- Auteur Michel Gathier
- Temps de lecture 5 min
Les roches rouges : À Draguignan, l’Estérel incandescent s’expose à travers les yeux des peintres fauves
« Les roches rouges », la nouvelle exposition du musée des Beaux-Arts de Draguignan présente les peintres qui se sont attachés à l’interprétation du massif de l’Estérel à l’aube du XXe siècle. A découvrir jusqu’au 31 octobre 2026.

Cinquante quatre tableaux sont exposés grâce à de nombreux prêts de collectionneurs privés.
Les roches rouges, éclosion artistique dans l’Estérel à l’aube du XXe siècle.
En découvrant en 1888, Agay et l’Estérel à partir de la mer, Maupassant écrivait : «Les granits pourpres, ces os de la terre, semblaient rougis par le soleil, et j’allais lentement, heureux comme doivent l’être les lézards sur les pierres.»
Ainsi commence une aventure des sensations et du bonheur que le musée des Beaux-Arts de Draguignan, département du Var, nous raconte à travers la peinture et son exposition temporaire à voir jusqu'au 31 octobre 2026.
Au musée des Beaux-Arts de Draguignan, balade au cœur de l'Estérel et de ses roches rouges

L'âme volcanique de l'Estérel : quand la géologie inspire les peintres
Cette découverte est une rencontre presque primitive entre la pierre, la lumière et le regard des peintres. A partir d’une cinquantaine d’œuvres consacrées au Massif de l’Estérel, le visiteur traverse un territoire où la géologie devient langage pictural.
L’Estérel possède une singularité immédiate : sa roche volcanique. Ces porphyres rouges, nés d’irruptions vieilles de près de 250 millions d’années, plongent brutalement dans le bleu métallique de la Méditerranée. De cette collision naît un paysage incandescent que les artistes, à la charnière du XIXe et du XXe siècle, ont perçu comme un laboratoire de sensations nouvelles. Les peintres y verront davantage qu’un décor : une matière vivante.

Guillaumin, Valtat : la roche rouge comme matière émotionnelle
Dans cette exposition pensée par Marine Roux, la montagne semble respirer. Les falaises d’Anthéor, les caps d’Agay ou les roches de Trayas ne sont jamais de simples panoramas. Les artistes s’emparent des convulsions minérales, des fractures de lumière, des vibrations du vent sur les pins. Aux confluents des Nabis, du post-impressionnisme et du fauvisme, c’est toujours la couleur qui rayonne et qui déchire et remodèle les formes. Chez Armand Guillaumin, les reliefs deviennent presque des plaques de feu. Sa touche nerveuse accentue les aspérités de la roche et oppose la brutalité minérale à la douceur immobile de la mer. Les rouges flamboyants semblent sortir directement des entrailles du massif. La géologie n’est plus scientifique, elle est un support pour l’émotion.

Mais c’est sans doute Louis Valtat qui entretient avec l’Estérel la relation la plus intime. Installé à Agay puis à Anthéor, le peintre transforme le massif en un territoire intérieur. Ses toiles saisissent les palpitations secrètes des pierres chauffées par le soleil, les ombres violettes des ravins, les éclats orangés des falaises au couchant. Sa peinture semble toujours au bord de l’embrasement. Les couleurs pures, héritées du fauvisme naissant, transforment le paysage en une matière vibrante.
De Marquet à Majorelle : un itinéraire fauve de Saint-Raphaël à Cannes
Grâce au chemin de fer et à l’essor du tourisme, les peintres parcourent désormais ce littoral autrefois considéré comme sauvage et hostile. De Saint-Raphaël à Cannes, ils suivent les mêmes routes, reviennent vers les mêmes sommets : le pic du Cap Roux, le Saint-Pilon ou la baie d’Agay. Chaque artiste pourtant réinvente ce territoire. Albert Marquet adoucit les contrastes et cherche l’équilibre entre ciel, mer et roche. Clémentine Ballot, Lucien-Lévy-Dhurmer, René Seyssaud ou Ker Xavier-Roussel participent à cette révolution du regard méditerranéen où la lumière impose une nouvelle grammaire de la couleur.

Jacques Majorelle : la figure humaine dans le paysage incandescent
Au fil des salles, l’exposition révèle alors une évidence : l’Estérel n’est pas seulement un motif, il agit sur les peintres. Sa géologie fracture les compositions, intensifie les palettes, pousse les artistes vers une peinture plus libre et plus sensible. Ici la roche rouge devient une école de modernité.
Et c’est sur l’intégration de la figure humaine que se clôt cet itinéraire flamboyant. Sur les hauteurs d’Agay, Jacques Majorelle place un modèle féminin comme un rappel mythologique dont les rondeurs et la carnation transforment de nouveau le paysage en le conduisant hors du temps.
Infos pratiques : musée des Beaux-Arts de Draguignan
Musée des Beaux-Arts
9, rue de la République
83300 Draguignan
Ouvert tous les jours de 10 à 18 heures, sauf le mardi.
Gratuit le 1er dimanche du mois.











