- Auteur Marie-Céline SOLÉRIEU
- Temps de lecture 5 min
« L’Aventure magique » : Victor Brauner, l’œil traversant l’invisible – Villa Paloma, Nouveau Musée National Monaco
En 1931, Victor Brauner peint son autoportrait à l’œil arraché — sept ans avant de perdre réellement son œil gauche dans un accident. Jusqu’au 3 janvier 2027, la Villa Paloma du Nouveau Musée National de Monaco consacre à cet artiste visionnaire une rétrospective de plus de 160 œuvres issues d’une collection privée monégasque. Peintre, poète et alchimiste, Brauner y déploie un alphabet ésotérique né de ses exils et de ses obsessions.

Victor Brauner, l’Aventure magique, une exposition à voir jusqu’au 3 janvier 2027 – Villa Paloma Monaco
© Nouveau Musée National de Monaco / Andrea Rossetti, 2026
Jusqu’au 3 janvier 2027, la Villa Paloma du Nouveau Musée National de Monaco, propose une exposition monographique consacrée à Victor Brauner : «L’Aventure magique». À partir d’une collection privée monégasque exceptionnelle, plus de 160 peintures, dessins et sculptures, des années 1920 aux années 1960 dialoguent avec une dizaine d'objets d’art extra-occidentaux que l’artiste collectionnait.
L’exposition, portée par la commissaire Camille Morando et mise en scène par Christophe Martin, révèle un artiste total, à la fois peintre, poète, alchimiste et sismographe de son siècle.

Victor Brauner, l'Aventure magique : Exposition à la villa Paloma, Monaco
De la Roumanie à Montmartre : la fabrique d’un visionnaire
Victor Brauner naît le 15 juin 1903 dans les Carpates moldaves, au sein d’une famille juive. L’enfant assiste, fasciné, aux séances de spiritisme de son père. Ces fantômes de salon ne le quitteront plus : ils peupleront ses toiles de spectres, de corps flottants, de perspectives fuyantes où la raison vacille. À 16 ans, il entre aux Beaux-Arts de Bucarest.
La rencontre avec André Breton, en 1933, l’amarre au surréalisme. Pourtant, Victor Brauner reste un contemplatif, méfiant des dogmes. « Chaque dessin, chaque découverte sera un extraordinaire lieu inconnu, chaque tableau sera une aventure », écrit-il en 1941.

L’œil prémonitoire : quand la peinture précède la vie
En 1931, Victor Brauner peint son autoportrait à l’œil arraché. Sept ans plus tard, le 28 août 1938, il perd accidentellement son œil gauche. Le drame devient mythe fondateur. L’œil unique, obsessionnel, se mue en soleil iconique, en œil cyclopéen qui irradie ses toiles des années 1940. Serpents, chats, lèvres, flèches, lunes, êtres hybrides : Brauner élabore un alphabet archaïque, emprunté à l’Égypte, à l'art précolombien, à l’Océanie, à la kabbale, au tarot. Sa peinture devient rituel, talisman face à la tragédie de l’Histoire.

Exils, cire et résistances
Juif, Brauner fuit Paris en 1940. Sans visa pour les États-Unis, il se cache dans les Hautes-Alpes de 1942 à 1945, protégé par René Char. La misère matérielle l’oblige à l’invention : il peint à la cire, dilue la couleur, colle, gratte, superpose. C’est la période des « crépuscules » et des « chimères », où l’alchimie et le spiritisme transforment la toile en pierre philosophale.
Brauner face à Tanguy et Chirico : un laboratoire visuel de métamorphoses
L’œuvre de Brauner échappe aux étiquettes. Il explore le cubisme, le symbolisme, le futurisme, mais ne s’y soumet pas. Son espace évoque parfois l'univers mouvant de Tanguy, les corps corsetés et mécaniques de Chirico. Pourtant, sa mythologie demeure personnelle et puise dans les méandres de l'ésotérisme. L’artiste collectionne l’art primitif africain, océanien, qu’il confronte à ses propres totems. Il y puise une forme d'héraldique universelle pour explorer le monde et en déchiffrer le mystère.

À la Villa Paloma, le parcours chronologique épouse le souffle de l’œuvre : jeunesse roumaine, adhésion surréaliste, guerre, cire, maturité ésotérique. Les couleurs plates mais éclatantes de la cire rivalisent avec les aplats de l’Égypte ancienne et les contours du Sphinx.
Des formes géométriques, simples, des traits, des flèches, surgissent comme des hiéroglyphes d’un inconscient collectif. L’exposition rappelle que Brauner ne cessait d’expérimenter. Son œuvre, érudite, pleine d’inventions et d’humour, résonne avec nos angoisses contemporaines : identités fracturées, retour du magique, quête de signes. L'artiste visionnaire a fait de la peinture un lieu de divination où l’autobiographie témoigne de l'universel.
Naturalisé français en 1963, il représente la France à la Biennale de Venise en 1966, l’année de sa mort.

Informations pratiques : Exposition Victor Brauner à Monaco
Villa Paloma
56, boulevard du Jardin Exotique
98000 Monaco
TEL +377 98 98 48 60
L'exposition est visible jusqu'au 3 janvier 2027.
Renseignements et billetterie :
Nouveau Musée National de Monaco
Horaires :
Ouvert tous les jours en périodes d’exposition
10h – 18h
Horaires d’été (juillet et août): 11h – 19h
Dernière entrée une demi-heure avant la fermeture
Fermeture les 1er janvier, 1er mai, 4 jours du Grand Prix, 19 novembre et 25 décembre
Tarifs :
Entrée : 6€
Tarif groupe (min. 15 pers.) : 4€
Détenteurs de la carte Cercle A : 4€
Entrée gratuite tous les dimanches
Gratuit pour les moins de 26 ans, étudiants, groupes scolaires et groupes d’enfants, Monégasques, membres ICOM et CIMAM, demandeurs d’emploi sur justificatif, personnes en situation de handicap












