Publié le 15/04/2018

C’est à nouveau la “Dolce Vita” à l’Institut Culturel Italien de Marseille avec Francesca Fellini

Institut Culturel Italien de Marseille -Marcello Mastroianni et Federico Fellini

“La Dolce Vita” à l’Institut Culturel Italien de Marseille

Exposition ‘Il cibo nei Disegni di Federico Fellini’ (la nourriture dans les dessins de Fellini), visible jusqu’au 4 mai à l’Institut Culturel Italien de Marseille pour tous les amoureux de Fellini, celui qui fût considéré par “Il Maestro” du cinéma italien.

Splendide initiative de l’Institut Culturel Italien de Marseille, dont le programme est un kaléidoscope d’évènements culturels de grand intérêt et de rencontres rares, offrant gratuitement au public l’occasion de recevoir un peu du soleil de cette Italie proche et fraternelle et de mieux appréhender l’art de ce pays..
Elle a la chevelure rousse et dorée des Vénitiennes, un grand sourire, une sympathie communicative et un charme fou. Elle s’exprime en français avec un adorable accent italien. Si le temps n’était compté, on voudrait l’entendre parler longtemps de cet oncle qu’elle adore et qu’elle fait revivre à chaque mot ; de ce parrain poétique et plein d’humour qui, la prenant dans les bras lors de sa naissance, dira -« Qu’elle est belle cette petite poupée, elle a de la rouille sur les cheveux », car les parents avaient attendu dix ans avant d’avoir leur petite fille. Elle, c’est Francesca Fabbri Fellini.

Balade intime dans le monde gourmand de Fellini, à l’occasion de l’inauguration de l’Institut Culturel Italien de Marseille, par l’exposition “Il cibo nei Disegni di Federico Fellini’

« La vita è una combinazione di pasta e di magia » (la vie est une combinaison de pâtes et de magie – Federico Fellini)

Ce jeudi 5 avril 2018, dans ce lieu de culture et d’ouverture qu’est l’Institut Culturel Italien de Marseille, a été inaugurée, à l’instigation de son éminent directeur, Francesco Neri, l’exposition ‘Il Cibo nei Disegni di Federico Fellini’, en présence de Francesca Fellini, nièce du réalisateur et journaliste. Cette exposition, que l’on peut admirer jusqu’au vendredi 4 mai, regroupe 19 tableaux réalisés par le metteur en scène à différents moments de sa carrière. Fellini a eu très tôt un rapport étroit à la nourriture. Avec son père, agent de commerce alimentaire, les meules de parmesan parfumaient la maison. Une part importante de l’exposition est composée de dessins tirés du célèbre livre des rêves, le journal intime de Fellini, qu’il a rédigé pendant trois décennies environ, une œuvre onirique exposée actuellement au Musée de la ville de Rimini.

Fellini, rêveur d’humanité, magicien du rêve

Fellini était d’abord un caricaturiste de talent. La caricature est évidente dans ses films, mêlée au surréalisme, à la tendresse, à l’humour : tout l’univers de Fellini. Il entre au Journal satirique Marc Aurélio, à Rome, en 1938. Il y fera ses marques avec des compagnons qui ont pour noms : Ettore Scola, Cesare Zavattini… Là prendront forme les personnages typiques de leurs films.
Federico Fellini
est né le 20 janvier 1920 à Rimini et mort le 31 octobre 1993 à Rome. Son frère Ricardo naît en 1921 et sa sœur Maria Maddalena en 1929. Francesca est la fille de Maddalena, nièce et unique héritière du grand maître, porteuse de son histoire. Elle nous en fait part avec minutie, sincérité, passion, associant dans un même élan de tendresse sa tante, l’immense et inoubliable actrice Giulietta Masina, l’épouse, la muse, dont les yeux pétillants de malice et de bonté ont fait chavirer le cœur de Fellini à jamais. Eternelle Cabiria, malicieuse Gelsomina au visage enfariné et pathétique, sublime et émouvante Juliette des esprits, elle a rejoint son mari seulement quatre mois plus tard. Indissociables dans la vie, leur amour les rassemble par-delà la mort.
En bonne Italienne, Francesca Fabbri Fellini parle avec les mains. Telle une pasionaria, l’élan, l’ardeur de ses propos défie le temps, si court, d’une conférence. On perçoit qu’elle a reçu, de Fellini, l’humour, la truculence, la jovialité, la dérision, mais par-dessus tout l’intelligence. Cette journaliste, cette femme, cette nièce qui vient raconter son oncle, ne joue pas ! Elle est entière. Elle met à nu son âme et l’ombre du génie parcourt la salle, un frisson, vite effacé par un éclat de rire.

Quand un nom de famille devient un adjectif… L’Italie, c’est FELLINI

Elle fait bien, la petite « fellinette », de nous livrer cette part intime de son oncle ‘Chicco’ (lire Kicco, diminutif de Federico) car Fellini fait partie de l’histoire universelle du cinéma et ce faisant, il appartient aussi à son public. A tel point que le mythique studio 5 de ‘Cinecittà’ à Rome, le temple personnel du metteur en scène, a pris le nom de ‘Studio Federico Fellini’. L’univers de Federico est devenu Fellinien. Qui peut voir Rome avec les mêmes yeux après Fellini ? Le regard aiguisé, amusé, distendu, fantastique du réalisateur, ce regard a réellement changé celui que les hommes posent sur les choses, sur les êtres. Contrairement à ce que d’autres ont écrit, je ne dirai pas que Fellini hante l’Italie : l’Italie est Fellini.

Studio 5 : le monde de Fellini

Désormais, nous dit Francesca, tous les réalisateurs entrent dans le monde de Fellini, ce magicien de l’âge d’or du cinéma italien. Scorsese, Spielberg, Bergman et tant d’autres sont tous ses fils spirituels.

Le grand Fellini va à la rencontre du jeune Spielberg et lui fait découvrir Rome (photo conservé par Spielberg dans son bureau)

Que ce soit dans ‘Santa Sangre’ de Jodorowsky, ou dans ‘La grande Bellezza’ de Paolo Sorrentino, en passant par ‘Salo’ de Pasolini (même si c’est moins évident), ‘La grande bouffe’ de Marco Ferreri, ‘Underground’ de Kusturica, ‘1984’ de Terry Gilliam, ou encore ‘Nine’ de Rob Marshall (dans une Rome de nuit, rendant hommage à la scène de la fontaine de Trevi dans la Dolce Vita), tous ont reçu plus que l’influence, la marque du génie Fellini, habité par une constante interrogation du réel. On y retrouve ‘La richesse et la complexité des personnages, l’onirisme, le goût pour l’excentricité et la confusion entre l’artifice et le réel’.
A partir de Fellini, le monde du cinéma n’a plus été le même. Un bouleversement gigantesque, à la hauteur du personnage. Qui n’a pas en tête une image, une scène, une voix, ne serait-ce qu’une impression des films de Fellini ? Voir ressurgir ce monstre sacré, c’est entrer dans un monde à part. Par la bouche de Francesca, c’est l’oncle, le mari, le frère que l’on apprend à connaître, généreux, tendre. L’honneur est immense de côtoyer celle qui transmet son héritage. Dans la salle comble de l’Institut Culturel Italien, le rire et la bonne humeur de la protagoniste de la soirée et de son non moins sympathique compagnon, Graziano Villa, photographe d’art, vont laisser place à une émotion profonde lors de la projection du film d’Ettore Scola, une magnifique docu-fiction.

À l’occasion des vingt ans de sa disparition, “Qu’il est étrange de s’appeler Federico” retrace l’incroyable parcours de l’immense réalisateur italien Federico Fellini, et notamment la grande histoire d’amitié qu’il partagea avec Ettore Scola, son compatriote cinéaste de onze ans son cadet. Il évoque celui qui fut à la fois son mentor et son ami, et dont le parcours fut souvent entremêlé avec le sien – de leurs débuts au sein du journal Marc Aurelio à leur consécration mondiale en tant que cinéastes. Comme lui, Ettore Scola, décédé en 2016, commença sa carrière en tant que dessinateur. Comme lui, il réalisa des chefs-d’œuvre : ‘Nous nous sommes tant aimés’, ‘Une journée particulière‘Affreux, sales et méchants’ etc. Le film de Scola raconte un demi-siècle d’amitié entre deux immenses réalisateurs et un acteur non moins immense, Marcello Mastroianni, l’ami de toujours.

« J’avais envie de parler avec Federico, de convoquer des souvenirs, de retrouver des conversations, des documents, des dessins qu’il avait faits… On riait beaucoup avec Federico, de la vie, du monde et de lui-même. » (Ettore Scola)

 

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