Publié le 30/04/2024
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Exploration du monde de Pasolini en clair-obscur au Nouveau Musée National de Monaco

Rencontre avec Guillaume de Sardes, commissaire de l’exposition “Pasolini en clair-obscur”, à découvrir jusqu’au 29 septembre 2024 au Nouveau Musée National de Monaco: Villa Sauber. L’exposition dévoile comment Pasolini s’est inspiré des peintres du passé pour créer ses œuvres cinématographiques, et comment il a influencé à son tour de nombreux artistes contemporains.

exposition pasolini monaco villa sauber 2024

Exposition « Pasolini en clair-obscur »
Nouveau Musée National de Monaco – Villa Sauber
© NMNM/Neil Bicknell, 2024

C'est dans le cadre somptueux de la Villa Sauber, datant de la Belle Époque, que M. Björn Dahlström, directeur du Nouveau Musée National de Monaco (NMNM), aux côtés de Guillaume de Sardes, commissaire de l'exposition, et du scénographe Christophe Martin, dévoile l'exposition intitulée « Pasolini en clair-obscur » à découvrir jusqu'au 29 septembre 2024. Cette exposition rend hommage à l'écrivain et réalisateur né à Bologne le 5 mars 1922, tragiquement disparu, assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 sur la plage d'Ostie, près de Rome...

Vue de l’exposition « Pasolini en clair-obscur »
Nouveau Musée National de Monaco - Villa Sauber
© NMNM/Neil Bicknell, 2024

« Je suis une force du Passé
Tout mon amour va à la tradition
Je viens des ruines, des églises,
des retables d’autel, des villages
oubliés des Apennins et des Préalpes
où mes frères ont vécu »

— Pier Paolo Pasolini

Pasolini en clair-obscur - Exposition à la Villa Sauber - Monaco

L’exposition réunit des pièces de différentes natures : extraits de films, écrits, dessins, installations, photographies, peintures du XVIème siècle à nos jours. Elle se clôt par la présentation d’une trentaine d’oeuvres d’artistes contemporains ayant rendu hommage à Pier Paolo Pasolini. L’exposition met en exergue l’influence de la peinture classique et contemporaine sur le cinéma de Pier Paolo Pasolini, car s’il aimait se définir avant tout comme « écrivain », c’est bien à travers ses films que Pasolini allait acquérir une visibilité mondiale…  Sulfureux Pasolini ? 

Peut-être moins que sa légende…

Vue de l’exposition « Pasolini en clair-obscur »
Nouveau Musée National de Monaco - Villa Sauber
© NMNM/Neil Bicknell, 2024

Pasolini est sans doute le dernier intellectuel européen de renommée mondiale…

Un demi-siècle après sa mort, son influence s’exerce encore dans les différents champs qu’il a occupés : il est lu, cité, commenté, adapté, il inspire les créateurs d’aujourd’hui, comme ceux d’hier l’ont inspiré. S’il aimait se définir avant tout « écrivain », c’est à travers ses films qu’il a touché un certain grand public. C’est le cinéma, qui a offert une caisse de résonance à ses idées politiques, il ne faut pas oublier que Pasolini a appartenu au parti communiste, une tournure d’esprit qui se reflète avec évidence dans les récits de ses œuvres. Visionnaire, il était obsédé par le consumérisme naissant… C’est entre autres, à cet aspect, vu à travers le prisme de l’influence de l’art classique et contemporain sur l’esthétique de ses films, que s’intéresse particulièrement « Pasolini en clair-obscur ». Des extraits d’Accattone, Teorema, Salò, etc., y sont ainsi mis en regard de tableaux de Pontormo, Pieter Claesz, Giorgio Morandi, Fernand Léger ou Francis Bacon.

La Ricotta

Comment Pasolini a inspiré à son tour ses successeurs… 

Ce volet nous montre comment l’écrivain-réalisateur a, symétriquement, inspiré ses successeurs. Sont ainsi rassemblés une trentaine d’artistes internationaux lui ayant rendu hommage, beaucoup d’entre eux ayant travaillé sur la matière-même de ses films : Abdel Abdessemed, Giulia Andreani, Tom Burr, Martial Cherrier, Adam Chodzko, Clara Cornu, Walter Dahn, Regina Demina, Marlene Dumas, Richard Dumas, Cerith Wyn Evans, Laurent Fievet, Alain Fleischer, Claire Fontaine, Giovanni Fontana, Jenny Holzer, William Kentridge, Astrid Klein, Stéphane Mandelbaum, Fabio Mauri, Charles de Meaux, Dino Pedriali, Ernest Pignon-Ernest, Giuseppe Stampone, Jean-Luc Verna, Francesco Vezzoli, John Waters.

Vue de l’exposition « Pasolini en clair-obscur »
Nouveau Musée National de Monaco - Villa Sauber
© NMNM/Neil Bicknell, 2024

Rencontre autour de l’exposition « Pasolini en clair-obscur » Avec Guillaume de Sardes* :

C’est le cinéma, qui a offert à Pasolini une caisse de résonance à ses idées politiques et sociétales, aussi tient-il une place centrale dans son œuvre. C’est d’abord à cet aspect que s’est intéressé Guillaume de Sardes, que nous avions rencontré, en pleine préparation de l’exposition « Pasolini en clair-obscur » 

Guillaume de Sardes (c) Richard Dumas

Quelle est la genèse de l’exposition intitulée « Pasolini en clair-obscur », dont vous êtes le Commissaire ? 

Guillaume de Sardes : Je pensais depuis des années à Pasolini, un écrivain que je lis en fait depuis des années. Quand on est commissaire d’exposition, on a toujours quelques projets expositions en tête et on attend de trouver le bon endroit pour les monter. Faire cette exposition ici, à Monaco, a du sens quand on pense aux liens séculaires de la Principauté avec l’Italie. De manière plus anecdotique, il y a un lien entre Pasolini et Monaco, puisqu’il a été invité avec Maria Callas au Bal de la Croix Rouge en 1969, au moment de la sortie de Médée.

En quoi diriez-vous que cette exposition dédiée à Pasolini a toute sa place aujourd’hui ?

Guillaume de Sardes : Pasolini est un immense artiste qui n’a rien perdu son actualité. Son œuvre est vivante et fait encore scandale, elle est toujours citée et discutée. À cinquante ans de distance, on se rend compte à quel point sa critique du consumérisme était visionnaire. Sa défense des dialectes – dans son cas le frioulan – trouve un écho chez ceux de nos contemporains qui déplorent l’uniformisation du monde et des modes de vie. Bien que marxiste, ayant appartenu au Parti communiste italien, Pasolini regrettait la disparition de la religion, non pas parce qu’il était croyant, mais parce qu’il y voyait un facteur de continuité historique. Encore un thème actuel. Enfin, la manière dont Pasolini a nourri son cinéma de la peinture classique me semble intéressante à l’heure de la « cancel culture ».  Même si l’exposition n’est pas directement politique, elle me paraît donc faire sens aujourd’hui.

Vue de l’exposition « Pasolini en clair-obscur »
Nouveau Musée National de Monaco - Villa Sauber
© NMNM/Neil Bicknell, 2024

Sous quel angle avez-vous choisi d’aborder Pasolini ? Comment se décline votre exposition ?

Guillaume de Sardes : L’exposition se compose en deux parties. Au rez-de-chaussée de la Villa Sauber le visiteur découvrira comment Pasolini s’est inspiré des œuvres classiques pour réaliser ses films. Le fait qu’il ait suivi à l’Université de Bologne l’enseignement de Roberto Longhi, le grand historien de l’art, a influencé de manière décisive son approche de l’art. Il a d’ailleurs écrit un texte où il présente Longhi comme son « Maître ». Dans beaucoup de ses films, Pasolini a cité les tableaux des grands maîtres classiques, soit en en reprenant la composition, soit à travers des « tableaux vivants » (il s’agit alors de recréer un tableau avec des acteurs), soit en accrochant des tableaux aux murs même des décors. Plus difficiles à saisir sont les hommages que Pasolini a rendu à des grands peintres, comme Caravage ou Mantegna, en habillant ses acteurs de la même façon que les modèles des tableaux. Il créait ainsi dans ses films des « instants » renvoyant à des tableaux précis. C’est par exemple le cas dans Mamma Roma. Il y a un moment fugace où l’acteur apparaît est habillé, décoiffé comme le garçon du tableau Le jeune homme à la corbeille de fruits du Caravage. La seconde partie de l’exposition, au premier étage, veut tenir la promesse de notre musée de présenter des artistes contemporains. Elle est dédiée à la manière dont Pasolini, après avoir été influencé par des maîtres anciens, a, à son tour, influencé les grands artistes d’aujourd’hui. Une trentaine d’artistes contemporains de toutes nationalités, des Italiens, des Français mais aussi des Américains, des Allemands, ayant rendu hommage à Pasolini sont ainsi exposés.

Vue de l’exposition « Pasolini en clair-obscur »
Nouveau Musée National de Monaco - Villa Sauber
© NMNM/Neil Bicknell, 2024

Pasolini se voulait avant tout écrivain mais, ironie du sort, c’est le cinéma qui l’a fait connaître… 

Guillaume de Sardes : Oui, c’est la force du cinéma de pouvoir s’adresser au plus grand nombre. Quand Pasolini débute en tant que réalisateur, nous sommes au début des années 60. Les studios de Cineccità sont alors le modèle à suivre. Le monde entier regarde vers l’Italie. Le cinéma est à l’époque beaucoup plus libre qu’il l’est aujourd’hui. Il n’est pas encore devenu presque uniquement une industrie. Pasolini était profondément un écrivain, mais il était aussi trop curieux pour se cantonner à l’écriture (qu’il a d’ailleurs pratiquée sous toutes ses formes : poésie, roman, critique, pamphlet). Il a également peint et dessiné. Nous présentons quelques-uns de ses dessins dans l’exposition. Pasolini était, un peu à la manière de Jean Cocteau, un touche-à-tout. Un film comme Salo, ou les 120 jours de Sodome, par sa radicalité, ses partis pris de mise en scène, déborde le champ du cinéma et est aussi une œuvre d’art contemporain.

Vue de l’exposition « Pasolini en clair-obscur »
Nouveau Musée National de Monaco - Villa Sauber
© NMNM/Neil Bicknell, 2024

Vous avez commandé des œuvres spécialement pour l’exposition ...

Guillaume de Sardes : Le musée a produit trois vidéos réalisées par trois artistes. Regina Demina, une ancienne élève du Fresnoy, a imaginé la vidéo, Un vide en chacune de mes intuitions, qui puise aux sources que sont la poésie et le cinéma de Pasolini, mettant en scène une madone contemporaine… Alain Fleischer, écrivain et cinéaste, comme Pasolini, a réalisé lui aussi une vidéo en hommage à Mamma Roma. Charles de Meaux, enfin, artiste et réalisateur de cinq longs-métrages, a réalisé un film qui convoque la figure très pasolinienne d’Artemisia Gentileschi.

Quelques mots sur la scénographie ? 

Guillaume de Sardes : La scénographie – très réussie de mon point de vue – est l’œuvre de Christophe Martin avec qui j’avais déjà travaillé pour l’exposition « Newton, Riviera », il y a deux ans. Ensemble, nous avons essayé de faire en sorte que les nombreux extrais de films projetés n’« écrasent » pas les tableaux présentés, dont certains sont des chefs-d’œuvre, comme le Saint-Sébastien de Pontormo, le Léger ou les deux Balla. Nous avons joué sur les codes de la salle de cinéma tout en travaillant particulièrement les lumières.

J’imagine qu’un prochain thème d’exposition vous trotte d’ores et déjà dans la tête ?

Guillaume de Sardes : J’ai commencé de réfléchir à un projet autour du sentiment de la nature où seraient confronté des tableaux de Nicolas Poussin et des œuvres contemporaines. Poussin a été le premier grand artiste à ne pas peindre des paysages mais à peindre la Nature, ce qui est différent. Ce serait une manière de nous interroger, grâce au miroir que nous tend Poussin, sur notre propre rapport à la nature. 

Vue de l’exposition « Pasolini en clair-obscur »
Nouveau Musée National de Monaco - Villa Sauber
© NMNM/Neil Bicknell, 2024

Guillaume de Sardes, vous êtes aussi écrivain, depuis deux ans, chargé du Département développement au NMNM, avez-vous toujours le temps d’écrire ?

Guillaume de Sardes : Pas vraiment. J’ai écrit un long essai pour le catalogue qui accompagne l’exposition. Ce travail m’a occupé durant un an. Je réfléchis maintenant à un nouveau roman auquel je pourrai travailler ou pas en fonction de l’échéance de la prochaine exposition que j’aurais à réaliser pour le musée.  

*Guillaume de Sardes, commissaire de l’exposition « Pasolini en Clair-Obscur » est écrivain-photographe et historien de l’art. Il a (entre autres) publié « Le Dédain » (Grasset), « L’Éden de la Nuit » (Gallimard), « Genet à Tanger » (Hermann). Dernier ouvrage paru « L’Exposition » (Louison).

Vue de l’exposition « Pasolini en clair-obscur »
Nouveau Musée National de Monaco - Villa Sauber
© NMNM/Neil Bicknell, 2024

Les événements à venir autour de l’exposition "Pasolini en clair-obscur" - Villa Sauber - Monaco

Projection de « L’Evangile selon Saint Matthieu (Pier Paolo Pasolini, 1964) 

Samedi 20 avril, 19h au cinéma de Beaulieu

Projection du film « Pasolini » réalisé en 2014, par Abel Ferrara

En présence du réalisateur
Jeudi 2 mai, 19h au Théâtre des Variétés (Monaco)

Projection de Théorème (Pasolini, 1968)

Samedi 8 juin à 19h au cinéma de Beaulieu

Projection du film Accattone (Pasolini, 1961)

Jeudi 20 juin à 21h : Jardins de la Villa Sauber 

Projection de Médée avec Maria Callas (Pasolini, 1969)

La projection sera précédée d’une rencontre avec Bartolomeo Pietromarchi (auteur d’un texte du catalogue de l’exposition)
Jeudi 11 juillet à 21h : Jardins de la Villa Sauber 

« Pier Pasolini, poète et cinéaste » : projection de courts métrages du cinéaste et conférence par Hervé Joubert-Laurencin 

Jeudi 19 septembre à 19h : Petite salle de l’Institut audiovisuel de Monaco

Vue de l’exposition « Pasolini en clair-obscur »
Nouveau Musée National de Monaco - Villa Sauber
© NMNM/Neil Bicknell, 2024

Le catalogue de l’exposition  : « Pasolini en Clair-Obscur » (Ed. NMNM/ Flammarion) 

Auteurs : Guillaume de Sardes et Bartolomeo Pietromarchi. Préfaces de S.A.S la Princesse de Hanovre et de Björn Dahsltröm. Dans son essai, le Commissaire de l’exposition s’attarde sur l’oeuvre cinématographique de Pasolini. Les textes sont très documentés et largement illustrés. Photo de couverture : « Pier Paolo Pasolini sur le tournage de Teorema, 1968 »

Renseignements, informations pratiques, horaires Exposition "Pasolini clair-obscur" Monaco

NMNM- Villa Sauber

17 avenue Princesse Grace
98000 Monaco
Tél :  + 377 98 98 91 26 
www.nmnm.mc

A découvrir du 29 mars au 29 septembre 2024
Horaires d'ouverture : Tous les jours de 10h à 18h -
Horaires d’été (juillet/août) de 11h à 19h
Tarif : Entrée 6 Euros (gratuit pour les - de 26 ans - (Entrée gratuite tous les dimanches)

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