- Auteur Éric Fontaine
- Temps de lecture 6 min
Sara Ouhaddou expose ses dernières oeuvres pour « S’absenter quelques siècles, et revenir » à Lattes
« S’absenter quelques siècles, et revenir » est une exposition d’art contemporain de Sara Ouhaddou. Entre verre, broderies, tapisseries et céramiques, les œuvres de l’artiste franco-marocaine répondent comme un jeu de miroirs à la collection permanente du site archéologique Lattara-musée Henri-Prades, à Lattes. A voir en ce moment, jusqu’au 31 août 2026.

Les verres de Sara Ouhaddou en écho avec la collection permanente du site archéologique.
Le site archéologique « Lattara » (musée Henri-Prades, à Lattes) expose les réalisations récentes de Sara Ouhaddou jusqu'au 31 août 2026. L'artiste plasticienne franco-marocaine de 40 ans née à Draguignan travaille à partir de récits, pour la plupart intimes. Elle a déjà collaboré avec l’anthropologue David Berliner à l’exposition Cosmogrammes à Paris.
La plasticienne Sara Ouhaddou expose ses réalisations récentes au musée Henri-Prades, à Lattes
Sara Ouhaddou est très attachée aux liens profonds entre l’art conceptuel contemporain et les connaissances dites ancestrales. Son œuvre façonne la représentation archaïque et parfois nécessaire à la bonne organisation des peuplades, par une recherche de la forme adaptée à l’esprit des lieux.

© Ludovic Séverac - Montpellier Méditerranée Métropole
Si son travail de recherche s’effectue à Paris, entre autres à l’Institut des cultures d’Islam, c’est dans son atelier de Marrakech que Sara Ouhaddou compose son travail artistique. Voyageuse du monde, elle a exposé à Marrakech (2016 Biennale), à Paris (2020 Centre Pompidou), à Madrid (2021 Museo Reina Sofía), en Tunisie (2023). Sara Ouhaddou vient aussi d’exposer ses œuvres récentes, grâce à Myriame Morel-Deledalle, historienne et archéologue (Mucem).
Partenariat avec le MO.CO. de Montpellier
L'artiste est diplômée de l’école Olivier-de-Serres. Depuis près de 10 ans, elle sillonne le monde à la découverte de ses peuplades. À la lisière de l’art et de l’artisanat, elle façonne la céramique, le verre et la broderie. Influencée par l’art minimaliste japonais, elle chine aussi dans les brocantes à Paris et dans sa banlieue. C'est là que son influence s’éveille.
Dans les détails de la suspension artistique Il y en a toujours un dessus, il y en a toujours un dessous (détail) 2024, l'artiste nous interroge sur ces outils d’émancipation que les peuples ancestraux ont toujours explorés, dans une approche de la confection de l’objet dont les mains sont les outils principaux.
Ces formes artistiques sont complètement insufflées par le travail de Sara, une collaboration chère à Numa Hambursin, le directeur général du Montpellier Contemporain, privilégiant les artistes enthousiasmants. Le MO.CO. suit Sara Ouhaddou depuis de nombreuses années.

Henri Prades à l'origine des fouilles
Sara Ouhaddou est une plasticienne qui prend en compte les lieux historiques. Son travail s’harmonise avec cet esprit du passé qui anime l’exposition permanente. Elle est multi-coloriste dans son travail artisanal, et son œuvre singulière s’apparente totalement à la notion de transmission de l’objet que les peuplades de la Méditerranée mettaient en forme lors des déplacements nomades.
Cette exposition se regarde comme un jeu de miroirs dans ce musée nommé ainsi en l'honneur de l'archéologue Henri Prades, à l'origine des premières fouilles sur le site dans les années 1960. Celui-ci a été instituteur et sa passion de l’archéologie l’a amené à effectuer des recherches sur l’époque médiévale. L’État et la municipalité de Lattes ont acheté les terrains en 1974 pour édifier le musée, aujourd’hui devenu un lieu incontournable pour les familles et les chercheurs, de l’antiquité romaine au monde du Moyen Âge.
Si le visiteur du musée est un peu comme un chercheur en anthropologie, c’est avant tout un parcours immersif que Lattara suggère. On visionne le travail de Sara Ouhaddou qui elle-même définit son travail d’inspiration lointaine.
L'oralité des peuplades
D’ailleurs dans ses propos la plasticienne n’hésite pas à poser cette dimension culturelle autour de l’appartenance, vis à vis de la mémoire des hommes. Mêlant ses racines amazighs, prônant aussi l’oralité des peuplades, soit imaginaires liées à l’enfance, soit aux tribus indigènes, l’artiste évoque Mirirda N’Aït Attik, une féministe marocaine du XXe siècle venant de la région d’Azilal au Maroc.
Cette dernière décrite comme hétaïre (femme au service des hommes), c’est à dire comme une déesse grecque que l’on vénère, mais qui peut être exploitée pour sa beauté, fascine l’artiste, qui dans son exploration antique recherche aussi une forme de poésie oubliée et vétuste, en tout cas qui retransmet les histoires du passé.

Une inspiration issue de la Grèce ancienne
Sara Ouhaddou surfe sur la « technwé » qui désigne à la fois l’art et la technique. Cependant dans ce perfectionnement des ustensiles ancestraux, l’artiste s’inspire des formes en y rajoutant du verre coloré faisant office de totems fragiles.
Dans l’antre de ce musée archéologique, devant de grandes baies vitrées donnant sur plusieurs hectares de verdure et d’arbres, en bordure de lagunes, la plasticienne s’inscrit totalement dans ce registre de la transmission d’objets cultes ou parfois mystérieux.
Des épitaphes sur tissu
Quand on cherche à comprendre son œuvre, l’artiste répond volontiers aux questionnements : « Dans mon travail, j’explore donc différentes formes de relation entre artistes et artisans ». La vénération est l’une des pistes de cette exploration de l’objet, divinité ou fonctionnel. Les grands formats en forme de bannières couvrent le grand mur du musée comme des épitaphes sur tissus, engendrant un dialogue intime, voire secret, entre le monde des disparus et celui des vivants.
Infos pratiques
L’exposition est à découvrir jusqu'au 31 août au site archéologique Lattara, musée Henri-Prades, 390, route de Pérols à Lattes les lundis, mercredis, jeudis, vendredis de 10 à 12 heures et de 13 h 30 à 17 h 30. Les samedis, dimanches et les jours fériés, de 14 à 18 heures. Tél. 04 67 99 77 20.











