- Auteur Éric Fontaine
- Temps de lecture 9 min
Suspects, l’exposition punk au musée van Gogh d’Arles
« Je suis devenu plus ou moins un espèce de personnage impossible et suspect « , écrivait Van Gogh à son frère Théo. C’est ce regard iconoclaste que la Fondation Vincent Van Gogh d’Arles explore dans Suspects, réunissant 31 artistes dont Picasso, Andy Warhol et Sarah Lucas. Jusqu’au 18 octobre 2026, l’exposition interroge une question dérangeante : l’art est-il inconvenable ?

Suspects, Fondation Van Gogh Arles : image extraite de Clown Torture, installation vidéo de Bruce Nauman. ©Bruce Nauman / Adagp 2026
Suspects, une exposition à voir ç la Fondation Vincent van Gogh à Arles jusqu'au 18 octobre 2026. Un ensemble d’oeuvres sur un thème cher à l’artiste hollandais : l’indéfinissable et le surprenant.
Ce sont 31 artistes dont les plus célèbres, Pablo Picasso, Andy Warhol, Lucien Clergue, Nina Childress, Robert Filliou, Martin Kippenberger, Sarah Luca et Vincent van Gogh lui-même, qui confrontent leur création autour de cet aveu qui pour beaucoup représente une ligne de conduite : « l’art est-il inconvenable ? »

Picasso, Warhol et Van Gogh confrontent l'inconvenable dans « Suspects » à Arles
L’exposition dont le parcours immersif appelé « suspects » inonde les murs de cette ancienne banque de France par des tableaux, sculptures et vidéos originales, le tout interpelle le visiteur, d’ailleurs Van Gogh avait lui-même souligné « involontairement je suis devenu plus ou moins dans la famille un espèce de personnage impossible et suspect…cela me tente tant, non pas la boisson mais la peinture de voyou ! » (Lettre à Théo)
C’est par ce regard iconoclaste que les commissaires d’exposition Jean de Lois et Margaux Bonopera ont réuni des oeuvres autour d’un art moderne déclinant un climat contestataire et parfois bohème ou moribond. Certaines vidéos d’ailleurs sont réservées à un public averti car transgressives dans leur forme ou concept.

« Crâne de squelette fumant une cigarette », le clou de l'exposition
Si l’artiste Hollandais avait confié à son ami Émile Bernard qu’il méprisait les conventions en cherchant autre chose que les dogmes, il n’en reste pas moins que le tableau « crâne de squelette fumant une cigarette » datant de 1885-1888 (peinture à l’huile) est surement le clou de cet exposition. En effet le tableau prêté par le musée d’Amsterdam conservé sous vitre à une température identique toute l’année, révèle dans sa forme une incroyable audace picturale dont seul Van Gogh avait le talent de produire.
Cette peinture à l’huile de 32 X 24,5 cm estimée entre 700 000 et 1 000 000 de dollars, révèle toujours cet engouement pour l’artiste qui depuis 2020 voit sa côte encore augmentée.

Sarah Lucas, égérie du Young British Art
Sarah Lucas, plasticienne britannique
Depuis les années 1990, Sarah Lucas est connue essentiellement, pour ses installations et photographies à l’humour britannique et provocant. Elle appartient au groupe des Young British Artists. Depuis un nombre conséquent d’anciens élèves du Goldsmiths College (très réputé pour sa formation en arts visuels), ceux-ci investissent le marché de l’art et les festivals dans le monde entier dont les Rencontres d’Arles plusieurs fois déjà.
Sarah Lucas pour déjouer les certitudes, a déconstruit les codes du genre en mélangeant des référents artistiques connus à des allusions culturelles populaires crues. Après un travail de sculpture essentiellement formaliste dans les années 1980, la découverte des théories féministes donnant à son art sa véritable impulsion !. À Arles son travail sur l’image confère une intention de provoquer par des postures et des regards sur les auto-portraits que seule l’artiste arrive à mettre en scène.
Si l’allusion aux mouvements féministes des années 70 explore complètement le genre réaliste et comique, Sarah Lucas n’en demeure pas moins l’une des grandes égéries de cet art punk et révolté, qui aujourd’hui fait admirablement échos au déterminisme des plasticiens, à soulever les débats dans notre société, sur ce qui est réel ou pas !

Fergus James MacGregor Greer et les clichés inédits de Leigh Bowery
Autre registre dans le musée ce sont les magnifiques clichés de l’artiste britannique qui explore l’âme humaine mais aussi à travers un travail parfois plus intimiste sur la codification et la représentation de l’image grimée . À 65 ans le photographe Fergus Greer poursuit sa quête de l’apparence presque symboliquement modifiable suivant les lieux et les contextes qui entourent les modèles.
Célèbre pour ses extravagances esthétiques, Leigh Bowery (model photographié) est considéré comme une figure majeure de l'art et de la mode dans les années 1980 et 1990. La Tate Modern de Londres lui avait rendu hommage avec une exposition inédite, des clichés immortalisés par Fergus James MacGregor Greer, quelques photos sont réunies à la fondation pour « SUSPECTS ».
Né en 1961, Leigh Bowery était un incroyable artiste de performance, mannequin, créateur de performances dans des clubs et il a été aussi un styliste australien de renommée dont les visuels ont figuré dans un grand nombre de clips.
Actif principalement dans le monde de la nuit de Londres et de New York, et régulièrement invité à Paris, au Palace notamment. Célèbre pour ses extravagances esthétiques, Leigh Bowery est considéré comme une figure majeure de l'art et de la mode dans les années 1980 et 1990 à Londres et New York, influençant toute une génération de designers et de stylistes.
Le photographe s’inscrit complètement dans l’esprit de Vincent, où le subversif rejoint l’originalité et l’inconcevable, parfois même si l’humour enveloppe la créativité.
Clement Courgeon dit Triboulet, le punk-art assumé d'un jeune diplômé des Beaux-Arts
Peut-être pas si rassurant de visionner le travail artistique de Clément, un peu comme Van Gogh qui s’attirait les foudres de son voisinage quand l’absinthe le rendait « sale » et infréquentable (pétitions des Arlésiens).
Clément Courgeon est diplômé de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2021 avec les félicitations du jury et a également étudié à L’Otis College of Art and Design de Los Angeles en 2020. Inclassable l’artiste a produit une video très punk-art résolument tournée dans le plus pure manque de respect pour sa propre personne. Entre les 8 mn 13 s des performances proche de la scatologie(1) et des photos mises en scène, Triboulet se positionne comme avant-gardiste dans l’art-décadent-dégoutant.
(1) Le mot scatologie est souvent employé en tant que synonyme de la scatophilie…
L’artiste par son inconvenance singulière interagit face au voyeurisme des spectateurs, par des postures enregistrées et qui peuvent être dérangeantes.
Le public de la fondation ne s’attend pas à cette coprophilie, le terme décrivant à la fois une maladie psychiatrique et une sorte de déviance s’apparentant à une paraphilie.
Les excréments s’observent et se mettent en scène à travers un jeu d’acteur que le plasticien propose, par la diffusion d’une vidéo dans l’alcôve du musée, dont un rideau de franges sépare l’oeuvre des autres accrochages.

Nina Childress, Robert Filliou, Urs Lüthi, Maurizio Cattelan : l'autodérision face au refoulé
Voir le monde différemment, s’amuser des conventions et réitérer cette envie de surprendre dans une certaine indécence. Ce petit groupe d’artistes sont dans l’autodérision de cette vision de l’homme qui accepte de regarder ce qui doit se refouler en toute objectivité.
Nina Childress dans son autoportrait du slip de 2012, n’avertissait-elle pas de ce monde masculin pervers et quasi intouchable face aux victimes féminines ? Quant à Robert Filliou, autodidacte dans le domaine des arts, il a dépassé le champ spécifique de la création artistique ; son esthétique s'inscrit dans un processus de renouvellement des valeurs appliqué à tous les secteurs d’activité.
Le Poïpoïdrome est une relation fonctionnelle entre la réflexion, l’action et la communication… Il est aussi une matrice à l´intersection de deux courants : action et réflexion, qui illustrent les caractères particuliers des deux co-architectes, Robert Filliou et Joachim Pfeufer.
C’est peut-être là toute la pensée philosophique autour de Van Gogh, qui réitère totalement cette vision de l’art qui par sa genèse confère un caractère à la fois singulier et universel.
« Suspects » par ce titre la fondation poursuit sa quête de réunir des artistes à la fois philosophes mais aussi incubateur d’un art révolutionnaire…
Infos pratiques : horaires exposition Suspects de la Fondation Vincent van Gogh
Fondation van Gogh
35 Rue du Dr Fanton
13200 Arles
L’exposition est à voir à la Fondation Vincent van Gogh jusqu'au 18 octobre 2026 du lundi au dimanche du 10 h à 17 h 30











