à l’univers du parfum.

Le Pays de Fayence apparaît comme l’un des territoires qui participent toujours à cet ensemble de savoir-faire et de paysages. Son histoire agricole, ses cultures florales et certaines activités encore présentes aujourd’hui rappellent que l’univers du parfum s’est construit — et continue de se construire — à l’échelle d’un territoire plus vaste que la seule ville de Grasse.

Que faire pour que le Pays de Fayence soit mieux identifié comme un territoire lié à l’univers du parfum ?

Des initiatives émergent pour mieux structurer et rendre lisible cette histoire en s’appuyant sur les paysages, les cultures, et les figures, qui ont façonné le territoire.

L’enjeu n’est pas seulement de rappeler un passé, mais de donner à voir une continuité entre agriculture, savoir-faire et création, dans un territoire qui demeure profondément lié à l’univers du parfum. Ce travail de mise en lumière du territoire pourrait notamment prendre la forme d’un parcours structuré à l’échelle des villages du Pays de Fayence.

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