- Auteur Éric Fontaine
- Temps de lecture 9 min
Beaux-Arts de Paris – Exposition hors-les-murs : « l’esprit de l’atelier » au MO.CO. Panacée à Montpellier
L’esprit de l’atelier réunit 16 artistes formés aux Beaux-Arts de Paris au sein de l’atelier de Djamel Tatah, où il a enseigné pendant quinze ans. L’exposition s’attache à un « cas d’école » : celui du fonctionnement singulier des ateliers des Beaux-Arts de Paris.

Mathilde Denize et Clémence Gbonon Exposition L’esprit de l’atelier au MOCO. Panacée, Montpellier. © Marc Domage © Adagp, Paris, 2026
Réunissant plus de 120 œuvres, pour certaines inédites ou spécialement conçues pour l’occasion, L’esprit de l’atelier dévoile une grande diversité de pratiques : peinture, dessin, sculpture, tissage, installation. Entre figuration et abstraction, réel et fiction, les artistes sondent des territoires intérieurs traversés de multiples influences, des maîtres anciens aux expressions contemporaines.
L’esprit de l’atelier, une exposition à voir jusqu’au 3 mai 2026 au MO.CO. Panacée à Montpellier.
L’esprit de l’atelier - Exposition Hors-Les-Murs des Beaux Arts de Paris au MO.CO. Panacée à Montpellier.
Inventivité est peut-être le mot qui fédère toute la somme d’imagination des plasticiens autour de l’emblématique peintre Montpelliérain Djamel Tatah. Le MoCo qui offre à ces étudiants de l’École Supérieure des Beaux Arts de Paris un havre de créativité avec une cantine, un bar et un patio aménagé, est souvent le refuge d’étudiants qui peuvent aussi bénéficier d’une immense bibliothèque sur l’art.
16 artistes formés aux Beaux-Arts de Paris dans l’atelier Djamel Tatah durant la période de 2008 à 2023
Les exposés : Kenia Almaraz Murillo, Raphaëlle Benzimra, Djibril Boukhenaïssi, Tristan Chevillard, Fabien Conti, Mathilde Denize, Léo Dorfner, Clémence Gbonon, Bilal Haddad, Nina Jayasuriya, Dora Jeridi, David Mbuyi, Zélie Nguyen, Pierre Pause, Blaise Schwartz et Rayan Yasmineh…
Djamel Tatah artiste international aux grands formats et polyptyques
L’artiste Franco-Algérien a fait toutes ses études à l’École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne de 1981 à 1986. À 67 ans le plasticien continue à être influencé par l’humanité qu’il désigne souvent par son goût pour l’abstraction et le réalisme.
Imprégné par la figure humaine, le musée Fabre de Montpellier avait présenté fin 2022 jusqu’au printemps 2023 « Le théâtre du Silence ». Une série de 40 grands formats autour du travail de la silhouette humaine métamorphosée, comme ombre ou avec de profonds aplats colorés. C’est peut-être dans ce prisme de recherche, que l’artiste a en autre guidé les étudiants des Beaux Arts, dans cette envie de peintre sur des tableaux aux formats XXL.

Dans la période de maturation de son approche de l’art, de 1981 à 1987, il se rend plusieurs fois en Algérie (terre de sa famille). Djamel Tatah visite les sites archéologiques, en réalisant une multitude de dessins préparatoires, Il choisit dès lors d'insérer des éléments (formes) issus de découvertes, posant ainsi l’histoire face à son art.
Les aspects archéologiques dans plusieurs de ses tableaux, renvoyant l'homme à ses origines, à son passé et son histoire, lui permettent d’élaborer sa quête de l’aspect des choses.
Un collectif d’artistes issus des Beaux-Arts de Paris et de parcours singuliers en exposition - MO.CO. Panacée à Montpellier
Rahmouna Boutayeb, la curatrice a voulu mettre en avant la richesse créative autour d’un collectif de plasticiens, pour tous et toutes, vis à vis d’une émergence, plus large de la couleur au service de la forme et du sujet. Si Djamel Tatah revendique une pédagogie fondée sur les notions de transmission et d’autodidaxie *.
* L'autodidaxie est l'acquisition de connaissances par un individu en dehors des dispositifs éducatifs officiels (établissements scolaires, centres d'apprentissage ou de formation) et sans intervention d'un enseignant ou d'un formateur.

L’exposition réunit plus de 120 œuvres, récentes ou spécialement conçues pour Montpellier. Djamel Tatah a laissé libre court à leur convenance, posant ainsi de multiples patrimoines culturels d’artistes, qui peuvent fondre leur art dans ces transmissions ancestrales. Les élèves ont pu faire confondre leur savoir artistique avec cette vision planétaire, que la beauté des choses peut être transmise par la poésie de création, et de leur vision antagoniste de l’art dans sa forme émergente.
La subjectivité arrive forcément par une sélection, qui pourrait paraitre clivante dans un certain regard de l’art, pour autant Numa Hambursin le directeur du MO.CO aime formaliser ce partage de la peinture, par les rencontres que cela peut procurer au sein des équipes de formation, mais aussi des élèves et de l’aura bénéficiant de l’ensemble d’un groupe, dans une collection unique et bienfaisante pour les visiteurs des lieux !
Clémence Gbonon artiste de talent, exploratrice de l’art
Clémence Gbonon est une artiste dont l’atelier est à Paris. Des formes ovales, des lignes non conforment et des couleurs vibrantes inscrivent des gestes précis et coordonnés dans ses peintures, dont les figures semblent se tendre, et se dissoudre dans la toile, dans une frénésie exubérante.

Les compositions de Clémence fonctionnent selon une logique du « tout se mêle », les traits s’entrecroisent dans un méli mélo de couleurs dont le spectateur peut capter l’émotion, à Montpellier cette artiste s’harmonise bien avec les lieux dans cette première salle d’accrochage.
Pierre Pauze un surdoué de l’image et plasticien témoin de son époque
Né en 1990 en France, Pierre Pauze est diplômé du jury des Beaux-Arts de Paris, avec les félicitations de ses pairs. Lauréat du prix Artagon et du Prix Agnes B en 2017, il a récemment exposé son travail au Carreau du Temple, à la Villette, où à la fondation Brownstone à Paris, ainsi qu'au Musée Baluard à Majorque ou au Contemporary Art à Séoul.

Depuis plusieurs années, il investit la thématique de l’image, des sources d’internet et des ondes à travers des protocoles d’installation et de vidéo mobilisant plusieurs niveaux d’écriture : Son domaine de prédilection sont, les sciences, la science-fiction, les mythologies et des problématiques iconoclastes liés à la culture des réseaux-sociaux. À Montpellier il propose une oeuvre sous l’apparence d’un triptyque, et décloisonne l’image de la télévision jumelée aux tablettes, le tout en écran géant.
Léo Dorfner surfe au milieu de la prolifération des images et de l’abondance visuelle
"Parce qu’à force de prolifération, les images ont aujourd’hui perdu de leur aspérité, devenues aussi lisses que l’espace virtuel de leur diffusion".
Léo Dorfner en propose une lecture punk qui dérange les interprétations trop chastes. Sa ré-appropriation des représentations médiatiques, des icônes publicitaires, des bribes du quotidien et des mèmes visuels dessine une mythologie rock du contemporain aussi incrédule qu’indisciplinée » peut-on lire sur la biographie de l’artiste !
À travers une iconographie basique proche du milieu publicitaire, Léo Dorfner concède un art plus divinatoire si l’on procède à l’exploration rationnelle de son travail, dans les méandres de l’image faite pour attirer. Le plasticien veut surprendre et il nous interroge sur ces compilations visuelles qu’il propose sur les murs du MoCo.
Thibault Poutrel collectionneur et incubateur de l’art en émergence
Thibault Poutrel (né en 1977) s’oriente après ses études vers le monde de l’investissement et des nouvelles technologies. Faisant clairement un lien entre son intérêt pour l’innovation en tant qu’investisseur et sa curiosité pour la création contemporaine en tant que collectionneur, il constitue depuis 2009, surtout une collection d’artistes internationaux, témoignant d’un goût pour des questions liées à la mémoire, à l’histoire et à l’identité.
Celui-ci, il y a plus de 10 ans a vendu ses actions d’Ingenico (fondé par son père) pour plus de 18,4 millions d’euros. Le groupe spécialisé dans la monétique est le leader mondial des terminaux de paiement. À travers le Mo.Co., le collectionneur prête une série de ses acquisitions démontrant ainsi que l’investissement artistique peut complètement rentrer dans une éthique de l’art, et du suivi des émergences de talents chez les étudiants des beaux-arts en France.
Rayan Yasmineh conserve sa culture ancestrale et compose une modernité du regard rétrospectivement
Rayan Yasmineh s’approprie librement les codes de l’histoire de l’art, oscillant consciemment entre une perpétuation des traditions et une rupture des conventions qu’il assume pleinement.

Dans ses esquisses et portraits attitrés, il associe la culture du Moyen-Orient, les mythes et l’iconographie mésopotamienne aux identités occidentales contemporaines. Ses peintures réunissent une profusion de détails ornementaux et de couleurs chatoyantes avec une construction magistrale de lignes et de plans.
Hyper-réalisme dans son travail sur bois, l’artiste compose son univers comme un artisan qui travaille avec précision microscopique. Il n’en demeure pas moins une oeuvre sensible et terriblement solaire.
Plus d'infos :
MO.CO. Panacée
14 rue de l'École de Pharmacie
34000 Montpellier
Les expositions au MO.CO. sont visibles jusqu’au 3 mai 2026, à Montpellier le lieu est ouvert du mardi au dimanche de 11 h à 18 h au 14 rue de l’école de pharmacie (centre historique)











