- Auteur Thierry de Lestang-Parade
- Temps de lecture 5 min
Chorégies d’Orange : Cendrillon de Jean-Christophe Maillot par les Ballets de Monte-Carlo : la danse pour mieux vivre ensemble
« Le pied nu, c’est être au plus proche de la vérité » : voilà comment Jean-Christophe Maillot justifie son Cendrillon sans chaussures. Après la représentation du 13 juillet au théâtre antique d’Orange, le directeur des Ballets de Monte-Carlo a livré une lecture intime du conte, entre référence au texte de Grimm et regard sans concession sur le couple et la famille recomposée. Une interview qui éclaire tout le propos du ballet.

Les Ballets de Monte-Carlo ont présenté lundi 13 juillet, aux Chorégies d’Orange, Cendrillon de Jean-Christophe Maillot. ©Alice Bangero
Les répétitions de « Cendrillon » à l’Atelier des Ballets de Monte-Carlo
Les Ballets de Monte-Carlo dirigés par Jean-Christophe Maillot ont présenté Cendrillon le lundi 13 juillet au théâtre antique d'Orange dans le cadre des Chorégies 2026.
Avec Jean-Christophe Maillot, les contes sont à raconter d'une autre façon. La musique puissante de Prokofiev s'exprime avec lyrisme.
La scénographie d'Ernest Pignon-Ernest est fluide. Des panneaux blancs glissent sur la scène au cours des tableaux.
Cette soirée, célébrée par le public, prend une dimension intime pour quatre danseurs. C'est leur dernière représentation. Leurs adieux sont muets, ce sont les corps qui s'expriment pour eux. La grâce est leur langage.
Des bouquets de fleurs resplendissants saluent leurs derniers mouvements sous les projecteurs.
Cendrillon visite les rapports entre les femmes et les hommes, analyse la force de l'amour, évalue le poids de la domination dans les relations.

A l'issue du ballet, Jean-Christophe Maillot a eu la gentillesse de répondre à quelques questions.
Jean-Christophe Maillot réinvente Cendrillon sans chaussures ni artifice
L'essentiel pour un danseur
Pourquoi dans votre conte n'y a t-il pas de chaussure ?
Parce que pour un danseur, danser avec une chaussure, ce n'est pas très pratique. Ce qu'il y a d'essentiel, chez un danseur, c'est son pied. Et le pied nu, pour moi, est le symbole de la simplicité pour Cendrillon. Justement, elle n'a pas besoin d'artifice. Comme un danseur. Avoir les pieds nus, c'est être au plus proche de la vérité.
Une dimension humaine
Est-ce que votre vision du conte est un regard cruel sur cette histoire ?
Oui, parce que moi, j'ai été plus sensible au conte de Grimm qu'à la vision de Perrault. Il y a une phrase clé, dans le conte de Grimm. Il explique que les sœurs sont aussi belles à l'extérieur qu'elles sont laides à l'intérieur. Je trouve qu'il y a une dimension humaine réellement forte.
Il y a quelque chose de violent, quelque chose de très actuel, dans le processus de la famille recomposée, à laquelle fait face Cendrillon aussi. J'ai voulu également regarder ces sociétés un peu superficielles où tout le monde est obsédé par une espèce de perfection, où il y a une forme d'uniformité dans l'attitude, dans le costume, dans la manière dont les gens se comportent. Cendrillon, justement, a cette force symbolique de quelqu'un qui serait simple et dont on a de plus en plus besoin.

Le père absent, personnage clé de la mise en scène de Jean-Christophe Maillot
Il y a un personnage clé, c'est le père, qui n'apparaît pas dans le conte. Pourquoi ?
Mais parce que, justement, il est le responsable de cette nouvelle vie imposée à Cendrillon. Et on peut présumer comme on le voit au début du ballet, qu'il est réellement amoureux de cette femme, mère de Cendrillon, qui disparaît.
Pourquoi se remet-il avec quelqu'un ? Probablement par un appel plus à la chair et au confort social qu'elle peut lui offrir. Il impose à sa propre fille une forme de cruauté. Elle est obligée de vivre avec une personne qu'il a choisie.
Donc le père, pour moi, il est clé, il subit et ça provoque peut-être ce regret encore plus fort de Cendrillon de vouloir garder sa mère comme sa fée, qui la protège jusqu'à ce qu'elle trouve ce bonheur absolu. C'est le moment où la mère peut enfin disparaître de sa vraie vie, au moment où elle peut mourir réellement à la fin d'une manière symbolique.
Ce que Cendrillon de Jean-Christophe Maillot dit des rapports hommes-femmes
Ce ballet, que nous apprend-il sur les hommes et les femmes ?
Tout dépend du regard qu'on a soi-même sur le rapport entre les hommes et les femmes. De toute façon, une relation c'est toujours compliqué, souvent conflictuel, mais il y a quand même des beaux contes de fées. Qu'est-ce qu'il y a de plus beau symboliquement qu'un prince qui épouse une petite roturière? Simplement parce qu'au premier regard, il trouve enfin la femme dont il aurait pu rêver, alors qu'on lui en a présenté 40 avant, mais qu'il était déjà tout présumé celle qu'il devait attendre.

Le plus beau de la vie
En fait, ce qu'il y a de beau dans la vie, c'est quand on découvre quelque chose qu'on n'attendait pas, qu'on ouvre son œil vers un horizon qui n'est pas celui sur lequel on a été forcément élevé ou éduqué.
Donc cela nous apprend un peu sur la tolérance, sur le regard aussi qu'on a et la responsabilité qu'on porte quand on fait des enfants, comment on les accompagne, comment on les aide à devenir autonomes, indépendants. Donc, Cendrillon figure parmi les grandes œuvres mythiques, c'est pour cela qu'elles perdurent d'ailleurs.
Ces grandes histoires d'amour, Roméo, Cendrillon... tous ces grands mythes, ce sont des choses qui nous apprennent à continuer à essayer de s'en sortir le mieux possible les uns et les autres.












