Publié le 07/06/2024

Contemporaine de Nîmes « Rien ne me manque » avec Neïla Czermak Ichti et Baya au musée des Beaux-arts de Nîmes

La jeunesse est au cœur de cette triennale souhaitée par la ville de Nîmes. Nous vous proposons de découvrir la toute jeune artiste, Neïla Czermak Ichti, récemment diplômée des Beaux-Arts de Marseille qui se confronte dans un face à face quelque peu surdimensionné, à l’immense Baya, icône de la peinture algérienne, qui prend place au Musée des Beaux-Arts de Nîmes, jusqu’au 23 juin 2024.

Neila Czermak Ichti-Baya peinture

« Rien ne me manque » avec Neïla Czermak Ichti et Baya. Exposition temporaire à voir en ce moment jusqu'au 23 juin 2024 au musée des Beaux-Arts de Nîmes, dans le cadre de La Contemporaine.

La Contemporaine de Nîmes

L’actualité artistique est marquée par le lancement de la première édition d'une triennale de « La Contemporaine de Nîmes ». Déployée sous la forme d’un parcours dans le centre-ville, musées, lieux culturels, sites patrimoniaux, espaces publics… Ce qui fait la spécificité de cette triennale, chacun de ces lieux rassemble un binôme intergénérationnel composé d’un artiste émergent et d’un artiste établi ou historique, ainsi que par l’implication des lycées ou établissements publics nîmois qui se sont associés à ses créations. 

« Rien ne me manque » avec Neïla Czermak Ichti et Baya au musée des Beaux-Arts de Nîmes

Neïla Czermak Ichti, la plus jeune artiste de la triennale

Neïla Czermak Icht

Tout juste sortie de l’Ecole des Beaux-Arts de Marseille et remarquée par les commissaires de la Triennale, Neïla Czermak Ichti réalise depuis quelques années des expositions, autour du dessin et de l’installation. Très sensible à la disparition des êtres qui lui sont chers, l’artiste s’empare des sujets de notre temps. Son travail évolue entre fiction et récit personnel. 

La représentation de scènes, en apparence quotidiennes et banales, revêtent des dimensions cachées, magiques, et invisibles, nourrie de références à la pop culture et au cinéma. 

Ces installations mettent le plus souvent en scène, celles et ceux qui accompagnent sa vie, qu’il s’agisse d’une famille de cœur, de sang, d’amis et aussi des créatures issues de croyances ancestrales, de films horrifiques et fantastiques. 

Un duo surprenant qui montre la plasticité flamboyante de l’une, tandis que l’autre présente une plasticité marquée par les archétypes de notre temps, comme si on éveillait notre regard, d’une époque à l’autre. 

Ainsi, l’exposition débute par une évocation de la femme. Baya en remplace les mains par des fleurs, Neila Czermak Ichti les représente en boxeuses ou en catcheuses. Ici, elles mettent en commun leur amour pour la vibration des couleurs, la musique, les contes, proposant une représentation des femmes dans différents contextes et environnements, de mondes peuplés d’étranges chimères et d’animaux fantastiques.

La présentation se poursuit avec la peinture et le dessin : « une sorte de jardin extraordinaire, entre toiles d’araignées et jungle colorée, entre végétation luxuriante et apparitions dévorantes » nous indique l’artiste. 

D’une certaine façon, le travail de Neila Czermark Ichti révèle avec puissance, l’œuvre de Baya à jamais gravée pour sa complexité de lecture montrant ainsi la partie onirique, fait de démesure, d’étrange et de mélancolie, d’un bestiaire fantasmé, sans oublier la beauté de la musique berbère, que les deux artistes ont en commun. 

La représentation de la musique prend également le pas au sein de l’exposition, puisque nous y retrouvons une vision animée par chacune de ces deux artistes.

En effet, l’instrument berbère est repris par Baya dans de nombreuses toiles, comme une réappropriation culturelle peu valorisée, tandis que Neila Czermak Ichti a souhaité diffuser un enregistrement sonore de ces musiques ancestrales qui nous fait entrer de plain-pied dans une dimension assez magique de cette installation.

Neïla Czermak Ichti & Baya : 
Baya, Danse des foulards, 1975. Gouache et aquarelle sur papier © Baya, 2024 & Mennour, Paris. 

Baya une icône inconditionnelle

Les œuvres de Baya sont ainsi mises à l’honneur, rendant un vibrant hommage à l’artiste algérienne, la plus singulière du XXe siècle. 

Tout récemment acquis par donation et donc issue de sa collection, en provenance également de collectionneurs éclairés, le musée des Beaux-Arts de Nîmes présente pour la première fois les œuvres exceptionnelles de Baya. 

Après l’imposante exposition de « Baya, Icône de la peinture algérienne » à l’Institut du Monde Arabe, à Paris, puis au Centre de la Vieille Charité à Marseille, ce sont donc une trentaine de gouaches de différentes périodes qui sont ici présentées pour l’occasion.

Propulsée très jeune au sommet de la notoriété, son travail, qualifié à tort « d’Art Naïf » ou « d'Art Brut » a exercé une influence majeure dans l’histoire de l’art moderne, particulièrement en Algérie, où elle fut beaucoup imitée par les générations formées après l’Indépendance, pour sa singularité, son raffinement et sa dimension spirituelle.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Baya n’a pas souffert, comme d’autres femmes artistes, d’un manque de visibilité. En effet, dès 1947, dès l’âge de ses seize ans, ses œuvres sont présentées lors d’une grande première exposition par le galeriste Aimé Maeght, à Paris, éblouissant ainsi les amateurs d’art parisiens et les critiques d’art de l’époque ; ainsi que l’immense Picasso qui lui vouera une certaine admiration pour son bestiaire en céramique.

Une invitation qui permet de (re)découvrir le bestiaire énigmatique d’une céramique et surtout ses peintures joyeuses et colorées qui montrent une nature luxuriante

Avec Baya, nous pénétrons dans un royaume foisonnant peuplé de figures féminines, de chimères ailées et d’oiseaux colorés.  Nous redécouvrons ainsi le bestiaire énigmatique de ses céramiques, la puissance chromatique de ses peintures joyeuses, où l’élégance d’une de ses sculptures d’argile avant de s’immerger dans le dialogue sans fin de ses arabesques. Sa prédilection pour les bleus, le turquoise, le rose, ses arabesques, son bestiaire fait de fabuleux oiseaux fantastiques multicolores sont présents dans de nombreuses toiles proposant une nature enchanteresse, comme une ode à la vie.

Le parti pris de l’exposition montre deux expressions artistiques de femmes, très différentes. L’une plus frontale, l’autre plus harmonieuse

En effet, les commissaires de l’exposition présentent de manière presque frontale, deux dimensions artistiques de femmes, quasi opposées. L’une portant l’art dans sa forme la plus pop, avec parfois une expression plasticienne débridée, pas toujours « domptée » ; l’autre sous le prisme d’une féminité incarnée à travers un imaginaire flamboyant.

S’affranchir avec le temps, une exposition pleine d’espoir et d’espérance

Bien sûr, ce choc visuel nous incite à imaginer que l’histoire de ces deux artistes au charisme évident ne se scellera pas par cette exposition. Avec le temps, Neïla Czermark Ichti reviendra peut-être avec plus d’audace sur ce duo, pour s’affranchir d’un autre parti pris déployant alors, une toute autre puissance artistique qui mêlera plus sûrement et davantage, l’étrange et la mélancolie. Là, où elle excellera. 

Bref, une exposition pleine d’espoir et d’espérance à ne pas manquer !

Et pour ceux qui ne connaissent pas encore l’incroyable imaginaire de Baya, nul doute qu’ils seront enchantés de découvrir ces œuvres qui demeureront désormais, pour certaines d’entre-elles dans les collections du musée des Beaux-Arts de Nîmes; replaçant ainsi cette créatrice exceptionnelle au cœur des courants et des mouvements de l’Art du XXème Siècle qui nous transmet encore une émotion tangible, tant l’œuvre est virtuose.  

Renseignements, informations pratiques : Exposition « Rien ne me manque » avec Neïla Czermak Ichti et Baya au musée des Beaux-arts de Nîmes

Musée des Beaux-Arts de Nîmes

Rue de la Cité Foulc
30000 Nîmes

Horaires d'ouverture :
Le musée des Beaux-arts à Nîmes est ouvert du mardi au vendredi de 10h à 18h et les samedis et dimanches de 10h à 18h30.

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