- Auteur Jean-Marc Bouré
- Temps de lecture 5 min
« Nous l’orchestre », un documentaire au cœur de la création artistique
Le documentaire Nous l’orchestre suit le travail de l’Orchestre de Paris sous la baguette du jeune chef prodige, Klaus Mäkelä. Un film immersif au cœur de la vie quotidienne des musiciens, au plus près de leurs émotions.

Le film permet une immersion passionnante au sein de l’Orchestre de Paris, au plus près des musiciens. Comme si le spectateur était muni d’une loupe qui lui permettait de voir et d’entendre précisément l’instrument mis en valeur à la caméra. ©Pyramide Distribution
A une époque où la diffusion musicale connaît des heures difficiles, le dernier film documentaire musical de Philippe Béziat, Nous l’orchestre, fait figure de bouffée d’oxygène. (date de sortie en salle : 22 avril 2026)
On pourra lui reprocher, et certains ne se sont pas privés de le faire, d’être une commande et un outil de promotion de l’Orchestre de Paris (120 musiciens !), et de s’inscrire dans le marketing international développé autour de son chef finlandais de 29 ans, Klaus Mäkelä, ici bien évidemment dépeint comme unanimement apprécié.
« Nous l'orchestre » : dans les coulisses troublantes de la création artistique
La vie de l'Orchestre de Paris de l'intérieur, entre moments de grâce et tensions
Quatre-vingt dix micros placés au sein de l'Orchestre de Paris
Ces 90 minutes doivent cependant être vues par les mélomanes, mais aussi les novices dans le domaine de la musique classique, tant elles sont pédagogiques, émouvantes et poétiques.

Pédagogiques car le réalisateur a choisi de donner sa place à la musique dans une conception nouvelle grâce à des techniques sophistiquées – 90 micros placés au sein de l’orchestre – comme si le spectateur était muni d’une loupe qui lui permettait d’entendre précisément l’instrument mis en valeur à la caméra : tout à tour, le timbalier Camille Baslé, la contrebassoniste Amreï Liebold, le jeune contrebassiste Lukas Carillo, et André Cazalet, haute figure du cor à l’Orchestre de Paris depuis 1980.

Un grand moment d'inspiration
Dans le Concerto en sol de Ravel, dont la partie piano est tenue par la célèbrissime Yuja Wang, l’attention se porte sur le solo de cor anglais du 2e mouvement, à vous tirer des larmes, joué par Gildas Prado, lequel courageusement dévoile le légitime stress qui l’envahit avant d’aborder ce grand moment d’inspiration. Passionnantes sont également les images du back office, - préparation des anches, des pistons, des partitions, des archets - bref tout ce qui est indispensable au maintien du très haut niveau atteint par cette phalange depuis des décennies et qu’on ne montre jamais.
Comment maintenir l'esprit d'équipe ?
Emouvantes sont les questions qui semblent hanter ces musiciens de toutes générations. Que vais-je devenir après ma retraite ? Pourquoi suis-je passé à côté d’une carrière de soliste ? Comment maintenir l’esprit d’équipe dans l’espace contraint de la Philharmonie (et son environnement si laid très visible à l’image) ? Comment ne pas se laisser envahir au travail par ses amitiés ou ses inimitiés personnelles mais au contraire ne pas cesser d’écouter les autres ?

Les visages filmés de près
On pourra être surpris par le choix de Philippe Béziat de filmer durant les répétitions les visages de très près, souvent mal rasés et fatigués, par opposition au rayonnement charismatique et quelque peu lisse du jeune chef Klaus Mäkelä. Quand on connaît un peu ces musiciens d’orchestre, la multiplicité de leurs activités - enseignement en conservatoire ou en cours particuliers, musique de chambre, essayeur chez des fabricants d’instruments ou d’accessoires - on se dit qu’ils sont assez loin d’être des prolétaires face à la classe dominante incarnée ici par le chef et la soliste. Mais bon…

L'immense émotion du chef Herbert Blomstedt
Le seul vrai regret (le réalisateur pouvait-il faire autrement ?), c’est de n’entendre que de courts extraits des chefs d’œuvres joués, Le Mandarin Merveilleux de Bartok (spectaculaire séquence d’interventions virtuoses des bois), la cosmique Huitième de Bruckner, L’Oiseau de feu de Stravinsky, la Symphonie des Mille de Mahler dirigée par Daniel Harding…
S’il ne fallait retenir qu’une image, ce serait celle de l’immense émotion dégagée par le chef Herbert Blomstedt, 97 ans, dont la vie ne semble tenir que par et pour la Musique.











