- Auteur Éric Fontaine
- Temps de lecture 8 min
Maison-Main et Nesrine Salem : le collectif au Crac Occitanie à Sète
Avec Maison-Main, au Crac Occitanie, Sète joue encore l’agitatrice en matière culturelle, en explorant le geste, la matière. Le visiteur surfe entre « Art » et « Artisanat ». Quant à Nesrine Salem, dont la pluralité des œuvres provient d’un sens aigu de l’observation, son court-métrage Que reste-il après avoir foutu le feu à une flaque noire ? (2023) est une conscience à travers sa polyglossie, qui l’a conduite vers des recherches plus intimes, mêlant collection personnelle et inspiration.

Jean-Michel Othoniel, Paysage Amoureux, 1997. Verre de Murano, fil de nylon. Collection Fondation Cartier pour l’art contemporain. ©Éric Fontaine
L’exposition Maison-Main est une exposition collective réunissant 26 artistes au Crac Occitanie à Sète.
Dates : du 10 octobre 2026 au 21 février 2027.
Thématique : une « assemblée de gestes » interrogeant le façonnage des objets, la réparation et le lien entre la main et la pensée, à travers des vidéos, objets, sculptures et outils spéculatifs. Les visuels sont placés par salle et dans un parcours imaginé par le chorégraphe Christian Rizzo et Anne-Laure Lestage (commissaire d’exposition et historienne d’art).
Double exposition : elle est présentée en même temps que l’exposition For Kheira, de Nesrine Salem, visible à l’étage du Crac en fin de parcours de l’exposition sétoise.
Si l’ornemental ne s’exprime que partiellement dans le poétique, il n’en demeure pas moins que la réunion de ce collectif d’artistes majore l’esprit d’innovation et de créativité. Une exploration baptisée Maison-Main, présentée à Sète après Pantin aux Magasins Généraux, en collaboration avec le Centre national de la danse (la suite d’Une assemblée des gestes).
Construire une réalité artistique avec les souvenirs du malaxage des œuvres imaginées à la main…

L’art primaire évoqué par un assemblage de draps, teintures végétales et bois : la première salle de Maison-Main
C’est sous un titre précis, Echelle+Braîches, que l’installation du collectif Île/Mer/Froid s’insère dans une visite introspective des arts et des artisans.
Marie-Ange Guilleminot et son Hamac en dentelle
1re salle, et l’on remarque le Hamac en dentelle à l’échelle des bras de Marie-Ange Guilleminot, prétexte de repos aux insectes et aux âmes légères. L’œuvre, tout en douceur, immerge dans cet ancien lieu frigorifique.
Marie-Ange Guilleminot est née à Saint-Germain-en-Laye en 1960. Elle vit et travaille à Paris.
Présente sur la scène artistique internationale et nationale, elle participe aussi à plusieurs expositions notables en régions : notamment avec Le Paravent au Centre d’arts plastiques contemporains de Bordeaux (1998), redéployé (2018) sous forme rétrospective au Centre d’art contemporain Les Tanneries, puis en octobre 2019 dans la cour de l’Or à La Monnaie de Paris, et pour Jour de fête en 2000 au Centre Georges-Pompidou à Paris, où sont montrées, en 2009-2010, plusieurs pièces importantes appartenant aux collections du musée, lors de l’exposition baptisée elles@centrepompidou.

Emma Bruschi et Betty Woodman : tressages et céramiques
Le sensible, évocation du réel ou anagramme d’un certain imaginaire ? « Lesbiens », diront les plus érudits, comme si la poétesse grecque Sappho, vivant sur l’île de Lesbos au VIe siècle, chantait l’amour et devenait la première féministe à s’imprégner du paysage façonné par l’homme. À l’image du travail d’Emma Bruschi et de sa constellation de tressages de paille qui se forment sur les parois, rappelant de la sorte les formes rituelles ou initiatiques que la main pouvait aussi créer après la voix !
Autres variétés de couleurs et de formes : les remarquables céramiques de Betty Woodman, faisant également référence à l’authentique, aux fragments d’ustensiles archéologiques, ou peut-être à une forme décorative et pratique des objets.
Ses formes souples sont exubérantes et hardies, intégrant la réminiscence de poteries anciennes ; ses couleurs raffinées sont brillantes et chaudes, les décors non figuratifs se connectent à la tradition de la région méditerranéenne, ou de l’Italie, son pays d’adoption.

Une assemblée des gestes et du talent : les artistes de l’exposition au Crac de Sète
Admirer les œuvres de ce collectif d’artistes, dont le travail est reconnu dans le monde entier, c’est avant tout observer, analyser et par moments déchiffrer salle par salle ces installations, dont le but premier est d’amener les visiteurs vers une proposition d’originalité mettant en relief l’imaginaire des artistes.
Ninon Hivert et Clara Denidet
Ninon Hivert est une céramiste reconnue internationalement depuis plus de dix ans. Son travail, au Crac, s’inscrit totalement dans une exploration du visuel et du trompe-l’œil : Kissing Gourami, ces deux blousons qui pourraient être achetés à Portobello Road Market (Notting Hill), illustrent totalement le goût vestimentaire post-punk mis en avant par Ninon ; en totale rébellion d’une époque révolue mais qui, laissant des traces, s’accorderait à nous faire penser à une résurgence éminente dans notre société.

Clara Denidet, quant à elle, nous propose une conception artistique façonnée par de l’osier blanc, de l’acier, du bois et du grès. Invitant l’explorateur artistique à voyager dans la sensibilité d’un travail enrichi par un côté pratique (rangement) et à la fois décoratif, Clara s’initie complètement dans cette architecture naturelle de l’objet.

Salle G : Jean-Michel Othoniel et Paysage Amoureux
La salle G est sûrement celle où les installations font le plus écho. Jean-Michel Othoniel, dont les expositions avignonnaises, montpelliéraines et sétoises ont marqué les esprits, nous propose Paysage Amoureux. Cette œuvre de la fin des années 1990 fait aussi référence aux premiers bijoux, pendentifs que l’on retrouve également dans les motifs de Sara Ouhaddou, S’absenter quelques siècles, et revenir, dont le site archéologique Lattara – musée Henri-Prades avait aussi permis à cette dernière de s’exprimer de manière artisanale et artistique cette année.
Nesrine Salem présente For Kheira, à l’étage du Crac Occitanie
Après une résidence de l’artiste à la Villa Médicis à Rome fin 2025, son installation vidéo instaure véritablement, à l’étage, un échange avec les visiteurs. Par le prénom « Kheira », Nesrine Salem réinvente une généalogie familiale marquée par l’exil, la diaspora et les affres de l’histoire, et des hommes tourmentés par les conflits, où les idéologies politiques ne s’accordent pas toujours avec le désir des peuples.

Par l’ensemble de son travail sur le bois d’olivier, elle perpétue aussi le souvenir ancestral de la récolte des olives pour l’huile, mais également pour les éléments décoratifs de cette matière utilisée pour la réalisation des meubles.
L’arbre est la vie qui permet à ces régions du Maghreb de composer leur partition collective, par la récolte, et de faire vivre le peuple, par la fabrication et la vente de leur labeur. Au fond, « Sidi Salah », évoqué dans son film tourné en Tunisie, met en valeur la région de Sfax et propage son identité tunisienne, par ses racines.
Le tout perpétue ainsi le souvenir de sa famille. Ce corollaire, qui défend une logique qui est celle de vouloir retrouver les assises de l’héritage familial, inscrit totalement l’artiste dans une démarche introvertie, entre l’art, le patrimoine et l’adéquation que symbolisent les objets façonnés, en l’occurrence dans l’olivier.
La guitare à deux manches de Jacques Averna
Prendre conscience de la réunion de toutes ces œuvres dans ce réseau collectif, c’est aussi sourire face à la Guitare Jacques Dutronc de l’artiste Jacques Averna. L’instrument à deux manches, né d’une poutre en châtaignier, paraît sortir tout droit d’un film de Terry Gilliam. Cette anamorphose de la singularité de l’appareil musical rejoint de la sorte la galaxie des autres objets présentés au Crac.

Horaires du Crac Sète : Maison-Main en entrée libre
L’exposition est visible jusqu’au 21 février 2027. Le centre d’art contemporain est ouvert tous les jours de 12 h 30 à 19 h, sauf le mardi, et le week-end de 14 h à 19 h. Entrée libre.
Le Crac Occitanie se trouve au 26, quai Aspirant-Herber, 34200 Sète.











