Publié le 03/04/2026

« Vision » au musée Charles-Nègre à Nice : Le dialogue sacré de Justine Tjallinks avec la peinture ancienne

L’exposition Vision, à Nice, présente pour la première fois dans un musée une rétrospective de l’artiste hollandaise Justine Tjallinks. La photographe interroge les codes de la beauté à travers une soixantaine de clichés emblématiques de son travail de portraitiste. Au musée Charles-Nègre jusqu’au 24 mai 2026.

Expo Justine Tjallinks, Nice, mars 2026

Une photographie de la série « Surfaces », emblématique du travail de portraitiste de Justine Tjallinks, figure dans la rétrospective présentée pour la première fois dans un musée, à Nice.

Avec son exposition Vision au musée de la photographie Charles-Nègre de Nice jusqu'au 26 mai 2026, la photographe néerlandaise Justine Tjallinks déploie un univers singulier, à la croisée de la peinture flamande et de la mise en scène contemporaine. Entre silence, lenteur et intensité retenue, elle explore à travers cette série photographique notre rapport au visible, au corps et à la vulnérabilité.

« Vision » au musée Charles-Nègre à Nice : Quand la photographie de Justine Tjallinks se fait tableau

Justine Tjallinks expose au musée Charles Nègre à Nice, mars 2026.
L'artiste retravaille ses images avec minutie comme pour ce cliché de la série Jeweled.

Rien n'est laissé au hasard

Dans un paysage saturé d’images instantanées, produites et consommées à grande vitesse, le travail de Justine Tjallinks se distingue par une forme de résistance. Ici, rien n’est laissé au hasard, rien n’est capté sur le vif dans l’urgence d’un regard fugace. Chaque photographie repose sur une pensée, une construction lente, presque méditative, avant d’être une image.

Un travail d'anticipation

L’artiste conçoit ses œuvres comme des tableaux. Elle ne photographie pas, elle compose lumière, posture, et regard, dans une dramaturgie silencieuse. L’image n’est pas seulement ce que l’on voit, mais ce qui affleure derrière ce que l’on croit voir. Il s’agit d’un travail d’anticipation et de projection où le réel est modelé pour atteindre une forme de vérité plus intérieure.

Ce processus qui précède la prise de vue confère à ces images une densité particulière. Elles semblent suspendues dans un temps indéfini, comme si elles échappaient à la temporalité ordinaire. Le spectateur n’est plus face à un instant capturé, mais face à une scène pensée, presque rêvée, où chaque élément est porteur de sens.

Portrait tableau expo Justine Tjallinks Nice 2026.
Une autre photographie de la série Jeweled, telle un tableau vivant.

L’héritage des maîtres flamands

L’influence des maîtres flamands est manifeste dans l’œuvre de Tjallinks. On la retrouve dans la qualité de la lumière douce et diffuse, mais aussi dans la composition rigoureuse et la profondeur des regards. Comme dans les tableaux anciens, les visages ne sont jamais anodins : ils sont des paysages intérieurs, des tableaux vivants. La photographe réinterprète cet héritage. Elle en extrait une beauté singulière qu’elle transpose dans une modernité troublante. Les références picturales se confrontent à notre présent, nos normes, nos représentations. Elles semblent appartenir à un espace intermédiaire, entre passé et présent, entre tradition et modernité. Le spectateur est ainsi invité à naviguer entre ces différentes strates, à la recherche d’un sens qui ne se donne jamais immédiatement.

Brouiller les frontières entre réel et imaginaire

L’une des caractéristiques les plus frappantes du travail de Justine Tjallinks réside dans sa capacité à brouiller les frontières entre le réel et l’imaginaire. Ses images ne sont jamais tout à fait réalistes mais elles ne relèvent pas non plus de la pure fiction. Elles se situent dans un entre-deux, un espace de tension où le visible vacille. Ce trouble est essentiel. Il oblige le regardeur à s’interroger, à douter, à reconstruire ce qu’il voit.

Série La trahison des images, Justine Tjallinks, Nice 2026
Celle-ci est intitulée "Vision future", dans la série La trahison des images.

Le corps comme territoire de résistance

L’œuvre de Tjallinks repose sur une réflexion sur le corps. Non pas le corps idéalisé, normé, conforme aux standards dominants, mais un corps libéré, singulier, parfois dérangeant. Les modèles essentiellement féminins qu'elle choisit dans la rue ne sont jamais des figures lisses. Elles portent en elles une forme de fragilité.

Un langage singulier

Le travail de Justine Tjallinks se situe à la frontière de plusieurs disciplines. Si la photographie en est le medium principal, elle emprunte largement à la peinture mais aussi au théâtre et à la mise en scène. Cette hybridation lui permet de dépasser les limites de chaque discipline pour créer un langage singulier. Il ne s’agit pas de délivrer un message clair mais plutôt de susciter une réflexion. L’engagement se situe dans le regard lui-même. Dans la manière de représenter les corps, de construire les images, de proposer une alternative aux représentations dominantes. Il passe par l’esthétique, par la sensibilité, par une forme de poésie visuelle. Il invite à repenser notre rapport au monde, aux autres, à nous-mêmes.

Autoportrait Justine Tjallinks, expo Nice 2026
Un autoportrait de l'artiste née en 1984 aux Pays-Bas où elle vit, entre La Haye et Amsterdam.

Une expérience visuelle et sensible

Le travail de Tjallinks s’inscrit dans notre rapport à l’image, au corps, à l’identité, mais aussi à la vérité. Dans un contexte où les images sont omniprésentes, souvent manipulées, mises en scène, son œuvre propose une forme de sincérité paradoxale. Une sincérité qui vise à atteindre une vérité plus profonde. Avec Vision, Justine Tjallinks propose bien plus qu’une série de photographies. Elle offre une véritable expérience visuelle et sensible, une invitation à repenser notre rapport au monde.

Infos pratiques

Musée de la Photographie Charles-Nègre

1, place Pierre-Gautier à Nice.

L'exposition Vision de Justine Tjallinks est à voir jusqu'au 24 mai 2026.

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