- Auteur Thierry de Lestang-Parade
- Temps de lecture 8 min
William Mesguich au Festival d’Avignon : « J’ai toujours aimé l’idée de me dépasser »
Espoir du football au Red Star avant d’être happé par le théâtre, fils de Daniel Mesguich, metteur en scène de 36 spectacles : William Mesguich n’a jamais fait les choses à moitié. Cet été, il présente cinq spectacles au Festival d’Avignon 2026, dont une création intime où il révèle pour la première fois des épisodes de sa propre vie.

Le Festival d’Avignon, pour le comédien et metteur en scène William Mesguich, avec cinq spectacles, dont trois quotidiens, c’est à chaque fois près de 5 heures sur les planches.
William Mesguich est présent au festival Off d'Avignon du 4 au 25 juillet 2026, avec cinq spectacles dont deux mises en scène. Depuis des années, il exprime des performances sur scène. Non par vanité mais en raison du désir de se surpasser.
William Mesguich, metteur en scène et comédien incontournable du Festival d'Avignon 2026
Cinq spectacles au Festival d'Avignon 2026
Alors que proposez-vous cette année au Festival d'Avignon qui se tient du 4 au 25 juillet 2026 ?
Être ou ne pas être, ce sera au Théâtre des Corps saints à 13h25. C'est un projet très intime, personnel, que je joue dans un festival seul en scène dans un théâtre parisien. Je reprends également Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes. C'est un texte magnifique qui met en jeu un homme déficient mental à qui on fait subir une opération du cerveau pour améliorer son intelligence.

Des fleurs pour Algernon, un texte prodigieux de Daniel Keyes
C'est un texte absolument prodigieux, qui est devenu un classique, écrit par un auteur américain. Je le rejouerai dans la chapelle du Théâtre du Roi René à 9 h 45 et au Théâtre des Gémeaux à 18 h 05. Cela semble un peu tôt, mais l'an dernier on était complet deux jours avant que ça se joue. Pour ce texte, je suis accompagné de deux musiciens. Je reprendrai également, dans un troisième spectacle, le duo Gauguin-Van Gogh, que nous avons déjà joué l'an dernier au Théâtre des Gémeaux d'Avignon, qui a connu un très joli succès. Nous l'avons joué aussi à Paris à l'automne dernier au Lucernaire.
Avec qui ?
Le comédien s'appelle Alexandre Cattez, qui joue Paul Gauguin, et le metteur en scène s'appelle Cliff Paillé. Il a donné à Avignon Un soir chez Renoir, Chaplin 1939, Tant qu'il aura des coquelicots. C'est un metteur en scène très prolifique. Je suis ravi de reprendre le spectacle cet été aux Gémeaux d'Avignon à 18 heures.
Le goût de l'effort
D'accord, donc trois spectacles cet été au Festival d'Avignon
Voilà, et puis il y aura deux mises en scène également.

Quand même !
Il y a Soie d'Alessandro Baricco. Une comédienne, Sylvie Dorliat, le reprend pour la quatrième année. Cela sera joué au Théâtre des Corps Saints à 10 heures.
Il y aura également La vie matérielle. C'est un autre seul en scène, d'après l'œuvre de Marguerite Duras, interprété par une comédienne formidable. Elle s'appelle Catherine Artigala. Elle va jouer aux 3S (3 soleils) à 11 h 35.
Être ou ne pas être : des révélations intimes sur scène
D'accord, vous êtes présent dans cinq spectacles, deux mises en scène ?
Cinq spectacles, voilà, trois en tant que comédien, et puis deux mises en scène avec deux femmes seules face au public. Pour Des fleurs pour Algernon, c'est relativement simple mais j'ai quand même modestement un peu dirigé les opérations, la lumière... Pour Etre ou ne pas être, c'est important de le dire, une de mes petites sœurs a travaillé à mes côtés, participant à l'écriture et à la mise en scène. Elle s'appelle Rebecca Stella. Je n'ai donc pas tout fait tout seul. Elle m'a vraiment accompagné mais je trouve que c'est quand même mon histoire à 95% . Ce sont des choses qui me sont arrivées que je révèle.
En 2025, vous étiez présent au Festival d'Avignon avec cinq mises en scène et deux ou trois pièces quotidiennes
Oui, je jouais deux fois par jour et il y avait cinq mises en scène.

Fils de Daniel Mesguich : se faire un prénom dans l'ombre du père
Comment fait-on pour passer d'un univers à l'autre sans se perdre ?
Je ne sais pas. J'ai toujours aimé faire beaucoup de choses à la fois. J'ai toujours aimé l'effort, l'idée de se dépasser, d'aller un peu plus loin, de tendre vers une forme d'excellence pour présenter les plus belles choses qui soient. J'ai beaucoup appris aux côtés de mon père sur cette exigence, cette nécessité de tenter l'aventure de l'inouï, du rare, de partager la plus belle chose qui soit pour partager les plus belles choses du monde. Le théâtre en fait partie. J'ai toujours eu ce goût de l'effort, aussi un peu de l'adversité. Parce que cela n'a pas toujours été très facile pour moi quand j'étais plus jeune d'être le fils de Daniel Mesguich, un peu dans l'ombre quand même.
De footballeur au Red Star à comédien : suivre son propre chemin
Près de 40 spectacles
Mais j'ai réussi petit à petit à faire mon chemin, à me construire, à me faire un prénom comme on dit. J'ai toujours aimé multiplier les projets et faire plein de choses à la fois. Peut-être était-ce pour prouver que j'étais capable, que j'avais ma place dans ce milieu. Pendant très longtemps, j'ai beaucoup travaillé avec mon père et dans ma propre compagnie. Durant une quinzaine d'années environ, j'avais ces deux pôles, et j'ai mis en scène 36 ou 37 spectacles pour ma compagnie professionnelle, L'Etreinte. J'ai joué avec mon père à deux reprises sur scène, des duos. J'ai aussi joué sous sa direction une dizaine de fois.
Comment agit-on avec son père? A-t-on envie de se dépasser vraiment, ou bien est-on assommé, a-t-on peur?
Je pense que c'est un peu les deux. J'ai été par moment en retrait, en défiance, inquiet, dans le doute comme on l'est quand on est artiste en général. On peut aussi l'être dans la vie de tous les jours. Avec un père comme celui-là, ce n'est pas toujours très facile et en même temps il y a toujours beaucoup d'amour, de tendresse de sa part, de confiance malgré tout, pour me donner un peu plus tard le rôle d'Hamlet . Ce n'était pas évident de l'interpréter sous la direction de Daniel Mesguich pour lequel c'était son quatrième Hamlet... Il avait lui-même interprété ce rôle dans les années 80. Et j'allais être cet Hamlet-là... Entre nous, il y a beaucoup de complicité, d'amour, d'affection, de partage.

Un espoir du football
Vous avez aussi beaucoup pratiqué le sport pour vous construire
C'est vrai. Quand j'étais jeune, je souhaitais devenir footballeur professionnel. C'est ce que je raconte dans Etre ou ne pas être. J'étais au centre de formation du Red Star, un club professionnel . Je m'entraînais cinq fois par semaine. Je me suis blessé grièvement, ce qui m'a empêché d'aller plus loin. J'étais un espoir du club et j'aurais pu jouer à un bon niveau. Et puis le théâtre était là, tapis dans l'ombre, à attendre son heure si j'ose dire, et il m'a littéralement happé quand j'avais 19, 20 ans, alors que j'aspirais peut-être, après des études de lettres, à devenir prof de français ou journaliste. Tout à coup je me suis dit, je ne veux pas regretter dans 30 ans de ne pas avoir tenté l'aventure. Effectivement, je suis tellement heureux d'avoir pris ce chemin-là, même s'il a été semé d'embûches. Mais c'est la vie, et c'est bien de se construire aussi parfois dans la difficulté.
Pierre Debauche et Daniel Mesguich, deux maîtres fondateurs
J'ai toujours aimé avancer avec mes camarades d'invention. J'ai appris à faire du théâtre dans le sud-ouest, à Agen, auprès d'un maître de théâtre exceptionnel qui a été le prof de mon père au Conservatoire national d'art dramatique dans les années 70. C'est Pierre Debauche, qui est l'un des fondateurs du Théâtre des Amandiers à Nanterre. Il y a mon père d'un côté, il y a Pierre Debauche de l'autre, et très vite, au sortir de l'école de Pierre, j'ai créé une compagnie. Avec des camarades de l'école, on a inventé ensemble, avancé, déplacé des montagnes. Nous avons fait des projets incroyables, et j'en suis tellement heureux.











