- Auteur Thierry de Lestang-Parade
- Temps de lecture 4 min
Notre salut d’Emmanuel Marre : Swann Arlaud dans l’engrenage de la collaboration
La barbarie vêtue d’un élégant costume : avec Notre salut, prix du scénario au Festival de Cannes 2026, Emmanuel Marre adapte la correspondance de son arrière-grand-père Henri Marre, fonctionnaire à Vichy. Swann Arlaud y incarne un homme guidé non par la haine, mais par la revanche sociale. Un film à voir, malgré quelques hésitations.

Notre salut d’Emmanuel Marre : Swann Arlaud incarne Henri Marre, fonctionnaire de Vichy, parmi les foules acquises au maréchal Pétain. En salle depuis le mercredi 30 septembre 2026. ©Michigan Films & Kidam
Bande Annonce (2026)
Notre salut est un film d'Emmanuel Marre qui a obtenu le prix du scénario au Festival de Cannes en 2026. Cette réalisation d'une durée de 2 h 35 est adaptée de la correspondance de son arrière-grand-père, Henri Marre, fonctionnaire à Vichy, avec son épouse.
Titre : Notre salut. Réalisation : Emmanuel Marre. Distribution : Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Mathieu Perotto. Genre : Drame historique. Durée : 2 h 35. Sortie : mercredi 30 septembre 2026.

De quoi parle le film Notre salut ?
C'est donc une chronique familiale en même temps que le récit d'un engrenage, un glissement vers la collaboration active. L'adhésion du fonctionnaire est née d'une admiration sincère pour le maréchal Pétain. Mais le personnage, joué par Swann Arlaud, n'apprécie pas les Allemands, dont il deviendra pourtant le fidèle serviteur. Il n'est pas particulièrement opposé aux Juifs.
Des calculs et des hommes
Les calculs économiques au sein du Commissariat à la lutte contre le chômage concernent des chiffres, puis des personnes. Des étrangers sont envoyés dans les camps de travail, puis des Juifs sont acheminés dans des wagons à bestiaux vers les camps de la mort.
Loin des larmes et du sang
Le film ne montre que tardivement l'armée allemande. Des officiers ennemis se montrent charmants. Ils exigent en douceur et obtiennent, comme ils le souhaitent, la déportation de Juifs. L'essentiel se passe ailleurs, entre Français, dans des bureaux, loin des larmes et du sang.
Notre avis sur Notre salut
Une histoire vraie : le courage du réalisateur
Dans les salons d'une préfecture, la chère est succulente, les vins exquis, et on s'amuse bien en dansant lors d'une scène grotesque réussie. La guerre est si loin. Le film raconte la banalité du mal, qui peut revenir. Ce danger est souligné par des musiques insouciantes puisées dans le répertoire des années 1970 et 1980.
Il faut saluer le courage du réalisateur Emmanuel Marre. Il se confronte à la réalité. Son arrière-grand-père polytechnicien est bien l'un des rouages d'un système qui tue. Mais il n'a jamais tué lui-même.

Swann Arlaud, la performance d'un acteur
Swann Arlaud apporte une sécheresse ascétique à son personnage, tout entier tendu vers le désir de briller socialement après des échecs humiliants. Il n'est pas guidé par la haine, mais par la revanche sociale. C'est un moteur vers le déshonneur.
Un film à voir
Notre salut est un film à voir, même s'il n'a pas la force subtile de Monsieur Klein, de Joseph Losey, avec Alain Delon, consacré à la même période.
Deux directions
Notre salut aurait mérité parfois d'être moins dispersé, plus sec, comme… Swann Arlaud. Le réalisateur semble hésiter entre deux directions, la collaboration et puis la vie d'une famille. Mais Notre salut réussit l'essentiel : montrer la barbarie vêtue d'un élégant costume.









