- Auteur Alexandre Riédès
- Temps de lecture 9 min
35e Festival d’art sacré d’Antibes : retour sur un anniversaire exceptionnel
Pour sa 35e édition, le Festival d’art sacré d’Antibes a connu une affluence publique sans précédent. La cathédrale d’Antibes était comble pour accueillir Renaud Capuçon dans les Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach, entouré de ses deux jeunes et talentueux complices Paul Zientara et Krzysztof Michalski. La venue exceptionnelle du chœur d’adultes de la Maîtrise Notre-Dame de Paris, sous la direction d’Henri Chalet, a incontestablement constitué une apothéose. À l’affiche également : Maurizio Dones, Concerto Soave, Philippe Depetris, Julien Chauvin, Michèle Bréant, Les Itinérantes et le peintre Gérard Raymond-Pierre.

Le chœur d’adultes de la Maîtrise Notre-Dame de Paris, dirigé par Henri Chalet, en clôture du 35e Festival d’art sacré d’Antibes, le 4 octobre 2026.
Extrait vidéo du concert ©MCS
Pour sa 35e édition, le Festival d’art sacré d’Antibes a connu une affluence publique sans précédent, de Renaud Capuçon dans les Variations Goldberg à la Maîtrise Notre-Dame de Paris. Il s’inscrit définitivement comme l’un des événements nationaux et internationaux les plus importants du genre par la qualité et la diversité de sa programmation, avec une ambition qui dépasse le simple cadre d’un festival de musique classique, en faisant dialoguer la musique et les arts, la spiritualité, l’histoire et le patrimoine architectural d’Antibes Juan-les-Pins dans les lieux emblématiques qui ont construit son identité. Un succès à mettre à l’actif de l’équipe qui préside aux destinées de cette manifestation et de sa présidente, Lucile Mus, qui honore depuis plus de trois décennies la politique culturelle de la ville d’Antibes Juan-les-Pins.
Ainsi, le concert inaugural donné en la cathédrale Notre-Dame de l’Immaculée Conception, avec le concours de l’orchestre de la Nuova Cameristica di Milano et les voix magnifiquement équilibrées et homogènes des chœurs Licabella de Lecco (Italie), a enthousiasmé les spectateurs. La direction précise et inspirée, le sens du détail, l’énergie et la justesse des couleurs propulsés par le chef d’orchestre Maurizio Dones ont donné un souffle puissant à l’interprétation du célèbre Gloria de Vivaldi, sublimé par le dialogue sensible et émouvant des voix des deux solistes, la soprano Leslie Visco et la contralto française Anthéa Pichanick. On aura également apprécié l’interprétation aussi virtuose que musicale, les admirables phrasés et la magnifique sonorité du hautbois de Vincent Tizon, soliste de l’Orchestre national de Cannes et musicien au talent justement reconnu comme l’un des plus éminents à l’échelon européen.

D’André Campra à Renaud Capuçon : motets baroques et Variations Goldberg
Campra et Bernier par Concerto Soave à la chapelle Saint-Bernardin
Les motets d’André Campra et de Nicolas Bernier, interprétés dans le cadre magique de la chapelle Saint-Bernardin, idéale pour ce type de programme, par l’ensemble Concerto Soave emmené par Jean-Marc Aymes, ont tissé autour de la voix profonde et expressive du baryton Romain Bockler un écrin d’une rare richesse, rendant honneur au répertoire rarement donné de la musique française du début du XVIIIe siècle.
Renaud Capuçon et les Variations Goldberg en trio à cordes
La cathédrale d’Antibes était aussi comble pour accueillir Renaud Capuçon et ses deux jeunes et talentueux complices, l’altiste Paul Zientara et le violoncelliste Krzysztof Michalski, qui ont sublimé la version pour trio à cordes réalisée par Dmitri Sitkovetsky des célèbres Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach. En mettant en valeur la géniale architecture contrapuntique de cette écriture, entre rigueur formelle et invention expressive, ce partage inspiré par le violon de Renaud Capuçon a permis d’apprécier la riche texture de cette partition universelle grâce à une mise en perspective du dialogue intense et de l’équilibre des trois instruments, suscitant de la part des spectateurs une interminable standing ovation saluant une interprétation exceptionnelle.

Entre deux ciels de Jean-Baptiste Robin : la création contemporaine à l’honneur
Dans le cadre intimiste et l’acoustique idéale de la jolie chapelle Saint-Jean, elle aussi comble pour la circonstance, carte blanche était donnée au directeur artistique et fondateur du Festival d’art sacré, le flûtiste Philippe Depetris, pour un programme intitulé Souffles d’esprit, nouveau projet artistique porté par cet interprète autour de la respiration vitale et de la dimension intérieure, spirituelle et poétique imprimée par la flûte solo. De la partita de J.-S. Bach, en passant par la sonate de Carl Philipp Emanuel Bach, une fantaisie de Telemann, le célèbre menuet d’Orphée de Gluck ou le non moins célèbre Syrinx de Debussy, cet itinéraire personnel s’est achevé avec la création mondiale d’une œuvre commandée par le Festival d’art sacré d’Antibes au compositeur et organiste de la Chapelle royale de Versailles Jean-Baptiste Robin. Cette pièce intitulée Entre deux ciels instaure un dialogue entre deux thèmes, à l’image de deux âmes qui se répondent dans un même élan. Tels des messagers entre Terre et Ciel, ces deux motifs se croisent, s’éloignent et se retrouvent dans le vaste espace céleste, dont le lyrisme lumineux trouve son aboutissement dans une ascension d’arpèges tendue vers le ciel. Cette composition présente une écriture riche qui mobilise toutes les possibilités techniques de l’instrument sans jamais s’éloigner de la poésie et de l’élan vital qui caractérisent le souffle de la flûte. Une réussite !
Une exposition inédite : le Chemin de croix de Gérard Raymond-Pierre
L’ambition du festival a toujours été de favoriser le dialogue entre les différentes formes d’expression artistique : la musique, la peinture, la sculpture et, plus largement, toutes les créations inspirées par le sacré. Cette rencontre singulière entre patrimoine, spiritualité et création contemporaine a pris une dimension particulière avec la force, la sensibilité et la qualité du travail du peintre Gérard Raymond-Pierre, qui a créé un Chemin de croix exposé dans la crypte de la chapelle Saint-Bernardin. Il entre en résonance avec l’émouvante Descente de croix, chef-d’œuvre attribué à Aundi, créé il y a plusieurs siècles et exposé ici. Cette rencontre entre une œuvre patrimoniale inestimable et une création contemporaine illustre la vocation du festival : faire vivre le patrimoine en le mettant en résonance avec les artistes d’aujourd’hui.

Le triomphe de Julien Chauvin : Haydn et Mozart avec l’Orchestre national de Cannes
Partenaire incontournable du festival, l’Orchestre national de Cannes ouvrait à Antibes sa saison 2026-2027 sous la direction de son chef en résidence, le violoniste Julien Chauvin, spécialiste de l’interprétation des œuvres baroques et sacrées sur instruments modernes, avec un programme consacré à Vivaldi, Haydn et Mozart. Insufflant à la formation cannoise, depuis son violon, une rare énergie doublée d’une formidable intensité émotionnelle, Julien Chauvin a imposé une lecture faite de fraîcheur et de spontanéité de plusieurs symphonies fondatrices de Haydn, en jouant avec sensibilité sur les irisations d’une large palette d’émotions. Le programme s’achevait avec le célèbre motet Exsultate, jubilate de Mozart. Apprécié dans diverses pièces de ce programme, le talent de la jeune soprano française Michèle Bréant a déchaîné avec l’orchestre et le chef les ovations du public, touché par la beauté et l’expressivité de sa voix, la pureté de son timbre. Elle aura été sans nul doute l’une des révélations de ce festival.

Des Itinérantes à la Maîtrise Notre-Dame de Paris
Les Itinérantes à la chapelle de la Garoupe
Le trio vocal Les Itinérantes avait investi, pour une rare expérience musicale à la demande du festival, la pittoresque chapelle de la Garoupe, sanctuaire immémorial dédié à Notre-Dame de Bon-Port, patronne des marins, qui domine le cap d’Antibes et la Méditerranée. Cette soirée fut aussi un choc émotionnel pour le public, qui n’avait pas laissé une place de libre dans la chapelle. Manon Cousin, Pauline Langlois de Swarte et Élodie Pont ont réuni et interprété des chants sacrés d’origines et d’époques diverses, issus de traditions spirituelles et culturelles variées (christianisme, islam, judaïsme, hindouisme, taoïsme, animisme, mythologies nordique et égyptienne), qui résonnent entre eux comme les facettes d’une même recherche humaine : se comprendre, trouver du sens, se relier, se respecter. Ces Jardins de lumière irradient d’une rare émotion grâce à la beauté et au mariage des voix des trois chanteuses, qui investissent tout l’espace de la chapelle et déambulent dans un périple symbolique d’une grande force. Un voyage sonore et émotionnel original dans lequel chacun peut vivre personnellement sa propre traversée intérieure. Un moment exceptionnel !
Le chœur d’adultes de la Maîtrise Notre-Dame de Paris en clôture
Grâce à la collaboration de l’Académie musicale de Villecroze, présidée par Anne Postel-Vinay, de l’abbaye du Thoronet et du Centre des monuments nationaux, dont l’administrateur pour le département du Var est Jean-Marc Bouré, le Festival d’art sacré d’Antibes a offert à son public un grand moment en clôture de ce 35e anniversaire. La venue exceptionnelle du chœur d’adultes de la Maîtrise Notre-Dame de Paris sous la direction d’Henri Chalet (les mêmes qui, une semaine auparavant, avaient accompagné la venue du pape Léon XIV à Notre-Dame de Paris) a incontestablement constitué une apothéose. La qualité des voix, l’engagement des chanteurs et la précision de la direction du chef depuis un orgue positif ont fait merveille dans ce programme dédié aux splendeurs du baroque sacré, dominé par des pièces de Monteverdi et de Charpentier, et dont l’un des sommets fut incontestablement la bouleversante interprétation d’un Crucifixus a 8 voci d’Antonio Lotti, dont la dense polyphonie a été sublimée par le chœur, tout comme le Jubilate Deo de Guillaume Bouzignac, bissé par le public debout.











