- Auteur Yvan Zakarian
- Temps de lecture 5 min
Jazz à Sète : Louis Martinez joue à domicile et bouleverse le public en plein coeur
Quarante ans d’amitié avec Stéphane Belmondo, un hommage pudique à deux femmes de sa vie : le 20 juillet 2026, Louis Martinez a livré Influences Vol. 2 au Théâtre de la Mer de Sète, en première partie de Cécile McLorin Salvant. Une heure de jazz mélodique où le directeur de Jazz à Sète s’efface derrière son orchestre pour mieux briller.

Louis Martinez et ses musiciens sur scène, Influences Vol. 2, Théâtre de la Mer, Sète, 2026. ©MCS
Extrait vidéo du concert ©MCS
Le Théâtre de la Mer accueillait ce lundi 20 juillet 2026 Influences Vol. 2, le nouveau projet de Louis Martinez, proposé en première partie de la soirée avant le concert de Cécile McLorin Salvant. Une situation singulière pour le guitariste, également directeur du Festival Jazz à Sète, qui retrouvait la scène de son festival sans pouvoir, cette fois, présenter lui-même son propre projet.
Louis Martinez et l'ombre bienveillante de Michel Legrand
Cette tâche revenait au journaliste Lionel Eskenasi, fidèle animateur des conférences du festival, qui rappelait combien l’univers du compositeur s’inscrit dans une filiation où plane notamment l’ombre bienveillante de Michel Legrand. Une référence qui éclaire l’écoute : chez Louis Martinez, la mélodie demeure le point d’ancrage de l’improvisation, sans jamais céder à la démonstration.
Jouant devant son public, le musicien a reçu un accueil particulièrement chaleureux des Sétois. Un succès mérité tant cette musique respire la sincérité. Les compositions de Louis Martinez possèdent cette qualité rare de conjuguer une écriture exigeante avec une immédiate évidence mélodique. Elles invitent l’improvisation sans jamais perdre leur pouvoir narratif.

Stéphane Belmondo, quarante ans de complicité en trompette
Au cœur de cette réussite, le dialogue avec le trompettiste Stéphane Belmondo, une amitié de 40 années, impressionne. Inspiré du premier au dernier chorus, le trompettiste fait rayonner les thèmes avec un lyrisme lumineux, ouvrant de vastes espaces d’improvisation qui prolongent naturellement l’écriture. Son phrasé généreux, sa sonorité chaleureuse et son sens de la respiration donnent une dimension supplémentaire à un répertoire déjà riche de couleurs.
Si Louis Martinez s’efface volontiers derrière son orchestre, le guitariste n’en demeure pas moins un remarquable improvisateur. Ses solos séduisent par un phrasé d’une grande fluidité, toujours au service du récit musical, sans jamais céder à la démonstration. Son son, ample, rond et d’une grande finesse, révèle un toucher délicat et sensible.
Alfio Origlio, Thomas Doméné et Nicolas Mirande, une rythmique d'orfèvre
La section rythmique se distingue par son intelligence collective. Alfio Origlio au piano, privilégie toujours la justesse à l’esbroufe. Son accompagnement, discret mais constamment inventif, colore chaque morceau avec une élégance remarquable. Aux côtés de Thomas Doméné à la batterie et Nicolas Mirande à la basse, il installe un tapis harmonique plein de swing souple et vivant, où chaque intervention trouve naturellement sa place.

Sophie Darly et Mélina Tobiana, deux voix pour les textes de Séverine Estrade
La dimension vocale constitue l’autre grande réussite du projet. Les textes de Séverine Estrade, empreints de délicatesse et d’humanité, trouvent en Sophie Darly et Mélina Tobiana deux interprètes complémentaires. Sophie Darly séduit par son engagement dans les textes, la qualité de son phrasé, son sens du rythme et le timbre profond de sa voix. Mélina Tobiana, co-fondatrice du groupe Bloom, à la voix douce et sensuelle, apporte une présence solaire, une spontanéité teintée d’humour qui n’exclut jamais l’émotion.
Mai 73 et Trinité, l'hommage à Violette et Séverine
Cette émotion atteint son sommet avec Mai 73 et Trinité, deux hommages en musique aux deux femmes qui ont marqué la vie de Louis Martinez : Violette son épouse, disparue il y a sept ans après une longue maladie, et Séverine Estrade, sa compagne depuis deux ans environ qui lui a redonné le goût de vivre. Cette composition touche par sa pudeur et sa vérité.

Coco, September Song et Sorry If I Hurt, les autres temps forts
D’autres moments forts jalonnent le concert : C’est beau ça, September Song ou encore Coco, dédiée à Colette Narchal, présidente du festival autant de pages où l’écriture mélodique du guitariste déploie toute sa finesse. Seule entorse au répertoire signé Louis Martinez, Sorry If I Hurt, proposée par Mélina Tobiana (« Tu m’as piqué mon morceau lance t’elle avec humour au guitariste) , est interprétée avec beaucoup de naturel et une sincérité qui emporte l’adhésion.
Avec Influences Vol. 2, Louis Martinez affirme une nouvelle fois une identité musicale personnelle. Son jazz ne cherche ni l’effet ni la virtuosité démonstrative ; il privilégie le chant, la couleur, l’émotion et le dialogue. Une musique qui regarde vers les grands mélodistes du jazz moderne en conservant une voix singulière.
Le public du Théâtre de la Mer lui a réservé une ovation à la hauteur de cette proposition artistique exigeante et généreuse. Une première partie de soirée d’une rare élégance, qui rappelait, s’il en était besoin, que Louis Martinez n’est pas seulement le directeur artistique de Jazz à Sète : il en est aussi l’une des plus belles signatures musicales.











