- Auteur Victor Ducrest
- Temps de lecture 3 min
De Tunis à Vaison-la-Romaine, une Carmen universelle
« C’est quasiment une révolution nationale à Tunis », confie Abou Lagraa. À Vaison Danses, le chorégraphe algéro-ardéchois a offert avec les douze danseurs de l’Opéra de Tunis une Carmen sensuelle, hip-hop et libre, où les femmes échappent enfin à leur destin tragique. Une danse vibrante, née à 150 artistes à Tunis, condensée ici en une heure d’intensité pure.

Duo de danseurs interprétant Carmen et Don José, rose rouge en scène, Vaison Danses, 2026 ©AA
Lors du festival Vaison Danses, très belle soirée dansante que cette nuit du mercredi 22 juillet 2026 au théâtre antique de Vaison-la-Romaine. Tant pour sa première partie avec « Mémoria », une pièce dansée par les jeunes artistes des écoles de danse du territoire, entraînants et entraînés par le chorégraphe Nacim Battou, que pour son morceau de choix avec les douze danseurs de l'Opéra de Tunis qui, sous la direction d'Abou Lagraa, réinterprète la Carmen de Prosper Mérimée sur la musique de Bizet.
Comment Abou Lagraa a transformé Carmen en un hymne à la liberté des femmes tunisiennes
Une musique revivifiée que le chorégraphe algéro-ardéchois nous donne à redécouvrir en accentuant ses rythmes et sa vitalité sensuelle sans pour autant la trahir.

Carmen selon Abou Lagraa, entre sensualité et liberté retrouvée
Ce n'est pourtant pas faute d'y avoir mis sa propre vision de la dramaturgie originale, d'abord en multipliant les figures de la cigarière andalouse pour parler plus généralement de la Femme, puis en modifiant la chute tragique de la pièce : les Don José de la pièce ne tuent pas les Carmen, et les femmes vivent leur liberté.
Au-delà de l'histoire passionnée de Carmen, dont le fond nous est devenu familier, Abou Lagraa nous offre tout simplement de la danse avec ses ponctuations et la diversité de ses tableaux. De la danse où l'on ne se pose pas de questions métaphysiques, mais où l'on se demande comment les choses vont continuer et se finir sur une scène où tout se passe comme si chaque danseur s'adressait aux autres danseurs sans nous oublier, nous les spectateurs. De la danse où l'on vibre sur des pas aussi bien hip-hop que contemporains ou classiques, sur des mouvements d'ensemble qui se font et se défont au fil du spectacle.
De Tunis à l'Europe, la genèse d'une révolution chorégraphique
À la fin de la représentation, en bord de régie, Abou Lagraa a répondu aux questions de Pierre-François Heuclin et du public. On apprend ainsi que ce spectacle a d'abord été présenté à Tunis en 2023 avec 150 chanteurs et danseurs.
« C'est une première dans un pays du Maghreb. Il y a même eu une version chantée en arabe au festival de Carthage devant 12 000 personnes. Donc d'abord c'était un opéra de 3h40. Un vrai défi, tellement bien relevé que 20 000 Tunisiens se sont déplacés pour voir le spectacle. Et puis après, on a eu l'idée de faire cette version d'une heure pour que cela coûte moins cher. On peut dire que c'est quasiment une révolution nationale à Tunis. Le pays est musulman. Tous les danseurs sont musulmans. Or ils se touchent, ils dansent, ils sont sensuels. Et le public vient applaudir cette liberté et cette égalité… »

Carmen en tournée, les prochaines dates d'Abou Lagraa
Le spectacle va continuer à tourner en Europe. Après Vaison, il poursuivra sa tournée sur plusieurs scènes françaises avant une étape en Suisse. D'autres dates européennes devraient être annoncées dans les prochains mois.











