- Auteur Philippe Depetris
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Holly Hyun Choe et Luka Coetzee : Le souffle de la jeunesse embrase l’Orchestre national de Cannes
Holly Hyun Choe : entrée en scène réussie pour la future directrice musicale de l’Orchestre national de Cannes qui a partagé un triomphe avec la jeune violoncelliste canadienne Luka Coetze. Retour sur le concert du 22 mars 2026 donné au Palais des Festivals de Cannes, devant un public conquis.

Luka Coetzee violoncelliste et Holly Hyun Choe cheffe de l’Orchestre national de Cannes. ©Philippe Depetris
Retour sur le concert Chostakovitch par Luka Coetzee violoncelliste, avec l'Orchestre national de Cannes. Holly Hyun Choe cheffe d'orchestre.
Le concert donné par l’Orchestre national de Cannes dimanche 22 mars à 17 h dans l’auditorium Debussy du Palais des festivals de Cannes était très attendu et le public venu nombreux ne s’y était pas trompé.
Avec Holly Hyun Choe, les cordes de l’Orchestre national de Cannes en pleine lumière
La cheffe américano-coréenne Holly Hyun Choe, directrice musicale nommée de la formation, qui succèdera à Benjamin Levy et prendra officiellement ses fonctions lors de la saison 2026-2027 était en effet à la baguette.

©M. Chatonnier ONC
Précédée d’une flatteuse réputation, forgée par ses prestations à l’international et son parcours impressionnant, elle n’avait pas choisi la facilité avec un programme exigeant qui débutait par le concerto pour orchestre à cordes de la compositrice et violoniste polonaise Grazyna Bacewicz née en 1909 et décédée en 1969. L’exécution de cette oeuvre concertante composée en 1948 et dédiée uniquement aux cordes donnait la direction du travail que souhaite visiblement insuffler la cheffe à sa formation. La précision rythmique de la direction de Holly Choe a structuré l’énergie de la partition tout en offrant une palette de couleurs sonores qui a mis en valeur le travail des pupitres de cordes qui sont chacun très sollicités. La cheffe obtient la clarté d’articulation et d’équilibre qui conviennent dans l’allegro initial avant d’exprimer parfaitement la texture orchestrale complexe de l’andante central et la lisibilité du vivo final.
Une belle découverte pour beaucoup et un beau travail à la foi technique et musical de la part des musiciens.
La révelation du talent de la violoncelliste Luka Coetzee

Suivait le concerto n° 1 en mi bémol majeur opus 107 pour violoncelle de Dmitri Chostakovitch, une oeuvre majeure du répertoire du XXème siècle pour l’instrument. L’on y a découvert avec intérêt le talent et l’assurance d’une époustouflante jeune violoncelliste canadienne de 22 ans, Luka Coetzee, qui a maîtrisé avec talent et musicalité cette partition ardue. L’archet est précis, mordant à souhait, parfaitement soutenu par la rigueur rythmique et l’écoute permanente de Holly Choe et de ses musiciens qui soulignent la tension à la fois ironique et désespérée du message musical. On aura apprécié la profondeur du lyrisme intériorisé que dégage le violoncelle soliste dans le moderato. Ce chant intérieur et empreint de désolation émerge de l’écrin sonore aérien dessiné par l’orchestre dans une lecture qui exacerbe le paradoxe d’une apparente légèreté d’où se dégage une tragique profondeur. Il amène la terrible cadence sublimée par cette interprète qui malgré son jeune âge Luka Coetzee parait avoir tout compris de cette partition au caractère frénétique vers un final virtuose qui constitue l’aboutissement du concerto. Elle fut longuement applaudie et bissée par le public enthousiaste.

©Philippe Depetris
Un Mozart lumineux et équilibré
Le concert s’est achèvé par l’interprétation de la symphonie n° 39 en mi bémol majeur KV 543 de Mozart. Une cohérence de tonalité avec le concerto précédent certainement réfléchie par Holly Hyun Choe. La cheffe aborde cette partition avec un souci constant de l’équilibre et de la clarté. Sa gestique est élégante et précise et ne force jamais le trait pour mettre en valeur le côté presque dramatique de l’introduction, la richesse harmonique et la fluidité de l’allegro initial, souligne la présence sans lourdeur des phrasés de l’andante con moto et dessine avec justesse le caractère dansé du menuetto trio.
On aura apprécié dans le finale allegro le souci des plans sonores, de l’équilibre du dialogue entre les cordes et les bois, de la clarté de la ligne mélodique et de la respiration générale du discours.
Holly Hyun Choe a incontestablement réussi son entrée en scène à Cannes. On est déjà impatients de la revoir diriger ici et de connaitre les contours de la première saison qu’elle a concocté.











