- Auteur Jacques Jarmasson
- Temps de lecture 7 min
Une Neuvième de légende pour un adieu bouleversant : Debora Waldman quitte l’ONAP dans un triomphe d’émotion
Le hasard a voulu un symbole parfait : c’est le jour de son anniversaire que Débora Waldman a dirigé son dernier concert en tant que directrice musicale de l’Orchestre national Avignon-Provence. Pour cette ultime soirée, après six années marquantes, elle avait choisi la Neuvième Symphonie de Beethoven et son « Ode à la joie ».

Débora Waldman dirige la 9e Symphonie de Beethoven, dernier concert à la tête de l’Orchestre national Avignon-Provence, juin 2026. ©ONAP / Anthony Mkrtchian
Certains concerts dépassent le simple cadre de la représentation musicale pour entrer dans la mémoire collective. Ce vendredi 19 juin 2026, à l’Opéra Grand Avignon, l’interprétation de la monumentale Neuvième Symphonie de Ludwig van Beethoven par l’Orchestre national Avignon-Provence a incontestablement appartenu à cette catégorie rare des soirées d’exception, celles dont le souvenir demeure longtemps après que les dernières notes se sont éteintes.
Avec son architecture grandiose, son souffle humaniste et son célébrissime « Ode à la joie », devenue l’hymne européen, la Neuvième de Beethoven constitue à elle seule un sommet de l’histoire de la musique occidentale. Mais ce concert revêtait une dimension supplémentaire : il marquait le départ de Debora Waldman à son poste de directrice musicale de l’Orchestre national Avignon-Provence après 6 années d’un travail remarquable qui aura profondément marqué la vie musicale du territoire, mettant notamment à l’honneur les compositrices.
Debora Waldman fait ses adieux à l'Orchestre national Avignon-Provence avec la 9e Symphonie de Beethoven
Comme un symbole du destin, cette ultime apparition en tant que cheffe titulaire à la tête de l’orchestre coïncidait avec l’anniversaire de la cheffe franco-brésilienne.
En tant que cheffe titulaire, puisque Debora Waldman aura plusieurs autres occasions de diriger l’orchestre avignonnais en tant que cheffe invitée, à commencer par le concert donné dans le cadre des Musicales du Luberon qui sera donné aux Carrières des Taillades le 11 juillet prochain pour un nouvel hommage, ou encore lors de la prochaine saison 2026-2027 de l’Opéra Grand Avignon : Debora Waldman dirigera l’ONAP lors de la production d'Aïda les 16, 18 et 20 octobre 2027.

Une interprétation magistrale
Sous la direction de Debora Waldman, l’ONAP a déployé une palette sonore d’une richesse exceptionnelle.
L’Orchestre national Avignon-Provence a offert une prestation de très haut niveau, démontrant une fois encore la place éminente qu’il occupe aujourd’hui parmi les grandes formations symphoniques françaises.
Debora Waldman a conduit l’édifice beethovénien avec une intelligence remarquable. Sans jamais sacrifier l’émotion à la rigueur, elle a su faire émerger toute à la fois la modernité et l’humanité de cette œuvre universelle.
Des solistes d’exception
Pour relever le défi du monumental finale, quatre solistes étaient réunis sur scène.
La soprano Andreea Soare a impressionné par la pureté de son timbre et la luminosité de son émission. Sa voix s’est élevée avec aisance au-dessus des masses orchestrales et chorales, apportant grâce et éclat à l’ensemble.
La mezzo-soprano Julie Robard-Gendre a offert une prestation d’une grande profondeur. Sa voix chaleureuse et généreuse a donné une densité particulière à la cohésion de ce quatuor.

Le ténor François Rougier a fait preuve d’une remarquable solidité vocale, projetant avec assurance ses interventions face à un effectif orchestral et choral considérable.
Quant au baryton Thomas Dolié, il a assumé avec autorité le célèbre appel introductif du finale. Sa présence scénique et la noblesse de son chant ont donné une force particulière à ce moment fondateur qui ouvre les portes de l’« Ode à la joie ».
Ensemble, les quatre artistes ont formé un quatuor parfaitement équilibré, au service exclusif de la musique et du message universel porté par Beethoven.
Deux chœurs réunis pour un moment de grâce
La réussite de cette Neuvième doit également beaucoup à l’excellence des formations chorales réunies pour l’occasion.
Le Chœur de l’Opéra Grand Avignon, préparé par Alan Woodbridge, et le Chœur de l’Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie, dirigé par Noëlle Gény, ont livré une prestation tout simplement remarquable.
Dès leur entrée dans le final, leur puissance collective a saisi le public. Mais au-delà du volume sonore, c’est surtout la précision des attaques et l’équilibre des pupitres qui ont impressionné.

Une salle suspendue à l’émotion
À mesure que l’œuvre avançait vers son apothéose finale, l’émotion devenait presque palpable dans la salle. Chacun semblait conscient d’assister à un moment particulier de l’histoire récente de l’Orchestre national Avignon-Provence.
Lorsque les dernières mesures ont retenti dans une explosion de joie et de lumière, le public s’est levé comme un seul homme. Une longue ovation a immédiatement salué les artistes, notamment le percussionniste Hervé Catil et le hautboïste Thierry Guelfucci, qui, eux aussi, terminaient ce soir-là leur carrière de musicien d’orchestre, carrière durant laquelle ils ont tous deux rivalisé de talent et d’intelligence musicale.
Un hommage émouvant à Debora Waldman
Après le concert, la direction, les musiciens, les choristes et les équipes de l’Opéra ont rendu un hommage particulièrement chaleureux à Debora Waldman pour ce dernier concert en tant que directrice musicale de l’ONAP.
Moment aussi inattendu que touchant, les chœurs ont entonné un vibrant « Joyeux anniversaire » à l’attention de la cheffe qui fêtait aussi son anniversaire, provoquant une vive émotion.

Les témoignages se sont ensuite succédé. Alexis Labat, directeur général de l’Orchestre national Avignon-Provence, a partagé plusieurs souvenirs et anecdotes retraçant les années de collaboration avec celle qui aura contribué à renforcer encore le rayonnement artistique de l’institution.
Georges Bel, président de l’orchestre depuis six années et qui quitte également ses fonctions à l’issue de cette saison, a lui aussi pris la parole. Son intervention a ajouté une dimension supplémentaire à cette soirée placée sous le signe des transmissions et des passages de relais.
Ces prises de parole ont rappelé combien l’aventure menée ces dernières années avait permis à l’ONAP de franchir de nouvelles étapes artistiques tout en consolidant son lien avec le public.
« Cette 9èmesymphonie représente tous les messages que je souhaite transmettre avec la musique : la spiritualité, la fraternité et l’amour et aussi le dépassement de l’être » précise Debora Waldman, et que « toutes ces réussites de l’orchestre sont dues à l’excellent esprit d’équipe qui anime cette institution ».
Une clôture de saison placée sous le signe de la fraternité
Avec son message universel d’union entre les peuples et les hommes, la Neuvième Symphonie de Beethoven constituait le point d’orgue parfait de la saison. En quittant son pupitre sous une pluie d’applaudissements et une émotion partagée par tous, Debora Waldman a laissé l’image d’une artiste profondément investie, admirée par ses musiciens et aimée de son public.












