- Auteur Éric Fontaine
- Temps de lecture 8 min
Adrien Fregosi : « Les moyens du bord », une exposition hommage au MIAM à Sète
Il a vécu ses dix dernières années à Sète et a produit de nombreuses œuvres dans son atelier de la rue Denfert-Rochereau. Un hommage est rendu au Musée international des arts modestes, à Sète, à Adrien Fregosi, emporté en 2024 par un cancer.

Le Musée international des arts modestes (MIAM) de Sète consacre son exposition de l’année à Adrien Fregosi, un dessinateur plasticien à la fois prolifique, sensible et singulier, arrivé à l’art par le punk. © Pierre Schwartz
Au Musée international des arts modestes (MIAM) de Sète, l'exposition "Les moyens du bord" rend hommage à l’artiste plasticien Adrien Fregosi, décédé en 2024. Elle est à voir du 11 avril 2026 au 7 mars 2027. L’accrochage des œuvres évoque un parcours autodidacte de l'artiste nourri de cultures alternatives, du graffiti aux fanzines, en passant par le graph. Son travail éclectique fait référence a beaucoup d’univers dans lesquels le plasticien a puisé son énergie.
L’œuvre prolifique d’Adrien Fregosi, décédé à Sète en 2024, se dévoile au MIAM
Adrien Fregosi devenu une légende de l’art contemporain à Sète
Si la maladie a brutalement mis un frein à un travail foisonnant d’imagination, c’est bien la poésie de l’artiste qui est mise en avant. Elle corrobore à créer un ensemble d’œuvres à la fois uniques et totalement emprises d’une vérité sincère. Pour le lancement de cette exposition, Hervé Di Rosa (fondateur du Mouvement de la figuration libre et du MIAM) a fait le déplacement du Portugal. Lors de la présentation, il a rendu un hommage bouleversant à celui qu'il considère comme un artiste aux multiples talents.

Art du graffiti et formats plus intimes
Cette 52e grande exposition annuelle retrace la manière dont l’artiste concevait l’art, la vie, avec ses six dernières années d’exploration narrative qui ont forgé un ensemble de peintures, d’objets, d’affiches, formant un vibrant souvenir de ce qu’il était : un immense artiste.
Les travaux expérimentaux d’Adrien Fregosi trouvent leurs sources dans sa pratique du dessin et sont profondément habitées par les cultures alternatives alliant l’art du graffiti aux formats plus intimes, posant ainsi le concept de l’art modeste.
L’artiste, qui avait 44 ans lorsqu'il est décédé, a également mené des explorations dans des œuvres plastiques originales et développé des motifs narratifs singuliers, dont le style est totalement innovant, au travers d’une œuvre picturale magistrale.
Le plasticien était cet agitateur de l’art que la ville a su accueillir
« Il était l'une des personnes que j'aimais le plus et j'étais toujours curieux de son avis, de son regard », énonce Paul Loubet (graphiste et artiste). Adrien Fregosi était scruté par ses pairs comme si son oeuvre rassemblait et créait une synergie à Sète.

Punk dans l’âme, après des études de psychologie, il entre dans le monde du fanzine et du graffiti avec le skate, une pratique qu’il associe au mouvement, mais aussi à l’équilibre des formes. Il dessine depuis toujours sur des petits bouts de papiers et de carnets intimes. Ensuite il se met à la peinture considérant cet art comme un vecteur communicatif et approprié au public qu'il veut toucher.
Des figures héritées de la BD
Au début des années 2010, Adrien Fregosi avait imaginé un lieu à Grenoble, la galerie Going Blind où il montrait des artistes de la scène alternative qui évoluaient dans un esprit underground. Il tombe déjà malade en 2013 et se voit obligé de cesser cette activité pour se concentrer uniquement au dessin et à la peinture. «Sa peinture, c'est l'expérience d'une vie marquée, je crois, par la peur de la mort. Héritées de la bande dessinée, les figures qu'il peignait peuvent sembler singulières voire grotesques, mais elles ont quelque chose de profondément tragique et comique à la fois », décrit Marine Lang, compagne de l’artiste.

Une joyeuse déambulation
vanSi cet assemblage de peintures, dessins, objets et curiosités, représente complètement le travail d’Adrien Fregosi, c’est aussi grâce à Margaux Bonopera, commissaire d’expositions et responsable des accrochages au Musée Van Gogh d’Arles.
Margaux Bonopera est assistante curatrice à la Fondation Vincent van Gogh à Arles depuis 2018. Elle a collaboré avec des institutions telles que la Fondation Carmignac et la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Depuis 2014, elle est également commissaire d’exposition indépendante, et a réalisé plusieurs projets d’exposition.

Une petite communauté de "bidouilleurs artistiques"
Vingt artistes ont été conviés pour participer à l’exposition. Ils ont ressenti un réel engouement pour cette exposition collective, par le travail des uns et des autres, et aussi par l’implication d’Adrien dans leur vie, par sa bonne humeur, et aussi par les conseils prodigués ou même par une certaine expertise du peintre qui s’est lié d’amitié avec cette petite communauté de concepteurs ou bidouilleurs artistiques comme il aimait les décrire.
Jeanne Roc et les notions de famille
Plusieurs chapitres dont celui de la paternité (l’artiste a été père) et l’incarnation de l’humain dans l’œuvre d’Adrien, fait écho à l’univers de la plasticienne Jeanne Roc, par ce sentiment de l’amour qui s’insinue dans ces concepts artistiques mettant en avant la forme et une certaine globalité créative. Jeanne expose son travail et le public peut admirer des petits personnages que l’on retrouve aussi au MIAM, dans les collections permanentes et inspirantes bien que familièrement naïves.

Des œuvres collectives
Le MIAM est spacieux, le visiteur va pouvoir comprendre l’acheminement du créateur disparu, par l’installation d’oeuvres collectives placées par stades : des chapitres permettent de mieux appréhender la démarche de Fregosi dans laquelle les sentiments d’ardeur et d’allégresse entreprennent un long voyage cosmique et cela grâce à la technique du graffiti et de l’utilisation de bombes par la fameuse signature « Puzl ». En 2000, il était une légende grenobloise dans l’art urbain, jusqu’à son installation sétoise en 2013.
Au dessus des Etoiles complète l’arche poétique et politique dont Philip Guston a été le fédérateur dans la palette graphique d’André. Les autres sections tournant autour des inspirations du plasticien campent l’idée même que l’art s’accommode des invraisemblables diversité émergentes dans la pugnacité de son auteur.

La BD et l’imaginaire fertile qui sont inscrit dans l’ADN du peintre forgent en tout cas l’idée que la forme des personnages, visages, peuplade, qu’il nous offre dans son travail composent un éclectisme artistique novateur.
Le plasticien nous parle des abîmes et de la minéralité qui s’écouleraient des affres de sa mémoire, où la sensibilité des couleurs corroborent à l’unisson d’une certaine jouissance de la vie… face à la Faucheuse !
Au fond, si André Fregosi s’offre de l’au-delà ce luxe jubilatoire d’exposer pendant un an au MIAM, c’est pour Hervé Dirosa l’assurance d’avoir misé sur cette étoile, dans le firmament artistique de la galaxie des talents de l’art contemporain.
C’est aussi la promesse faite à sa compagne de toujours briller dans les lieux où l’originalité est un label de partage.
Infos pratiques
Musée international des arts modestes à Sète : 23, quai Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny.
Exposition Adrien Fregosi, « Les Moyens du bord » : du 11 avril 2026 au 7 mars 2027
Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 18 heures. Fermé le 1er mai.











