- Auteur Marie-Céline SOLÉRIEU
- Temps de lecture 9 min
Concert de Carême : « Méditation sacrée », par la Maîtrise de l’Opéra Grand Avignon – Création mondiale
« Méditation Sacrée » est une composition d’Amine Soufari, jeune compositeur algérien, spécialement conçue pour la Maîtrise de l’Opéra Grand Avignon. Cette création mondiale s’inscrit au programme du concert de Carême, le samedi 21 mars, comme une évidence. Un mélange de deux cultures pour une introspection et une ouverture vers la lumière. Rencontre avec Christophe Talmont, directeur musical de la maîtrise.

La maîtrise de l’Opéra Grand Avignon – Direction musicale : Christophe Talmont
Dans le cadre de la saison 2025-2026 de l'Opéra Grand Avignon : Concert de Carême, le samedi 21 mars 2026 à la Collégiale Saint-Agricol, à Avignon, à 17h. Un programme musical initialement prévu avec les oeuvres de Gabriel Fauré et Yves Castagnet, remanié par Frédéric Roels, directeur de l'Opéra, et Christophe Talmont, directeur musical de la Maîtrise de l'Opéra, pour une commande spéciale et création mondiale : Méditation sacrée, d'Amine Soufari, jeune compositeur algérien.
Christophe Talmont, chef d'orchestre, a pris la direction musicale de la Maîtrise de l'Opéra Grand Avignon en octobre 2025. Bien connu de la scène de cette grand maison d'opéra, par ses nombreuses directions de l'Orchestre national Avignon-Provence, Christophe Talmont est un pédagogue. Il aime transmettre la musique avec passion. Avec son expérience de sept ans au Vénézuela pour El Sistema, programme d'éducation musicale, il revient en France pour partager son expérience auprès des plus jeunes, et c'est à la Maîtrise de l'Opéra Grand Avignon qu'il en fait bénéficier.

Rencontre avec Christophe Talmont, à l'occasion de "Méditation sacrée", par la Maîtrise de l'Opéra Grand Avignon - Création mondiale
La maîtrise de l'Opéra Grand Avignon, un élan vers l'avenir
Qu’évoque pour vous l’existence d’une maîtrise d’opéra au sein d’une maison lyrique ? La présence de jeunes chanteurs intégrés à l’institution reste assez rare aujourd’hui. Que représente, selon vous, cette transmission au cœur même de l’opéra ?
Oui, ça évoque beaucoup de choses, mais surtout, c'est une histoire très personnelle pour moi. J'ai été maîtrisien moi-même, quand j'étais petit et adolescent, pendant presque 10 ans à Rennes, où je suis né. C'est quelque chose qui est très fort, parce que c'est quelque chose qui m'a donné envie de continuer à faire de la musique et d'en faire mon métier.
Comme vous dites, c'est une chose très particulière, et c'est une chance, en fait, que les enfants participent à une maîtrise d'opéra, parce qu'une maîtrise d'opéra, contrairement à d'autres maîtrises, c'est une maîtrise qui, finalement, fait partie d'une structure extrêmement professionnelle. Ça veut dire que les enfants ont la possibilité de côtoyer des professionnels.

C'est une occasion extraordinaire pour découvrir vraiment de l'intérieur le métier, la magie surtout, parce que le théâtre, ça reste magique.
La scène, c'est extrêmement magique. C'est le maquillage, c'est les costumes, et puis c'est cette possibilité de s'exprimer devant tout un parterre. C'est quelque chose d'extraordinaire, surtout que la scène, c'est aussi le travail avec le corps. Découvrir qu'on chante surtout avec son corps, dans une libération corporelle, pour aller dans une expression théâtrale particulière.
C'est une chance particulière pour les enfants, et j'ai envie de dire encore plus pour les enfants d'aujourd'hui, à travers l'évolution de notre société.
"Méditation sacrée" Amine Soufari - Concert de Carême Avignon -
Méditation Sacré, une création mondiale qui va avoir lieu le 21 mars, est une œuvre qui a été écrite spécialement pour la maîtrise de l'opéra ?
Tout à fait, c'est une commande de l'Opéra Grand Avignon. J'insiste, parce que c'est assez rare, puisque la maîtrise de l'Opéra d'Avignon a déjà participé à différentes créations contemporaines, mais là, c'est vraiment une création de musique sacrée contemporaine, écrite, composée spécifiquement pour la maîtrise de l'opéra Grand Avignon.
C'est une commande qui vient d'une relation que j'ai eue avec ce jeune compositeur algérien, Amine Soufari, qui est installé depuis dix ans maintenant en Avignon. Mais plus qu'une relation, on a construit une relation amicale, de confiance musicale. J'ai proposé à Amine ce thème de Carême. Ce qui était un peu fou, puisqu'il partage deux cultures et donc notamment la culture musulmane, arabe. C'est un regard, une manière très lumineuse, une spiritualité très libre .
C'est aussi un geste fort de unir ces deux cultures puisque le Carême, c'est la culture chrétienne, mais là on a un autre regard. C'est une invitation à communiquer, à avoir la capacité de s'ouvrir aux autres. Un geste d'ouverture vers les autres, vers d'autres religions.

C'est très symbolique, d'autant plus maintenant, où l'on réunit les deux religions ...
Exactement, C'est extrêmement symbolique c'est très très symbolique. C'est comme une manière de s'ouvrir et d'embrasser vraiment toutes les cultures, toutes les spiritualités. D'autant plus que notre région est très méditerranéenne, ouverte sur la mer et vers un autre continent. On a donc quelque chose à embrasser et à partager, au-delà de toutes les différences.
Une méditation sacrée ouverte vers la lumière
Cette méditation sacrée est-elle vraiment une méditation où le public pourra être avec son propre intérieur, tout en écoutant cette belle musique et ces chœurs d'enfants qui forcément vont donner une émotion très intense?
Je trouve oui parce que c'est une composition pour chœur à deux voix égales, orgue et violoncelle Le violoncelle est un instrument extrêmement émotionnel, mais surtout très proche de la voix humaine.
Ce qui est assez rare, le mélange orgue et violoncelle.
La pièce s'ouvre de manière extrêmement belle, qui est complètement dans l'âme arabisante. C'est un prélude, complètement dédié au violoncelle Et je trouve que c'est un appel à méditer, un appel justement à cette introspection mais en même temps une introspection qui est ouverte vers la recherche de la lumière.
Gabriel Fauré, Yves Castagnet et Amine Soufari
Comment s'inscrit cette méditation sacrée à travers les autres œuvres qui sont présentées ?
J'ai voulu créer des passerelles entre le répertoire français et la musique arabe.
Pour les oeuvres de Gabriel Fauré, on est dans l'art de l'harmonie à la française, très développée, qui mélange à la fois l'harmonie tonale et l'harmonie modale, qu'on retrouve justement dans la musique arabe. J'ai donc voulu commencer ce programme musical par Gabriel Fauré, et étendre avec un compositeur contemporain Yves Castagnet, un grand organiste à Notre-Dame de Paris, qui nous a très gentiment offert une pièce qui a été écrite pour la réouverture de Notre-Dame : "ô Notre Dame du soir". Aucune pièce n'est vraiment dédiée au carême, mais elles sont toutes une invitation en revanche à une source de lumière, à une source de prière de spiritualité, à une main tendue vers une autre culture qui s'interroge justement par rapport au temps de carême.
Méditation Sacrée, d'Amine Soufari s'inscrit totalement dans ce programme, car en ce moment il y a le temps de carême, mais c'est aussi le temps du ramadan pour les musulmans. Même si ce sont deux cultures et deux religions différentes, il y a la même recherche dans le jeûne, quelque part.

Comment pensez-vous que le public puisse ressortir de ce concert ? Dans quel état d'esprit ?
Comment il va ressortir ? C'est la bonne question ! Je suis pas du tout inquiet ! On vient de dire des choses un petit peu sérieuses, mais cela reste une musique extrêmement accessible et lumineuse. Lumineuse parce qu'elle a un charme mélodique. Gabriel Fauré est connu pour ça, que ce soit pour les mélodies, pour les pièces chorales, les pièces orchestrales. Il y a un charme mélodique typiquement français. C'est une musique pleine de lumière, c'est très agréable à écouter.
Je trouve que justement toutes les pièces ont finalement ces mêmes qualités là. Vu ce que l'on est en train de vivre en ce moment, dans ce monde, dans cette société qui n'est pas facile, avec tous les conflits, je pense qu'on n'a pas besoin d'avoir une pratique religieuse pour se sentir lié à quelque chose à une introspection, à une petite méditation, que chacun appellera d'ailleurs de son nom peu importe.
Se retrouver dans une église, puisque le concert a lieu dans une église, écouter cette musique là, je crois que tout le monde va se connecter à cette chose sacrée. Le temps du carême nous invite à rechercher cette espèce de chose sacrée qui existe en nous, qui est dans chaque être humain au-delà de toute pratique, au-delà de toute aspiration et conviction religieuse.
Programme Concert de Carême - Avignon
Samedi 21 mars à la Collégiale Saint-Agricol, à Avignon, à 17h
Chœur de l’Opéra Grand Avignon, direction musicale Alan Woodbridge
Maîtrise de l’Opéra Grand Avignon, direction musicale Christophe Talmont
Violoncelle Evelyne Robbe
Orgue Jean Michel Robbe
Gabriel Fauré:
Messe basse pour chœur à voix égales et orgue
Ave verum Op.65 N°1 pour chœur à deux voix égales et orgue
Ave Maria Op.93 pour deux voix solistes et orgue
Yves Castagnet :
"ô Notre Dame du soir
Amine Soufari:
Méditation sacrée
Gabriel Fauré :
Cantique de Jean Racine Op.11












