Publié le 11/12/2019
  • Auteur Danielle Dufour-Verna
  • Temps de lecture 6 min

Victor Hugo, le Visionnaire : “l’utopie est la volonté de demain”

Hugo le Visionnaire - Serge Barbuscia

"Victor Hugo, le Visionnaire" - Théâtre Benoit XII - Avignon

En partenariat avec l'Orchestre Régional Avignon Provence et le Théâtre du Balcon
Avec le soutien de la Régie Culturelle Régionale
Conception : Serge Barbuscia
Composition : Dominique Lièvre
Direction : Frédéric Rouillon
Mezzo-soprano : Magali Palies
Orchestre Régional Avignon-Provence

"Victor Hugo, le Visionnaire"

Retour sur le spectacle musical "Victor Hugo, le visionnaire", du samedi 7 décembre au Théâtre Benoit XII - Avignon

A l’Unisson, le grand Orchestre Régional Avignon-Provence, dirigé par un excellent chef d’orchestre, Frédéric Rouillon, sur la partition d’un grand compositeur Dominique Lièvre, a marié ses accords à un chant, celui de Magali Palies et à une voix, celle de Serge Barbuscia pour une rencontre des mots, de la musique et des images autour des discours de Victor Hugo à l’Assemblée Nationale, d’après une idée originale de Serge Barbuscia.

L’Ecrivain, le poète, l’orateur

"Il faut s’aimer, il faut s’aimer, il faut s’aimer"

« Ce que j’ai écrit dans tous mes livres, ce que j’ai attesté dans tous mes actes, ce que j’ai dit dans tous les auditoires à la tribune des pairs de France comme dans le cimetière des proscrits à l’Assemblée Nationale, comme à la fenêtre lapidée de la place des barricades, je l’attesterai, je l’écrirai et je le dirai sans cesse : il faut s’aimer, il faut s’aimer, il faut s’aimer. » Victor Hugo

Dans ses romans, Victor Hugo se fait l’interprète des humbles et des nuances infinies de l’âme humaine. Ses personnages possèdent une force, une évidence, une couleur qui leur donne une vie propre et les rend immortels. En fait, Victor Hugo n’articule pas ses romans sur un seul personnage. De ses œuvres s’échappe un souffle d’idéalisme et d’amour venu de son exigence à chercher l’être humain dans la plénitude de ses passions et de ses sentiments. Une humanité que l’écrivain trouve chez les misérables, les pauvres, les abandonnés, parmi ceux qui souffrent non seulement par amour mais aussi à cause de la peur, de la faim et de la persécution. Ses discours défendent la démocratie et la tolérance. Le droit et la loi, La peine de mort, John Brown et l’esclavage, Mes travailleurs de la mer, Pour la Serbie, L’Europe, Les deniers de la Culture : ce soir, Serge Barbuscia a choisi de s’en emparer.

Samedi 7 décembre 2019,
La route a paru longue tellement grande était la hâte d’arriver en Avignon, dans ce magnifique Théâtre Benoit XII. Il y a grève générale pour revendiquer plus d’égalité, comme un signe ! Victor Hugo le visionnaire nous attendait !

Sur la gauche, une tribune magnifiquement ornée, des rideaux fins accrochés à la manière des vestales ourlent les côtés et le fond de scène. Sur eux, des images projetées –les dessins de Victor Hugo- éclairent le propos, soulignent les moments forts. A droite, sur un pan de scène surélevée répondant à la chaire, une cantatrice, altière dans une robe longue bordeaux. Les voiles sibyllins qui la cernent de part et d’autre, sans la cacher, suggèrent Athènes et Démos. Le chant sera la conscience. L’orchestre habite le centre de scène, c’est l’assemblée constituante : le décor est planté.

Serge Barbuscia : Criant de vérité

Serge Barbuscia est auteur, metteur en scène, comédien, directeur artistique du Théâtre du Balcon en Avignon.
Ce soir, il est Victor Hugo.
Un homme s’avance lentement, vêtu de noir. Il invective, harangue, secoue l’assemblée tantôt approbatrice, souvent rébarbative, monte à la tribune et fait claquer les mots, martèle les vérités, découvrant les failles, les plaies, les urgences, les cris du peuple, les dangers d’un avenir guerrier et douteux.
Les yeux brillants d’intelligence, le visage bouleversé, le corps tendu par un idéal d’humanité, le doigt et le geste accusateurs, l’homme, pensif, clairvoyant, fait glisser sa plume sur la feuille. Il disparaît puis revient, à chaque fois plus vaillant, plus tenace, plus acharné, plus farouche, plus habité encore. Si le peuple est à la peine, les paroles énoncées mettent le cœur en joie. L’homme qui se dresse devant nous ce soir, qui se bat avec des armes de paix, qui illumine l’assemblée comme il a éclairé son siècle, ce n’est plus un magnifique comédien. La réalité se heurte à l’impensable, c’est Victor Hugo.

Un discours cruellement d’actualité

« J’en appelle à vos consciences, j’en appelle à vos sentiments à tous. Quel est le plus grand péril de la situation actuelle ? L’ignorance, l’ignorance encore plus que la misère, l’ignorance qui nous déborde qui nous assiège, qui nous investit de toutes parts. C’est à la faveur de l’ignorance que certaines doctrines fatales passent de l’esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau confus des multitudes. Le jour où l’ignorance disparaitra, les sophismes s’évanouiront. »

...-«Nous avions imaginé ce spectacle en 96, dit Serge Barbuscia, hélas il continue à être d’une actualité brûlante… C’est un texte que je veux partager avec le plus grand nombre. Tous ces textes, l’un après l’autre, sont tellement importants, qu’au final, ils nous donnent le chemin ».
Tout est dit ! Partout encore le bruit des bottes, partout la résurgence de la bêtise, fruit de l’ignorance. Mais c’est la clarté de l’espoir que le Directeur du Théâtre du Balcon veut impartir avec cette production.

Le rôle de sa vie ?

Difficile de répondre à une telle question tant le comédien s’investit dans chacun de ses rôles avec ce professionnalisme et cette ardeur qui caractérisent les grands. Mais il y a ce soir chez Serge Barbuscia une dimension particulière, comme si Victor Hugo habitait le comédien depuis toujours, tel un visionnaire, comme si, enfin, et par le verbe, la boucle pouvait, non pas se refermer, mais trouver un chemin apaisé, celui de la transmission. Car sans-doute s’agit-il de cela. Serge Barbuscia, pétri d’humanité et d’espérance, transmet la parole par la culture. Un véritable sacerdoce pour cet homme généreux, engagé, fidèle en amitié, humble, à la recherche constante de l’art dont il se nourrit et dont il nous sustente. Serge Barbuscia, c’est une exigence intellectuelle de chaque instant, une dévorante nécessité du partage, doublé d’une réussite exemplaire.