Publié le 20/04/2026

Eric Cantona, président d’honneur du Festival du dessin d’Arles 2026 : « L’art, c’est ce qui me tient en vie »

La quatrième édition du Festival du dessin d’Arles se tient jusqu’au 17 mai 2026, avec pour président d’honneur Eric Cantona. L’acteur se confie sur sa relation très forte avec l’art, la peinture, la musique, ses collections, et sa pratique du dessin.

Eric Cantona, président d'honneur du festival du dessin d'Arles, avril 2026.

Figure majeure du football dans les années 90,  Eric Cantona mène désormais une carrière artistique foisonnante dans le cinéma (plusieurs rôles marquants), la musique, la peinture, la photographie, la poésie et bien sûr le dessin. ©Thierry de Lestand-Parade

Eric Cantona est le président d'honneur du festival de dessin d'Arles 2026 qui se déroule jusqu'au 17 mai. Avec son attitude posée, ses silences ou ses déclarations tranchées, il exprime une autorité naturelle. Elle est rehaussée par sa stature d'ancien sportif de haut niveau. Son corps est affûté comme ses mots. Il cache en lui une vraie tendresse pour le monde. Lors d'une rencontre avec la presse le vendredi 17 avril, il s'est exprimé sur son attachement à l'art et le dessin après avoir visité plusieurs expositions du Festival.

Eric Cantona, président d'honneur du Festival du dessin d'Arles 2026, évoque sa passion pour toutes les formes d'art

Pour ne pas s'ennuyer

Quel rapport avez-vous avec l'art ? Votre père était peintre...

Il est toujours peintre. Il continue. J'ai toujours été passionné par l'art. Le premier argent gagné, je l'ai investi dans la peinture. Je suis collectionneur. Sans prétention, je pratique toutes formes d'art. L'art, c'est ce qui me tient en vie. Cela me permet de m'exprimer et de ne pas m'ennuyer, parce que je m'ennuie très vite. J'aime toutes les formes d'art en passant d'un support à un autre.

Des œuvres que j'aime

Vous avez une collection d'oeuvres d'art, quels ont été vos choix ?

D'abord, ce ne sont que des choses que j'aime.

C'est à dire ?

J'ai des oeuvres d'Anish Kapoor, de Douglas Gordon, de Sophie Kahn, de Nan Goldin, de Miquel Barcelo, d' Oscar Murillo...

Il y a pire ...

C'est vrai. Ce ne sont que des artistes que j'aime. Je n'ai personne pour me conseiller. J'ai toujours été passionné d'art. Quatre vingt dix pour cent des magazines que je lis sont des magazines d'art depuis que je suis tout petit. Il y a eu une évolution dans les artistes que j'aimais, les mouvements que j'appréciais. Là, aujourd'hui, je peux avoir des vidéos. J'en possède de Kader Attia.

Des évolutions dans les goûts

Vous avez évolué, vous en avez quitté certains ?

Non, je ne les quitte pas. Non, non, quitter, ça veut dire quoi ? Non, non, j'ai évolué. Ça ne veut pas dire qu'on renie son passé. C'est comme dans la musique. J'ai commencé à écouter de l'opéra avec mon père. Et puis aujourd'hui, j'écoute Léonard Cohen, Nick Cave.

Et entre ça, il n'y a pas d'autre chose. Et puis je reviens aux autres. Aujourd'hui, je suis peut-être dans la peinture hyper réaliste. En même temps, très contemporaine. Il y a deux artistes que j'adore, qui sont Guillaume Bresson et Dhewadi Hadjab. Parce que c'est hyper réaliste.

Et en même temps, c'est un témoignage de notre époque. Dhewadi Hadjab met en scène des danseurs d'art contemporain dans une position très inconfortable. Donc ça nous ramène à la danse contemporaine.

Guillaume Bresson met aussi en scène des danseurs, dans le combat. Ça nous ramène à notre société aujourd'hui. Un peu le travail photographique de Mohamed Bourouissa à ses débuts. Voilà, aujourd'hui je suis là-dedans, mais demain je serai dans autre chose.

Interview Eric Cantona, président d'honneur du Festival du dessin d'Arles, avril 2026.
L'artiste s'est confié après avoir visité plusieurs expositions du Festival du dessin. Un art qu'il affectionne, tout comme la ville d'Arles qu'il trouve incontournable. ©Thierry de Lestand-Parade

La spontanéité de l'enfant

Est-ce que l'art apaise ?

Oui, il m'apaise bien. La pratique de l'art, ce n'est pas seulement quand on fait quelque chose. On peut passer des journées, aller voir des expositions. Ça inspire. On peut être influencé par des mouvements. Il y en a un que j'adore, moi, c'est le mouvement CoBrA. Parce que c'est la recherche de l'enfant, de la spontanéité de l'enfant. C'est ce que je recherche dans ma vie tous les jours. C'est pour ça que ça me touche.

Une saveur particulière

Vous êtes là par amour du dessin, mais aussi il y a une affection particulière pour ce lieu. On n'a pas attendu que vous soyez parrain du Festival du dessin pour vous voir à Arles. Cela a encore une saveur particulière que ce soit ici.

Arles, déjà, c'est une très belle ville, dans une très belle région. Et c'est une ville où la culture est très importante. Que ce soit avec les rencontres de la photo, le Festival du dessin...

Arles l'incontournable

Mais vous veniez ici bien avant que ça bouillonne autant au niveau culturel. Qu'est-ce qui vous a attiré en premier, bien avant que ce soit à la mode ? Vous êtes allé aux Arènes par exemple ?

Il y a certains festivals qui prennent de la dimension. L'Espace Van Gogh, j'y suis venu il y a 30 ans. J'ai toujours été passionné d'art, même quand j'étais sportif. Donc, Arles , c'est un peu incontournable. Mais après, c'est important de créer des festivals aussi. Il y a l'image d'une ville, au niveau architectural, historique, qui est sublime. En plus, elle vit par la culture, et c'est des budgets aussi qu'il faut... C'est une volonté politique. Je trouve ça extraordinaire. Parce qu'en même temps, les gens viennent, ils découvrent la ville, ça attire des gens, et puis c'est une ville qui propose tellement d'événements. Je trouve que c'est une belle démarche pour faire vivre la ville. Mais aussi pour la jeunesse d'Arles. Pour ce festival de dessin, il y a des écoles qui ont travaillé pendant des mois pour faire découvrir le dessin, développer l'imaginaire, pour créer leurs propres œuvres. Et ça, c'est important. C'est beau d'avoir des artistes confirmés, mais c'est beau, en parallèle, de travailler avec les jeunes.

Et vous, aujourd'hui, vous êtes là en tant que parrain, mais on sait que vous dessinez aussi. Cela vous plairait d'être exposé ?

Ici ou ailleurs. J'ai une belle collection, je trouve qu'elle aurait sa place ici. Parce que c'est important que les œuvres vivent.

Est-ce que le fait que vous soyez parrain de ce festival, ancien footballeur, acteur aujourd'hui, cela ne serait pas le moyen aussi d'attirer un large public, de le diversifier et de rendre accessible cet art ?

De quel art ?

L'art, le dessin

Le fait que moi je sois là ?

Peut-être attirer un nouveau public qui n'aurait pas forcément eu le réflexe de venir. Comme si vous étiez médiateur.

Oui, peut-être. Mais en même temps, il y a aussi beaucoup de gens qui ont des a priori, qui se demandent pourquoi je suis président d'honneur du festival. Pour certains, je n'ai aucune légitimité. Mais j'ai ma petite idée, c'est sûr.

C'est quoi votre idée ?

Non, non, j'ai ma petite idée. De toute façon, comme c'est subjectif, Il faut tout accepter. Qui peut se proclamer soi-même artiste ? Vous allez voir une œuvre et l'aimer, un autre va dire que c'est n'importe quoi.

Des coups de coeur

Justement qu'est-ce qui vous a plu, qu'est-ce que vous avez aimé dans ce festival du dessin ?

J'ai beaucoup aimé cette exposition d'Art brut. Je suis très touché par l'Art brut. Ce n'est pas une découverte. Je me souviens très bien de la fois où j'ai visité le musée d'Art brut de Lausanne qui est absolument sublime. Et je suis très heureux qu'il y ait une exposition dédiée à l'Art brut ici.

Parce que c'est l'univers qui me touche déjà. La condition dans laquelle les artistes sont intérieurement dans leur théâtre et physiquement. Et l'Art qui devient vital. La recherche de libération et en même temps des gestes qui se répètent à l'obsession. Ça me touche beaucoup.

Un petit tour de magie

Nous avons aussi vu la collection Marin Karmitz qui est magnifique. Absolument sublime. Il y a aussi Viva Italia. C'est très beau. Et plein d'autres expositions que j'aimerais voir, mais que je n'ai pas le temps d'apprécier. Mais pas aujourd'hui. Quand je vais voir des œuvres, je veux être disponible. Je veux être frais.

Je ne veux pas être épuisé en passant d'une salle à l'autre. C'est pour ça que c'est important de rester plusieurs jours. Parce que dès qu'on fatigue, eh bien on va se reposer. Par respect pour les artistes. L'art, c'est intense. Ce n'est pas un marathon. Le festival du dessin d'Arles 2026 est un émerveillement.

Vous pouvez le résumer en un mot ?

Magique. Pourquoi ? Parce que... Je vous ai fait un petit tour. Et puis je disparais.

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