- Auteur Philippe Depetris
- Temps de lecture 7 min
Anastasia Kobekina : portrait d’une princesse du violoncelle
Lauréate du Concours Tchaïkovski et du Leonard Bernstein Award, Anastasia Kobekina compte parmi les violoncellistes les plus prometteuses de sa génération. Le 9 juillet 2026, elle donne un récital avec la pianiste Béatrice Berrut au Festival Notre-Dame-de-Vie de Mougins. Rencontre avec une virtuose du violoncelle.

Les critiques estiment que cette jeune violoncelliste à la sonorité profonde prend place parmi les instrumentistes les plus captivants de la nouvelle génération. ©Nicolas Hudak_Sony Music Entertainment
Anastasia Kobekina compte parmi les violoncellistes les plus prometteuses de sa génération et donnera un récital exceptionnel en compagnie de la pianiste Béatrice Berrut dans le cadre du Festival Notre-Dame-de-Vie de Mougins le jeudi 9 juillet 2026.
Entretien avec Anastasia Kobekina, dont le violoncelle incandescent est attendu à Mougins
Un jeu virtuose et sensible, une formidable musicalité et un sens des couleurs sonores qu’elle exprime avec intensité sur son instrument, une présence magnétique sur scène, et une approche personnelle du répertoire constituent les qualités qui définissent la violoncelliste Anastasia Kobekina, lauréate du concours Tchaïkovski 2019 et du Leonard Bernstein Award.
Rencontre avec une musicienne au talent exceptionnel.

Tombée dedans toute petite
Comment est née votre vocation de musicienne ?
On peut dire que je suis tombée dedans quand j'étais toute petite ! J'ai grandi dans une famille profondément musicienne, ma mère enseigne le piano et mon père est compositeur. Chez nous, la musique n’était pas juste une discipline ou une option, c’est notre langage quotidien. J'ai commencé le violoncelle à l'âge de quatre ans et au début c’était comme un jeu, j’ai mis mes poupées autour de moi et je jouais pour elles!
Pourquoi avez-vous choisi le violoncelle et qu'est-ce que vous apporte votre instrument ? Auriez-vous pu jouer d'un autre instrument ?
Le violoncelle s'est imposé à moi très tôt. Ce que j'aime par-dessus tout, c'est sa proximité physique et sa tessiture unique, si proche de la voix humaine. Quand on joue du violoncelle, on l'embrasse littéralement, on ressent les vibrations directement. Il m'apporte un moyen d'expression totale, une extension de mes propres émotions.
Admise au Conservatoire de Moscou à 12 ans
Auriez-vous pu jouer d'un autre instrument ?
J’aimerais pouvoir jouer de tous les instruments, ça serait un rêve, je joue aussi un peu de piano et viole de gambe. Dernièrement j’ai essayé d’apprendre le violon mais c’était sans grand succès malheureusement. Le fait de jouer du violoncelle ne m’a pas aidé pour le violon.
Quand avez-vous compris que vous seriez musicienne et concertiste ?
J'ai donné mon tout premier concert en soliste avec orchestre à l'âge de 6 ans. Bien sûr, à cet âge, on ne conscientise pas une "carrière", on s'amuse, on partage. Le véritable déclic s'est fait un peu plus tard, vers mes 12 ans, lorsque j'ai été admise au Conservatoire de Moscou. C'est à ce moment-là que ma passion s'est doublée d'une exigence et d'un engagement total.
La scène est un espace de vérité
Quels sentiments éprouvez-vous lorsque vous êtes sur scène ?
Sur scène, je traverse une palette d'émotions incroyable - du trac mêlé d'adrénaline juste avant d'entrer, jusqu'à un sentiment de liberté absolue et de vulnérabilité une fois que les premières notes résonnent. C'est un espace de vérité où l'on ne peut pas tricher. C’est le moment où la musique prend enfin tout son sens, car elle n'existe pleinement que lorsqu'elle est partagée avec un public, dans une écoute et une énergie communes.
"La diversité, c'est ce que j'aime"
Concerto avec orchestre, musique de chambre, récital avec piano, concert en solo, que préférez-vous ?
C'est impossible de choisir, j’aime de changer les formations. La diversité, c’est ce que j’aime.

Comment abordez-vous les œuvres que vous interprètez ?
J'aime comprendre le contexte, l'intention du compositeur, l'esprit de l'époque - c'est d'ailleurs pour cela que j'ai aussi étudié le violoncelle baroque. Mais une fois sur scène, je m'autorise à laisser vivre l'instant présent, à modifier une dynamique ou un timing selon l'acoustique de la salle ou l'énergie du moment. L'œuvre doit respirer et sonner comme si elle était créée sous nos yeux.
"Je me laisse inspirer par des artistes de rock ou folk"
Aimez-vous écouter toutes les musiques ?
Absolument, c’est dans mon temps libre que je découvre d’autres genres de musique et me laisse inspirer par des artistes de rock ou folk.
Pouvez-vous nous présenter les œuvres de Schumann, Brahms et Rachmaninov que vous allez interpréter à Mougins avec Béatrice Berrut ?
Ce programme avec Béatrice Berrut est un voyage au cœur du romantisme et du post-romantisme. Il explore la passion sous toutes ses formes. Les Fantasiestücke de Schumann sont de purs bijoux poétiques. C’est une musique de l'instant, changeante, rêveuse et parfois fébrile, qui demande une immense flexibilité et une complicité immédiate entre le piano et le violoncelle.
"Un monument de rigueur et d'architecture"
La Sonate pour violoncelle et piano de Brahms est un monument de rigueur et d'architecture traversée par un lyrisme noble et une mélancolie chaleureuse, presque automnale avec un final en forme de fugue énergétique et flamboyante.
Rachmaninov et sa fameuse Sonate en sol mineur est un chef-d'œuvre absolu. C'est une œuvre d'une virtuosité folle pour le piano et d'un souffle mélodique torrentiel pour le violoncelle. C'est passionné, tragique, et follement généreux.

"Bach ne vieillit jamais"
Avez-vous un répertoire de prédilection ?
Non. J'ai du mal à me cantonner à une seule époque.
Vous venez aussi d'enregistrer les suites de Bach. En quoi ces œuvres et ce compositeur vous semblent-ils essentiels ?
Enregistrer l'intégrale des Suites pour violoncelle seul de Bach a été l'un des projets les plus intenses et personnels de ma vie. Ces pièces sont la Bible du violoncelliste. Pour cet enregistrement, j'ai choisi une approche épurée, sur cordes en boyau, violoncelle sans pique, archet baroque - pour retrouver texture brute et intime. Bach ne vieillit jamais, c'est une musique universelle qui agit comme un miroir de notre propre âme.
"J'aime la photographie"
Qu’aimez-vous dans la vie au-delà de la musique et quels sont vos loisirs favoris ?
J’aime la photographie, j’ai toujours un appareil photo avec moi, mais aussi les travaux manuels comme la couture ou la broderie. Cela me détend beaucoup.
Etes-vous heureuse de revenir sur la Côte d'Azur et à Mougins ?
La Côte d'Azur possède une lumière absolument magique, une douceur de vivre et une ferveur culturelle uniques. Y jouer est toujours un privilège, car le public y est à la fois chaleureux, mélomane et très accueillant. C'est une vraie bouffée d'inspiration pour moi de revenir dans cette région et particulièrement de découvrir ce cadre magique de la chapelle Notre-Dame-de-Vie.
Infos pratiques
Festival Notre Dame-de Vie
Chapelle Notre-Dame-de-Vie,
501-869, chemin de la Chapelle
06250 Mougins
Concert à 21h











