- Auteur Philippe Depetris
- Temps de lecture 6 min
Orchestre national de Cannes : Holly Hyun Choe a magistralement dirigé son premier concert en tant que directrice musicale de la formation
Holly Hyun Choe, désormais directrice musicale de l’Orchestre national de Cannes et première femme à occuper ce poste, a dirigé son premier concert à ce titre, le dimanche 25 octobre, avec la pianiste Anna Geniushene en soliste. Elle n’a pas tardé à convaincre le public de son talent et de son charisme. Au programme : la Symphonie n° 37 de Haydn, le Concerto n° 3 de Beethoven et la découverte de la Sérénade en ré majeur d’Ethel Smyth.

Holly Hyun Choe et Anna Geniushene, saluées après le Concerto n° 3 de Beethoven, le dimanche 25 octobre au théâtre Debussy. © M. Chatonnier / ONC
Pour ce premier concert de directrice musicale, le dimanche 25 octobre, Holly Hyun Choe avait à ses côtés la pianiste Anna Geniushene dans le Concerto n° 3 de Beethoven. On avait déjà pu se rendre compte de ses qualités lors des concerts où elle n’était encore que la cheffe invitée de l’Orchestre national de Cannes, dont elle est désormais la directrice musicale et la première femme à occuper ce poste. C’est déjà à ce moment-là qu’elle a recueilli l’unanimité des musiciens, ce qui a été évidemment déterminant dans sa nomination.
Accueillie sous les applaudissements chaleureux des spectateurs par la présidente de l’Orchestre, Anny Courtade, et l’adjointe à la culture de la ville de Cannes, Emma Veran, représentant le maire David Lisnard, Holly Hyun Choe n’a pas tardé à convaincre le public de son talent et de son charisme.

Dans le théâtre Debussy du Palais des Festivals et des Congrès de Cannes, très copieusement rempli pour l’événement, elle avait choisi un programme qui annonce la nouvelle tonalité qu’elle entend donner en matière de programmation à cet excellent orchestre, modelé pendant dix riches années par son talentueux prédécesseur, Benjamin Levy.
Haydn, Beethoven et Ethel Smyth : le programme d’ouverture de Holly Hyun Choe
Une tonalité marquée par un attachement au répertoire classique symphonique fondateur à travers la Symphonie n° 37 de Haydn, une référence à Beethoven, dont le 200e anniversaire de la disparition constituera l’un des fils rouges de cette saison 2026-2027, avec le Concerto n° 3, et un engagement assumé dans la promotion des œuvres de compositrices, illustré ici par la découverte de la Sérénade en ré majeur d’Ethel Smyth, composée en 1889 par celle qui fit beaucoup pour la cause des femmes et des musiciennes et fut, entre autres, la première femme compositrice à faire jouer un opéra au Metropolitan de New York.

Holly Hyun Choe, une cheffe à l’écoute de ses musiciens
Car pour être une jeune cheffe (elle a à peine 35 ans), Holly Hyun Choe affiche déjà une belle expérience acquise à la croisée des cultures qui sont les siennes et reconnue unanimement dans le monde. Imprégnée ainsi d’une culture musicale solide, elle aborde les répertoires qu’elle conduit avec profondeur et intelligence. Une gestuelle tout à la fois précise, musicale, expressive et empreinte d’énergie, et un sens de la respiration musicale qui respectent le texte initial en laissant paraître une personnalité ouverte à l’écoute et sa volonté d’établir un lien équilibré avec ses musiciens.
Ajoutez à cela une capacité certaine à accorder une place importante à l’empathie et à la qualité de la relation humaine, ainsi qu’à la transmission des émotions.
Holly Hyun Choe et Anna Geniushene dans le Concerto n° 3 de Beethoven
On aura apprécié cette capacité d’écoute tout au long du Concerto n° 3 de Beethoven, dont la soliste était la pianiste russe Anna Geniushene, médaille d’argent du prestigieux concours international Van Cliburn 2022. Cette musicienne à la virtuosité incontestable a visiblement du tempérament (parfois peut-être un peu trop), qu’elle met au service d’une personnalité affirmée. Cependant, l’opposition parfois trop marquée des plans sonores peut étonner dans cette œuvre à la densité émotionnelle constante. On aura en revanche plus apprécié la poésie et l’intériorité du largo central et l’énergie du rondo final, qui a emporté l’adhésion du public.

La Sérénade en ré majeur d’Ethel Smyth, une belle découverte
Pour beaucoup, les quatre mouvements de la Sérénade en ré majeur pour orchestre d’Ethel Smyth, qui concluaient le programme, furent une belle découverte. L’ampleur de l’expression, la maîtrise de l’écriture mobilisent avec exigence la totalité des pupitres de l’orchestre. Holly Hyun Choe s’est attachée à en souligner le lyrisme et l’énergie, tout en laissant avec ses musiciens respirer les phrases chaque fois que nécessaire. La magnifique direction imprimée à cette lecture et la cohérence servie par une cheffe inspirée et un orchestre très en forme ont rendu justice à l’intérêt musical de cette partition, inaugurant une collaboration qui nous promet encore de fort beaux moments.

Prochain concert de l’Orchestre national de Cannes
Le prochain rendez-vous est donné le dimanche 15 novembre à 17 h, avec le Triple Concerto pour piano, violon et violoncelle de Beethoven, la Symphonie « Londres » de Haydn, ainsi qu’une pièce de la compositrice américaine contemporaine Jessie Montgomery.











