- Auteur Jacques Jarmasson
- Temps de lecture 5 min
Orchestre national Avignon-Provence, Pierre Génisson, concerto Lindberg : une soirée symphonique éblouissante de virtuosité
Pierre Génisson, concerto Lindberg et Tableaux d’une exposition : un programme d’une exceptionnelle richesse, mariant avec bonheur les grandes fresques du répertoire russe à l’exigence redoutable de la création contemporaine. Placé sous la direction du chef japonais Satoshi Yoneda, l’Orchestre national Avignon-Provence signe, à l’Opéra Grand Avignon, une soirée éblouissante de virtuosité.

Satoshi Yoneda et l’Orchestre national Avignon-Provence à l’issue du concert, à l’Opéra Grand Avignon. ©Jacques Jarmasson
La soirée proposée vendredi 6 novembre à l’Opéra Grand Avignon par l’Orchestre national Avignon-Provence (ONAP), placé sous la direction du chef japonais Satoshi Yoneda, restera assurément parmi les rendez-vous marquants de cette saison. Un programme d’une exceptionnelle richesse, avec Pierre Génisson, concerto Lindberg à l’appui, mariant avec bonheur les grandes fresques du répertoire russe à l’exigence redoutable de la création contemporaine, le tout magnifié par des interprétations de haut vol.
Danses polovtsiennes de Borodine sous la baguette de Satoshi Yoneda
Dès les premières mesures des Danses polovtsiennes, extraites de l’opéra Le Prince Igor d’Alexandre Borodine, le ton est donné. L’orchestre déploie une palette sonore somptueuse. Les couleurs chatoyantes de cette partition, ses envolées exaltantes et ses contrastes saisissants trouvent sous la baguette de Satoshi Yoneda une expression particulièrement aboutie. Le chef japonais impose immédiatement sa personnalité avec une direction d’une précision presque chirurgicale, une gestuelle parfaitement maîtrisée, une attention constante aux équilibres et aux nuances. Chaque pupitre semble répondre au moindre de ses gestes, dans une cohésion et une fluidité admirables.

Pierre Génisson, une virtuosité absolument époustouflante : le concerto Lindberg
Changement radical d’univers avec le Concerto pour clarinette et orchestre du compositeur finlandais Magnus Lindberg, œuvre contemporaine particulièrement exigeante, écrite et créée en 2002, qui constitue un défi technique du répertoire pour clarinette. Une partition redoutable, où les difficultés instrumentales semblent se succéder sans répit : vélocité vertigineuse, changements de registres incessants, acrobaties rythmiques, subtilités de timbre et maîtrise absolue du souffle du grave à l’extrême aigu.
Face à cette épreuve de haute voltige, Pierre Génisson livre une prestation tout simplement exceptionnelle. Le clarinettiste marseillais fait preuve d’une technicité phénoménale, d’une aisance déconcertante et d’une maîtrise instrumentale qui forcent l’admiration. Une interprétation magistrale, saluée avec enthousiasme par le public.

Moussorgski et Ravel, un feu d’artifice orchestral : Tableaux d’une exposition
Pour conclure cette soirée, les musiciens retrouvent l’univers flamboyant des Tableaux d’une exposition de Modeste Moussorgski, dans la somptueuse orchestration de Maurice Ravel. Inspirée des œuvres du peintre Viktor Hartmann, cette fresque musicale constitue un véritable monument de la littérature symphonique. Une succession de tableaux, de paysages et d’évocations qui offre à l’orchestre un terrain d’expression exceptionnel.
De la célèbre Promenade aux épisodes les plus pittoresques, des atmosphères mystérieuses aux pages d’une puissance presque tellurique, les musiciens de l’ONAP font merveille. L’orchestration de Ravel joue avec des combinaisons instrumentales d’une richesse inouïe. Satoshi Yoneda en révèle toutes les subtilités, conduisant ses troupes avec une maîtrise impressionnante. Les transitions sont ciselées et, jusqu’à l’apothéose finale de La Grande Porte de Kiev, sommet orchestral, le public est sous le charme.
Une leçon de direction et un magnifique hommage aux musiciens
Mais cette soirée aura également été remarquable par la dimension humaine et pédagogique qui l’animait.
Les étudiants de l’IESM d’Aix-en-Provence aux côtés de l’orchestre
Fidèle à sa volonté de placer la transmission au cœur de son projet artistique, l’Orchestre national Avignon-Provence avait associé à ses musiciens les étudiants de l’Institut d’enseignement supérieur de la musique (IESM) d’Aix-en-Provence. Une initiative particulièrement heureuse, qui a permis à ces futurs professionnels de partager une expérience grandeur nature aux côtés de musiciens aguerris, dans un programme qui ne laissait aucune place à l’approximation.
Cette rencontre intergénérationnelle a d’ailleurs parfaitement fonctionné, les jeunes instrumentistes s’intégrant avec talent dans une formation élargie, dont la cohésion et la qualité d’ensemble ont été remarquables.

Le dernier geste de Satoshi Yoneda
Un dernier geste du chef Satoshi Yoneda aura particulièrement marqué les esprits. Au terme du concert, loin de se contenter des traditionnels saluts collectifs, il a tenu à faire applaudir et saluer individuellement par de chaleureuses poignées de main chacun des solistes de l’orchestre. Un geste élégant, généreux et profondément respectueux, témoignant de la considération qu’il porte à chacun des musiciens de l’orchestre.
Borodine, Lindberg, Moussorgski-Ravel : les ingrédients d’une grande réussite
Entre la flamboyance de Borodine, la redoutable modernité de Lindberg et le génie orchestral de Moussorgski-Ravel, cette soirée aura donc conjugué tous les ingrédients d’une grande réussite.
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