- Auteur Serge Alexandre
- Temps de lecture 5 min
Élévation par le Duo Alma : un enregistrement réjouissant consacré à Beach, Canal et Poldowski
L’un des plus beaux enregistrements de 2026. Avec Élévation, le Duo Alma, soit Clara Danchin au violon et Anna Jbanova au piano, fait découvrir trois compositrices aux destins contrastés : Amy Beach, Marguerite Canal et Poldowski. Une sonate postromantique, trois pièces d’une beauté diaphane et une sonate sombre, d’une rare intensité.

Élévation, l’album du Duo Alma (Clara Danchin, violon ; Anna Jbanova, piano) consacré à Amy Beach, Marguerite Canal et Poldowski, paru en 2026 chez Indésens Calliope Records.
Deux excellentes interprètes aux parcours différents, réunies au sein du Duo Alma, se mettent avec Élévation au service de trois compositrices ayant connu des fortunes diverses en leur temps. Le choix du titre de l'album retient l'attention. La musique comme la nature sont des clés probables à l'élévation. Cet album est une mise entre parenthèses du temps et une découverte totale pour deux compositrices, me concernant. L'engagement des deux interprètes de cet enregistrement, Clara Danchin au violon et Anna Jbanova au piano, est total. Elles enseignent toutes les deux au Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse, cité rose chère à mon âme. Sorti en 2026, cet album bénéficie d'une captation subtile de Judith Carpentier-Dupont. Le livret efficace est signé Alexis Galpérine. Il aurait été dommage de ne pas découvrir Élévation. C'est un voyage musical fascinant dans des univers différents.
Les compositrices d'Élévation : Amy Beach, Marguerite Canal et Poldowski
Amy Beach : la Sonate pour violon et piano en la mineur
La première ici est Amy Beach (1867-1944), avec sa Sonate pour violon et piano en la mineur en quatre mouvements. L'œuvre est dans la lignée de pages similaires de Johannes Brahms ou Joseph Joachim Raff. Écrite en 1896, l'œuvre s'inscrit dans un postromantisme délicieux à savourer. Les quatre mouvements subjuguent. Amy Beach est la compositrice la plus connue. Elle incarne la figure de proue de l'école de Boston si chère à mon être. Elle appartient à une famille très cultivée. Excellente pianiste, elle fait ses débuts de concertiste dans un concerto pour piano d'Ignaz Moscheles. Elle écrit pour le piano avant de s'imposer à la société de Boston par sa messe ; puis sa Symphonie « gaélique », sur des thèmes irlandais, obtiendra un succès retentissant. Cette sonate sera créée par Franz Kneisel, éminent violoniste de l'époque, et par elle-même. Quelques années plus tard, elle crée son concerto pour piano et orchestre avec succès. Les pianistes Mary Louise Boehm et Michael Ponti avaient ce concerto qui circulait dans leurs veines. À la mort de son mari chirurgien, elle fuit en Europe, où elle s'impose comme première femme compositrice à Berlin, Leipzig, Weimar et Hambourg. En 1914, elle retrouve les États-Unis et New York. Son œuvre est incontournable. Cette version de la sonate fera date. Soyez-en certain.

Marguerite Canal : Lied, Idylle et Élévation
La deuxième est Marguerite Canal (1890-1978). Elle s'inscrit dans le courant postfranckiste et fauréen. Elle est la deuxième femme, après Lili Boulanger, à obtenir le prestigieux prix de Rome. Toulousaine, elle suit ses études à Paris avec Paul Vidal. Elle enseigne même au Conservatoire de Paris. Son œuvre reste à découvrir. Quel bonheur de découvrir ces trois pages ici. Lied, Idylle et Élévation se succèdent. Quelle beauté diaphane caractérise ses œuvres courtes et riches en couleur. Les deux interprètes les transcendent. Ces pages enchantaient Georges Enesco, et on le comprend.
Poldowski : la Sonate pour violon et piano en ré mineur
La troisième est la fille de l'un des plus grands violonistes du XIXe siècle, Henryk Wieniawski, compositeur et pédagogue comme son oncle Józef Wieniawski, excellent pianiste et compositeur connu de tous les Polonais. Il s'agit de Poldowski (1879-1932).
Sa Sonate pour violon et piano en ré mineur se compose de trois mouvements intenses et passionnés. La couleur est sombre. Le lyrisme est débordant, au service d'une obsession permanente. La virtuosité requise est totalement dominée ici au service du chant musical. Stupéfaction est le seul mot qui vient agiter mon corps. Cette sonate révèle des fêlures profondes de l'âme de la compositrice, orpheline de père très jeune et élevée dans la haute société anglaise par sa mère, Bessie Hampton. Regina Wieniawska de son vrai nom, elle mena une vie itinérante entre Londres et l'Europe. Cette sonate aux harmonies audacieuses et surprenantes est une révélation absolue, comme les trois courtes pièces de Marguerite Canal.
Élévation, un disque essentiel
Élévation est bien plus qu'un disque. Il est essentiel ! Que ce Duo Alma est une réussite… Un des plus beaux enregistrements de 2026 !
Infos pratiques
Élévation, par le Duo Alma, avec Clara Danchin au violon et Anna Jbanova au piano, est paru en 2026 chez Indésens Calliope Records. L'album dure 65 minutes et réunit des œuvres d'Amy Beach, de Marguerite Canal et de Poldowski.
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