- Auteur Jacques Jarmasson
- Temps de lecture 7 min
À Avignon, Lambert Wilson et l’ONAP ouvrent la saison sur une Méditerranée en voix et en mémoire
Vendredi 25 septembre, à La FabricA, Lambert Wilson a porté le récit inspiré du Poème du Rhône de Frédéric Mistral pour l’ouverture de saison de l’Orchestre national Avignon-Provence. Sous la direction de Karel Deseure, avec l’ensemble Sequenza 9.3, une traversée de la Méditerranée qui culmine avec De Soleil en soleil, la création de Fabien Cali. Le Rhône y devient personnage.

Lambert Wilson, récitant, aux côtés de Karel Deseure et de l’Orchestre national Avignon-Provence lors du concert d’ouverture de saison Méditerranée, à La FabricA, en Avignon, le vendredi 25 septembre 2026. ©ONAP
Vendredi 25 septembre, à La FabricA, Lambert Wilson a porté le récit inspiré du Poème du Rhône de Frédéric Mistral pour l'ouverture de saison de l'Orchestre national Avignon-Provence. Sous la direction de Karel Deseure, avec l'ensemble Sequenza 9.3, une traversée de la Méditerranée qui culmine avec De Soleil en soleil, la création de Fabien Cali. Le Rhône y devient personnage.
Il y avait, vendredi 25 septembre au soir, à La FabricA, en Avignon, un air de fête avant même la première note du concert officiel. Pour ouvrir sa saison 2026-2027, l'Orchestre national Avignon-Provence avait imaginé bien davantage qu'un concert inaugural : une véritable traversée musicale et poétique de la Méditerranée, des rivages de l'Orient aux rives du Rhône, des chants traditionnels aux écritures contemporaines, avec, comme fil narratif, le fleuve, ses bateliers et la mémoire de Frédéric Mistral, portée par la voix de Lambert Wilson.
Dès 18 h 30, l'esplanade de La FabricA avait pris des allures de fête populaire. Les voix de Sequenza 9.3 se mêlaient aux initiatives locales et une restauration solidaire réunissait artistes, habitants et partenaires. Le ton était donné. Cette ouverture de saison entendait faire de la musique un espace de rencontre autant qu'un événement artistique.
Puis le voyage pouvait commencer sur la scène du célèbre Festival d'Avignon.
Karel Deseure à la tête de l'ONAP, une maîtrise parfaite
Sous la direction de Karel Deseure, l'Orchestre national Avignon-Provence a donné à cette mosaïque musicale, conçue par Fabien Cali, une cohérence qui n'allait pas de soi. Mozart, Bizet, Mendelssohn, Stravinski, Ohana, Hersant, Markeas ou encore Modarresifar : les styles, les époques et les langages se succédaient allègrement.

Lambert Wilson, une voix qui sublime le Poème du Rhône
À partir du Poème du Rhône de Frédéric Mistral, Alice Fagard a conçu la trame poétique de cette traversée. Il fallait pour la porter une voix capable de l'incarner sans théâtraliser à l'excès.
Le timbre de Lambert Wilson, grave et chaleureux, emplit immédiatement la grande salle de La FabricA. Le débit, les silences, les inflexions deviennent autant d'éléments de la composition. La voix de ce grand artiste possède cette qualité de pouvoir occuper l'espace sans jamais l'envahir. Elle se fait soit intime, soit plus ample lorsque le récit prend de la hauteur, puis sait se retirer pour laisser la musique s'exprimer.
En quelques phrases, les bateliers prennent corps, le Rhône retrouve ses embarcations et ses rives, tandis que se dessine la disparition progressive d'un métier et d'une époque. Le fleuve cesse alors d'être un simple décor pour devenir le personnage silencieux de cette histoire. Une retenue qui donne aux passages les plus émouvants une force particulière.
Sequenza 9.3, une matière vocale d'une rare plasticité
Face à lui, Sequenza 9.3 constitue l'autre grande présence de la soirée. Sous la direction artistique de Catherine Simonpietri, l'ensemble vocal devait relever une succession de défis : passer des traditions méditerranéennes aux écritures contemporaines, changer de couleur, de rythme et parfois de langue, tout en conservant une cohésion absolue.
Le chœur impressionne d'abord par sa plasticité. Les voix savent se fondre dans l'orchestre, mais aussi émerger avec netteté lorsqu'elles reviennent au premier plan.

Une Méditerranée loin des cartes postales
L'avant-concert avait préparé le public à cette fresque géographique musicale. Le grand concert poursuivait cette logique, avec l'ouverture d'Idomeneo de Mozart qui ouvrait une fenêtre sur une Méditerranée mythologique, les deux pièces d'Alexandros Markeas introduisant d'autres résonances populaires, tandis que la Farandole de Bizet ramenait avec éclat vers l'imaginaire provençal.
Avec Les Cris de Marseille, Régis Campo faisait ensuite entendre une cité méditerranéenne dans toute son agitation. Mendelssohn offrait avec Meeresstille und glückliche Fahrt une parenthèse plus contemplative, avant que Maurice Ohana, Igor Stravinski, Philippe Hersant et Farnaz Modarresifar ne poursuivent l'exploration de ces territoires sonores.
Fabien Cali et De Soleil en soleil, la mémoire du Rhône remise en mouvement
Au cœur du spectacle, De Soleil en soleil, cette création pour orchestre, chœur et narrateur de Fabien Cali, compositeur en résidence à l'ONAP, a donné une forme nouvelle à la mémoire du Rhône. La réussite de la pièce tient précisément à cette circulation entre trois composantes. Lambert Wilson porte le récit, Sequenza 9.3 lui donne une profondeur humaine et collective, tandis que l'orchestre en amplifie la résonance. Fabien Cali a ainsi fait vivre et revivre les bateliers et leur histoire.
Une histoire qui appartient à tous
Cette volonté de transmission dépasse d'ailleurs les artistes professionnels. Le Chœur citoyen, constitué d'adhérents de structures partenaires de l'ONAP (AHARP, Passerelle, Centre social la Croix des Oiseaux et CSAPA), a participé au projet, tandis que le chœur d'enfants Demos de l'école Louis Gros était associé à l'accueil festif. Une présence qui a donné tout son sens à une soirée consacrée à la mémoire d'un territoire. L'expertise de Paulin Reynard sur le répertoire en langue provençale vient compléter ce travail, particulièrement important dans un spectacle où les mots de Mistral et leur couleur linguistique occupent une place essentielle.

Une ouverture de saison pleine de promesses
Lorsque les dernières et magnifiques résonances de De Soleil en soleil se sont dissipées, il restait quelque chose de magique du voyage proposé par l'ONAP, comme le sentiment d'avoir vu défiler l'histoire du Rhône, grâce à une création qui fait dialoguer les mémoires et le présent.
Pour commencer une saison, quelle belle image !











