- Auteur Léa-Sarah Perez
- Temps de lecture 6 min
Marc Chagall à Aix-en-Provence : une lithographie où tout est couleur
L’exposition Chagall, tout est couleur à l’Espace 21 à Aix-en-Provence, rend hommage à la mémoire du légendaire artiste en offrant une expérience unique à travers un monde de couleurs, de sensualité et de religion. L’entrée est gratuite .

Mégaclès reconnait sa fille pendant le festin – Marc Chagall ©Léa-Sarah Perez
Ouverte jusqu’au 29 mars 2026, l'exposition Chagall, tout est couleur à Aix-en-Provence retrace le parcours artistique du célèbre peintre et plonge le public dans l’univers enchanteur de 80 œuvres. L'expo est gratuite et est à découvrir à l'Espace culturel départemental 21, bis cours Mirabeau, à Aix-en-Provence.
Exposition Chagall, tout est couleur à Aix-en-Provence !
Sur les traces de Marc Chagall
Marc Chagall, est un artiste peintre né en 1887 en Biélorussie au sein d’une famille juive. Il débute son parcours dans l’école Iouri Pen en 1906. Rapidement, l’artiste part pour Saint-Pétersbourg où il intègre la Société impériale pour la protection des beaux-arts. Quelques années plus tard, il s’installe à Paris, et découvre le fauvisme et le cubisme à travers les œuvres de Robert Delaunay, Henri Rousseau et Albert Gleizes.
En 1914, il expose pour la première fois ses œuvres au Salon des indépendants, puis à la galerie Der Sturm en Allemagne.
Durant les années 1930, le peintre voyage à travers le monde avec sa famille. En 1937, il doit s’exiler en raison de la montée de l’antisémitisme.

Il revient en Europe après la guerre, où son art retrouve la lumière à travers diverses expositions.
En 1964, son nom fait de nouveau vibrer la scène artistique avec l’inauguration du nouveau plafond du Palais Garnier.
Au fil des années, Marc Chagall expérimente la gravure, les vitraux, la sculpture et la poésie, entre autres. Son art intègre différentes cultures dans son art, notamment la culture juive et la mythologie grecque.
La lithographie au centre de l’attention
Maître du surréalisme et du néo-primitivisme, Marc Chagall découvre l’art de la lithographie aux côtés de Fernand Mourlot. Il fait une rencontre marquante avec l’imprimeur Charles Sorlier, ouvrant la porte à d’infinies possibilités.
Les couleurs et la lumière prennent une nouvelle dimension grâce à la lithographie, une technique d’estampe « à plat ». Avec cette méthode, l’artiste créé son œuvre sur pierre, à l’aide de crayons ou d’encre grasse. La lithographie en couleur, quant à elle, utilise plusieurs impressions de différentes couleurs, superposées sur la pierre.
Découvrez le monde incontournable de Marc Chagall, empreint d’allégories.
Un univers chatoyant à la présence magnétique
Malgré sa taille modeste, l’Espace 21, (Espace Culturel Départemental situé sur le Cours Mirabeau) accueille une exposition fraîche et captivante. Rassemblant 80 œuvres dont 65 lithographies, l’univers poétique et transcendant de Marc Chagall transporte le public dans un émerveillement contemplatif.
L’exposition est divisée en trois thèmes : l’amour (Daphnis et Chloé), la mythologie grecque (L’Odysée) et la religion (L’Exode).
L’amour (Daphnis et Chloé)
Printemps au pré (1961), l’une des œuvres de l’ensemble Daphnis et Chloé, est sans doute la plus marquante dans ce premier volet. Les couleurs primaires utilisées incarnent la nature dans toute sa splendeur. Les deux personnages, Daphnis et Chloé, représentés par deux têtes flottant au-dessus d’un paysage surréaliste, sont immergés dans un rouge foudroyant. Symbole de la passion d’un premier amour et empreint de sensualité, Printemps au pré est l’une des nombreuses lithographies en couleur présentes dans l’exposition.
Les péripéties de Daphnis et Chloé se concluent avec le polyptyque incluant Les fleurs saccagées (1954-56), Arrivée de Dionysophane, Daphnis et Gnathon et Chloé vêtue et coiffée par Cléariste. Ces quatre lithographies renferment une signification riche à travers les couleurs, les perspectives et les formes utilisées.

La mythologie grecque (L’Odysée)
Circée (1967), issue de la collection L’Odysée, incarne la célèbre scène tirée du mythe d’Ulysse, où la nymphe Circé transforme les compagnons d’Ulysse en cochons. Ici, Marc Chagall modifie leur métamorphose, les transformant en hommes à tête de serpent ou de cygne. Deux animaux cruciaux dans son art, s’opposant : le serpent, symbole de la dualité et de la tentation et le cygne représentant la pureté et la fidélité. Circé occupe le centre de l’œuvre, évoquant le pouvoir féminin par sa sensualité et son emprise sur les hommes. Pour Chagall, cette transformation n’est pas forcément symbole d’une fatalité, mais plutôt d’une libération des normes sociétales, suggérée par les têtes de cygnes.
La Tempête (1975) est le seule ensemble de cinquante lithographies en noir. Illustrant l’œuvre éponyme de William Shakespeare, Marc Chagall offre une interprétation unique de la pièce. L’artiste crée une mise en abîme entre le créateur et l’œuvre : l’artiste et son art (Prospero, poète et Marc Chagall, artiste aux multiples facettes). La technique de la lithographie en noir est saisissante, mimant l’esthétique des dessins au fusain.

La religion (L’Exode)
Enfin, la planche 458 de l’Exode (1952-1966) représente Moïse aux côtés d’un Ménorah, portant les commandements autour de son cou. Cette œuvre est la seule eau-forte / aquatinte de l’exposition (gravure sur cuivre), offre une vision religieuse et politique de Marc Chagall. En effet, ce dernier a subit l’antisémite tout au long de sa vie, et a enduré plusieurs exils. L’Exode est donc une œuvre de résistance, dédiée à la représentation d’un peuple opprimé par le nazisme pendant de la Seconde Guerre mondiale.
L’Espace 21 propose une exposition insolite, introduisant le grand public à l’univers chatoyant et méditatif de Marc Chagall.











