- Auteur Thierry de Lestang-Parade
- Temps de lecture 5 min
Festival du dessin d’Arles, 1500 œuvres pour un hommage à la création italienne
À Arles, “Et viva l’Italia” investit une multitude de lieux et met en scène toutes les formes du dessin jusqu’au 17 mai 2026. Un parcours foisonnant de 1500 œuvres, où l’Italie s’affirme à travers toutes sortes de traits, de singularités, de surprises.

Sérigraphie sur papier marouflé sur toile d’Ernest-Pignon-Ernest, considéré comme l’un des précurseurs du Street art en France. © Thierry de Lestang-Parade
Avec 1500 œuvres singulières à admirer, la profusion est au rendez-vous de cette quatrième édition du Festival du dessin d'Arles qui se poursuit jusqu'au 17 mai 2026. Viva l'Italia ! propose un voyage à la rencontre d'artistes étonnants.
Le Festival du dessin d'Arles 2026 met en avant la richesse et la diversité de la création italienne
La rencontre du silence et de la musique neuve
Dans la salle Henri-Comte, tout près de l'hôtel de ville d'Arles, les visiteurs apprécient Guido Crepax, un auteur de bandes dessinées et illustrateur de pochettes de disques de jazz, décédé en 2003. Les vinyles, ancêtres des CD, offrent une surface appropriée pour s'orner d'œuvres marquantes. Elles célèbrent l'admiration d'artistes pour d'autres créateurs. Même en noir et blanc, c'est la rencontre d'un silence et de la musique qui jaillit, libre et souvent neuve. L'Italie est aussi présentée en majuscule dans la chapelle du Muséon Arlaten.

Le regard d'un survivant
Il y a aussi André Masson. En juin 1940, il réalise Le paysan et la semence, un autoportrait. L'oeuvre est réalisée au crayon, à la plume, à l'encre de chine et à l'aquarelle. Le regard est hagard. Il annonce le triomphe de la barbarie. L'artiste est ravagé par ses blessures de la Première guerre mondiale. Il tente de se retrouver lui-même près de l'étang de Berre après cette première mêlée sanglante. Mais elle règne dans son existence pour toujours.
Viva Italia : 1500 œuvres au cœur du Festival du Dessin d'Arles 2026
Des regards émerveillés et sombres
Il y a un aspect ensoleillé avec Federico Fellini. Ginger, au feutre et stylo bille, est un personnage de l'un de ses films. Le trait est coloré et tendre. Pier Paolo Pasolini, autre cinéaste, ne dédaigne pas la couleur. Mais son portrait de Ninetto n'exprime pas l'insouciance radieuse. Non, le personnage est plein de tensions. Il semble même exprimer la crainte d'un malheur à venir.
Une authenticité pour des œuvres bien différentes
Au musée Réattu, Fernand Léger, ami de Chagall et d'Apollinaire, compose un autre univers. Il est aisé d'y percevoir la volonté de s'affranchir de toutes les influences pour bâtir un art nouveau, immédiat. Il est conçu pour le plus grand nombre, loin des précédentes chapelles du beau.
C'est coloré mais jamais vraiment apaisé
Chez Théophile Alexandre Steinlen, le regard est souvent sombre. Sa furie à combattre l'injustice se lit dans des représentations macabres, païennes. Les personnes représentées sont pleines de gravité. Steilen est un artiste engagé dans le combat pour une autre société. Et il ne s'accorde aucune trêve. L'art, c'est aussi exprimer des choix.
Un musée privé
Nous poursuivons notre découverte par un autre endroit. Car les desserts concluent toujours les bons repas.
Et la vie continue rassemble les dessins de la collection de Marin Kamitz, producteur de cinéma, dans l'église Sainte-Anne, place de la République. Cette visite offre au regard un panorama singulier. Il est bouleversant de beauté.
Un conteur inspiré
La sûreté du goût de cette personnalité, également attirée par la photo, se déploie aisément. C'est un musée privé qui s'ouvre à nous. Géricault est présent avec un pâle dessin au crayon, Napoléon et ses soldats. L'horreur de la guerre apparaît au premier plan. Un cuirassier gît sur sa monture. La fresque est minutieuse. Géricault est un conteur inspiré.

Petite devinette
Victor Hugo compose une caricature pleine d'ironie vers 1840. « Monsieur ! c'est à vous de vous tirer de là !!! »
Qui est cette personne ? C'est à vous de l'imaginer. La même interrogation concerne un gigantesque panneau d'Ernest Pignon-Ernest. Cette sérigraphie sur papier marouflé sur toile s'intitule ordre n°2 à l'armée de l'art.
Un texte plein de révolte l'accompagne. C'est une incantation étrange qu'il vous faudra aussi analyser. L'art est un langage pour chacun de nous.











