- Auteur Yannick Pons
- Temps de lecture 7 min
Axel Bauer, Grand 8 : « Quand vous chantez dans votre douche, vous vous dites chanteur ? »
Plus de 800 concerts, et toujours le goût de l’improvisation. Avec Grand 8, enregistré en direct dans les Landes, Axel Bauer a retrouvé la manière de travailler des groupes des années 70. Le chanteur de Cargo raconte ses débuts de guitariste avant son concert du samedi 24 octobre 2026 à Paloma, à Nîmes.

Axel Bauer, en concert le samedi 24 octobre 2026 à Paloma, à Nîmes.© Yann Orhan
Avec Grand 8, Axel Bauer a enregistré un album « comme autrefois », en direct avec ses musiciens. Le chanteur de Cargo, Éteins la lumière et À ma place, son duo avec Zazie, le présente le samedi 24 octobre 2026 à Paloma à Nîmes. Ils seront six sur scène, avec une large place à l'improvisation. Avant le concert, il revient sur ses débuts de guitariste et sur la fabrication de ce nouvel album.
Axel Bauer, musicien avant d'être chanteur
Vous vous présentez d'abord comme un musicien. Où commence cet apprentissage ?
J'ai presque toujours été musicien. Petit, j'étais passionné par le dessin, et je dessinais en écoutant les disques de jazz de mon père. C'est peut-être ce qui m'a donné une sensibilité musicale assez forte. Ma tante, Évelyne Crochet, est une grande pianiste classique qui a joué dans les plus grandes salles du monde, comme le Carnegie Hall, aux États-Unis. Mon père, lui, était batteur avec Django Reinhardt.
On parlait beaucoup musique à la maison. Et puis j'ai découvert ma musique, peut-être au premier concert auquel j'ai assisté, celui des Who, le groupe anglais. Ça a été une sorte de révélation. J'ai eu envie d'apprendre sérieusement un instrument et, à partir de là, je ne me suis plus posé de questions : ma voie, c'était la musique. J'en ferais toute ma vie, je serais musicien.
Le jazz et le classique de votre enfance restent-ils présents quand vous découvrez le rock ?
Je ne suis pas passé du jazz au rock. Mes années d'apprentissage, à l'adolescence, se situent entre 1971 et 1981. C'est une période où le jazz et le rock ont fusionné à travers des tas de groupes de jazz-rock. Je n'ai pas vraiment eu à choisir.
Je penchais davantage vers le rock, puisque j'étais fan de hard rock, de Led Zeppelin et de Black Sabbath. Mais il n'y a pas eu de vraie transition : la musique, c'est un apprentissage. Je jouais aussi avec mon père, qui se mettait au piano, et on reprenait des standards de jazz. Mais ma passion, c'était le rock.
Mon père aimait beaucoup les pianistes. J'ai énormément écouté ceux de son temps, comme Oscar Peterson. Nous étions aussi allés en écouter en concert à Pleyel. J'ai beaucoup écouté le piano, l'harmonie, et tous les 33 tours de musique classique de la maison.
Comment le guitariste devient-il le chanteur de Cargo ?
Je ne me suis jamais projeté en chanteur. J'étais guitariste dans des groupes, je ne me voyais pas du tout sur le devant de la scène et je ne travaillais pas ma voix. Je n'avais d'ailleurs pas particulièrement envie d'être connu. Il n'y avait aucun plan de carrière.
À 18 ou 19 ans, on se cherche. J'avais plutôt un talent pour le dessin, et ma famille m'orientait vers une carrière de dessinateur. Je me suis donc inscrit, assez naturellement, à un atelier préparatoire au concours des Beaux-Arts. En parallèle, je commençais à bien jouer, et on me proposait des petites séances de studio pour des gens pas forcément connus, qui faisaient leurs premiers disques.
Le soir, j'allais au Rose Bonbon, un club rock avec des petites scènes. C'est là que j'ai rencontré les Rita Mitsouko, et tout ce monde de la new wave parisienne. C'est de fil en aiguille, en jouant avec les uns et les autres, que je me suis mis à composer. Un jour, j'ai composé Cargo. Oui, je l'ai chanté, mais je ne me sentais pas vraiment chanteur à ce moment-là. Michel Eli, le patron du petit label qui m'avait signé, s'est retrouvé à en écrire le texte, parce qu'on échangeait beaucoup tous les deux.
Le morceau a bien marché, puis il a été relancé quand on a tourné le clip avec Jean-Baptiste Mondino. En 1984, j'ai occupé le terrain avec cette chanson. Un musicien peut chanter sans se dire chanteur. Je savais chanter ; interpréter, peut-être pas. À l'époque, je ne me sentais pas légitime pour me dire chanteur, alors que je l'étais pour me dire compositeur ou guitariste. Vous qui chantez dans votre douche, est-ce que vous vous dites chanteur ? Non, vous chantez dans votre douche. J'étais un peu comme ça : j'ai composé cette mélodie pour Cargo et je me suis retrouvé à la chanter.

Grand 8, un album enregistré en direct dans les Landes
Vous avez passé trois semaines dans un studio résidentiel pour Grand 8. Comment avez-vous travaillé ?
On a enregistré cet album comme on le faisait autrefois, avec les musiciens de la tournée précédente, celle de Radio Londres. C'était un album très important, avec cette chanson sur mon père et la Résistance.
Nous sommes partis trois semaines au Manoir de Léon, un studio résidentiel dans les Landes, pour travailler comme un groupe le faisait dans les années 70 : en direct.
J'apportais les grilles d'accords, je faisais écouter les maquettes aux musiciens, et on faisait les prises ensemble. Il y a eu ensuite des réenregistrements, et on a retravaillé un peu à Paris, parce qu'on était partis sans les claviers. Mais toutes les bases ont été faites là-bas, et c'est ce qui donne à l'album son côté organique. Peu d'albums se font encore comme ça aujourd'hui.
Pourquoi le titre Grand 8 et quelle place le romantisme occupe-t-il dans ces chansons ?
J'ai choisi ce titre pour le grand contraste entre des morceaux très punchy, rapides, très rock, comme Merde à la mer ou Escalator, et d'autres beaucoup plus poétiques, comme Il pleure dans mon cœur, voire fun, comme Amoureux ?.
C'est la sensation qu'on a dans un grand huit : ça monte très, très lentement, vous arrivez tout en haut, puis ça va très vite et ça redescend. L'album a un peu cette symbolique, cette impression d'aller vite puis de ralentir.
Il y a des ballades, comme Les Chemins de neige, une très belle ballade écrite par mon ami Boris Bergman. L'Enfant prodigue et Clash sont des titres punchy, d'autres sont beaucoup plus poétiques. Romantiques, mais pas au sens fleur bleue : au sens où l'on a envie de se coucher sur une tombe pour mourir tout de suite. C'est ça, le romantique. Ce n'est pas fleur bleue.
Axel Bauer sur scène : six musiciens et une large place à l'improvisation
Comment traduisez-vous ces contrastes sur scène, et quelle place reste-t-il à l'improvisation ? À quoi peut-on s'attendre à Nîmes ?
C'est une formation rock : deux guitares, une basse, une batterie et deux claviers, soit six personnes sur scène. Ça permet de voyager dans tous les univers, de passer du funk, de la soul et de la new wave de Cargo, avec des séquences, au rock organique d'Éteins la lumière. Il y a aussi une partie acoustique et plein d'autres morceaux incontournables, comme À ma place.
J'ai fait plus de 800 concerts. Certains me suivent sur toutes les dates, ce sont de vrais fans. Pour eux, et pour ceux qui m'ont déjà vu en concert, il y a d'autres morceaux que les trois majeurs : Ici Londres, Personne n'est parfait… C'est ce que le public vient voir. Et il y a une grande part d'improvisation, parce que j'aime improviser : je fais des solos pendant le concert, des solos de guitare, évidemment.
Infos pratiques concert Axel Bauer à Paloma Nîmes
Infos pratiques : Axel Bauer est en concert le samedi 24 octobre 2026 à 20 h 30 dans la grande salle de Paloma, 250 chemin de l'Aérodrome, à Nîmes. L'ouverture des portes est prévue à 20 heures. Réservation sur la billetterie de Paloma











