- Auteur Éric Fontaine
- Temps de lecture 6 min
Les couleurs de Jean Vilar au musée Paul Valéry de Sète : les peintres du théâtre populaire
Les décors et les costumes du Théâtre national populaire sont aussi une histoire de peintres. Avec Les couleurs de Jean Vilar, le musée Paul Valéry de Sète réunit tableaux, croquis, costumes et tapisseries autour du fondateur du Festival d’Avignon, jusqu’au dimanche 8 novembre 2026.

Affiches du TNP signées Marcel Jacno (La Mort de Danton, L’Avare, La Vie de Galilée, Antigone), présentées dans l’exposition Les couleurs de Jean Vilar au musée Paul Valéry de Sète, jusqu’au dimanche 8 novembre 2026. ©Éric Fontaine
La grande exposition de l'été et de l'automne à Sète est intitulée Les couleurs de Jean Vilar. Camille Bertrand-Hardy, la directrice du pôle des musées de Sète, accompagnée d'Ingrid Junillon (responsable des collections au musée), a imaginé cette exposition à travers un parcours en huit sections.
On découvre dans ces installations une quarantaine de tableaux, une centaine d'œuvres graphiques, un grand nombre de costumes de théâtre, mais également des tapisseries, le tout issu des collections publiques et privées.
La période évoquée est de 30 ans (1940 à 1970). L'exposition a pu se mettre en place grâce également à Adrian Blancard (Maison Jean Vilar, Avignon). Le visiteur aura le loisir de découvrir les choix qui permettaient à l'homme de théâtre de définir ses pièces, mais également de proposer des spectacles populaires à Paris, à Avignon et en itinérance sur des scènes nationales en France.

Qui était vraiment Jean Vilar ?
Jean Vilar (1912-1971), comédien, metteur en scène et directeur de théâtre sétois, a fondé le Festival d'Avignon et dirigé le Théâtre national populaire (TNP), avec la volonté constante d'un théâtre accessible à tous.
Son passage comme comédien dans la troupe de la Roulotte confirme son imagination, en tant que passionné de théâtre et d'interprétation, sur des scènes qu'il qualifia de « lieux ouverts pour la peinture, l'architecture ». Dès lors, Jean Vilar composera son travail avec une devise : « l'action de jouer résulte d'une collaboration artistique entre les différents arts que sont les couleurs, les costumes et les décors de scène, le tout dans un univers imaginé pour la vision des spectateurs… »
Le musée Paul Valéry inscrit cette exposition dans une optique rétrospective
Marcel Jacno, l'affichiste du TNP
Marcel Jacno est l'homme de communication autour du théâtre de Jean Vilar. Il invente un alphabet grâce à ses lettres peintes et dessine le logo du TNP. Il est un affichiste de renom, comme Eugène Ogé ou encore Bernard Villemot.
Léon Gischia et les costumes du Cid
Ces collaborations artistiques, Jean Vilar les a voulues tout au long de sa vie de metteur en scène, tant l'univers de la peinture associé à l'architecture lui permettait de réaliser la jonction entre l'art et le théâtre. Fort de son intuition artistique, après avoir fondé la Compagnie des Sept en 1943, il connaît le succès avec Meurtre dans la cathédrale de T. S. Eliot en 1945, marquant ainsi le début de sa grande collaboration avec son ami Léon Gischia.

Dans un angle du musée, on découvrira les costumes imaginés par Léon Gischia pour Le Cid de 1951. Le costume du Roi fut porté par Jean Vilar. Peintre et admirateur de Jean Vilar, Gischia a abandonné la peinture figurative pour l'abstraction, au profit de la création de décors sans fioritures ni illusion. Léon Gischia collabora une trentaine de fois avec l'homme de théâtre, qui l'a souvent appelé au cœur de la nuit pour obtenir des conseils sur les costumes ou les drapés scéniques. Gérard Philipe bénéficiera aussi de cette fabuleuse collaboration entre les deux hommes, pour les costumes et les décors de fond de scène.
De Jacques Lagrange qui introduit le burlesque à Mario Prassinos et son avant-gardisme fantastique
En 1958, Jean Vilar confie la scénographie à Jacques Lagrange. Ce collaborateur de Jacques Tati (Mon oncle) se voit à la tête d'une équipe de décorateurs autour de Georges Wilson dans le rôle-titre d'Ubu, dont la musique composée par Maurice Jarre explore le talent du metteur en scène. Jean Vilar poursuit sa quête de costumes cosmiques avec Mario Prassinos, qui allie l'art esthétique et son travail de composition, avec de grandes tapisseries shakespeariennes, nourrissant l'imagination de Vilar, qui explore alors une voie plus consensuelle autour du monstrueux et du fantastique.

On retiendra l'essentiel de l'inspiration de cet homme de théâtre, autour de la peinture et de la couture. Un parallèle avec Christian Lacroix qui expose à Arles (musée Réattu), impose de comparer les œuvres dessinées de ces talentueux créateurs, qui œuvrent à développer un théâtre populaire et original.
Andrée Schlegel Vilar, le dernier regard de l'exposition
Le musée Paul Valéry concentre dans le labyrinthe du premier étage un condensé des œuvres, croquis, costumes, tableaux et sculptures autour du mythe Vilar. On finira l'exposition par le regard de sa compagne Andrée Schlegel Vilar et le tableau Marins, réalisé en 1949, qui illustre admirablement le duo d'artistes que constituait le couple Vilar. Unis à tout jamais face à la mer, suivant leur volonté, leurs corps reposent dans l'imposante tombe du cimetière marin, où badauds et admirateurs se relaient pour témoigner de ce duo solaire, en apportant un bouquet, une fleur, un mot sur la tombe des deux amoureux : de l'art et du théâtre !
Infos pratiques
L'exposition Les couleurs de Jean Vilar est présentée au musée Paul Valéry, 148, rue François Desnoyer, à Sète, du jeudi 2 juillet au dimanche 8 novembre 2026. Elle est ouverte du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h, et fermée le lundi. Elle est gratuite pour les moins de 10 ans et le premier dimanche du mois.











