- Auteur Éric Fontaine
- Temps de lecture 7 min
La 4e édition du Festival du Dessin fait carton plein à Arles
La quatrième édition du Festival du Dessin d’Arles se tient jusqu’au 17 mai 2026 dans une douzaine de lieux. Une quarantaine d’expositions entraînent les visiteurs dans les univers de paysagistes, dessinateurs abstraits, auteurs d’art brut.

Une installation d’Irène Dacunha (qui vit et travaille à Lausanne), inspirée par l’art pariétal. A voir à la chapelle Saint-Blaise.
La capitale de la Camargue confirme sa vocation d’être la ville des grands évènements. Après la photo et ses rencontres, la musique du monde (Les Suds), Arles poursuit sa quête de la culture en réunissant les plus grands dessinateurs internationaux, du XVIIe siècle à nos jours au festival du dessin d'Arles, jusqu’au 17 mai 2026,
L'événeemnt est organisé dans une douzaine de lieux comme l’Espace Van Gogh, le musée Réattu, la Fondation Manuel Rivera-Ortiz, la Chapelle du Méjean, des églises, et l’incroyable maison de maître appartenant à Lee Ufan réunissent une quantité incroyable de talentueux artistes. Il y a des classiques, des modernes, des contemporains, de l’inattendu comme les dessins de Philippe Katerine ou de chefs-d’œuvre avec la collection du producteur Marin Karmitz.

Le Festival du Dessin d'Arles 2026 signe une 4e édition ambitieuse, tournée vers l'Italie et résolument contemporaine
Plusieurs lieux pour admirer les oeuvres
Les coups de coeurs sont nombreux dans ce festival et il est primordial de prendre un peu de temps pour contempler la modernité de certaines œuvres, qui révèlent un avant-gardisme à tout vent.

Le thème fédérateur cette année est l’Italie. Frédéric Pajak, directeur du Festival du Dessin évoque les étudiants d’écoles d’art de Florence (Italie) « Cet art mineur est devenu pour le dessin un art majeur, dont les galeries et les collectionneurs prennent conscience que chaque artiste présenté, au delà des questions de goût, a trouvé une issue, un chemin personnel qui le conduit dans la vérité profonde du dessin que l’on nomme la subjectivité ».
"Enlever ce qui est superflu"
Plusieurs d'entre eux s'expriment, comme Lorenzo Mattotti, 72 ans : « Je me suis rendu compte que pour arriver à donner l’idée de mouvement dans une image arrêtée, il fallait parvenir à enlever ce qui est superflu pour ne conserver que la tension extrême du trait et de la forme. Par la composition, l’imbrication des formes et des couleurs, on parvient alors à créer une tension particulièrement forte dans le dessin. » On découvre son travail dans la salle Henri-Comte, proche de l’hôtel de ville.

Qui est Piranèse ?
Giovanni Battista Piranesi, dit Piranèse, est un graveur et architecte italien majeur du XVIIIe siècle. Au remarquable réalisme de ses gravures s'ajoute un imaginaire débordant, parfois obscure, mais toujours visionnaire. Les dessins présentés au festival inscrivent son oeuvre dans un formidable élan visionnaire que le dessinateur aimait offrir au public. D’un modernisme proche de la science fiction, Piranèse nous rappelle un univers proche de Nostradamus où la légende télescope le vrai, mais où le faux s’insinue dans un processus évolutif en parfaite fusion avec la modernité humaine.
Quand le cinéma se retrouve en dessin
Le cinéma aussi se retrouve en dessin, avec Federico Fellini. Le grand cinéaste s’accomplit dans l’écriture de certains de ses films mais également par le découpage des scènes, qui lui permet de pré-monter les séquences filmées. Une multitude de dessins sont présents dans un accrochage judicieux à la chapelle du Museon Arlaten qui a aussi privilégié les thèmes sur l’Italie du XVIIIe siècle au XXIe siècle.
Recevoir les artistes du monde entier
Françoise Nyssen (ancienne ministre de la Culture) est devenue Arlésienne. Elle propose son lieu toute l’année pour les expositions photos, peintures et dessins…
De 1987 à fin 2022, elle participe à la direction de la maison d'édition Actes Sud, fondée par son père Hubert Nyssen et devenu en 2017 le neuvième groupe d’édition français. Elle (ainsi que son mari jusqu'à son décès en 2023) en possèdent 95 % du capital. Par son éclectisme culturel, elle s’inscrit totalement dans cette synergie de recevoir des artistes du monde entier !
Jean-Michel Alberola interroge la fragilité de la beauté
On appréciera aussi l’immense talent de Jean-Michel Alberola. Né en 1953 à Saïda en Algérie, il vit et travaille à Paris. Depuis trente ans, il produit une œuvre protéiforme entre figuration, abstraction et art conceptuel. Gouaches, néons, sculptures, livres d’artistes ou films sont les différentes facettes d’un travail qui interroge la fragilité de la beauté, l’ambiguïté du regard, le rôle de l’artiste et les fins de l’art.
Avec humour et poésie, l’artiste engagé mêle aux réflexions artistiques, des questionnements politiques et sociaux. Ses dessins au grand format positionnent les formes du trait avec le rudimentaire. Ils s’inscrivent totalement dans ce collectivisme d’artistes qui établit leur art par la seule volonté de créer un travail singulièrement basé sur un graphisme moderne et équilibré.

Rosa Maria Unda Souki et ses aquarelles sur papier Arches
Rosa Maria Unda Souki est née à Caracas en 1977, sa mère est Brésilienne et professeur de langues, son père Vénézuélien et architecte. Elle obtient son diplôme des Beaux-Arts en 1999 à l’Institut Universitaire d’Arts Armando Reverón (IUESAPAR) à Caracas avec les félicitations du Jury. En 2004, elle emménage à Paris où elle vit pendant sept ans. Elle y fait la connaissance de commissaires, de collectionneurs et d’institutions qui deviennent de fidèles soutiens pour son travail. En 2004, elle remporte le Prix « Signatures », prix créé sous l’égide d’André Malraux en 1959.
Des ateliers féminins pour une créativité riche
Son travail aux traits en aquarelle et à la gouache est remarquable par la finesse d’exécution. Il rappelle que le courant artistique du Venezuela initié en autres par le peintre Cristóbal Rojas associé au XIXe siècle par l’académie Julian, pause les bases d’un impressionnisme où les ateliers féminins œuvraient pour une créativité riche en technique mixte et convergence avec un passé marqué par le colonialisme.
L’église Saint-Blaise retrace l’histoire des origines
Irène Dacunha artiste emblématique offre aux visiteurs une immersion dans l’installation de formes en papier. Attirée depuis toujours par « Le Monde des Mondes », elle déploie un univers chimérique par des lanternes monumentales, sortes d’objets stellaires issus peut être de la préhistoire et sortant de gravures rupestres. Le jeu de lumière, concept approuvé par le curateur Nicolas Raboud, réinvente complètement la mise en forme des lieux, pour créer une magie intemporelle.
Le fusain de l’artiste crée des images dans les modèles, au point de magnifier un ensemble très homogène, dans la fraicheur de la chapelle, le visuel est absolument réussi.
Infos pratiques
Une quarantaine d'expositions sont à découvrir jusqu'au 17 mai 2026 dans une douzaine de lieux, à Arles.
Les expositions sont ouvertes tous les jours de 10 à 18 heures (dernière entrée à 17 h 30), sauf
exceptions : le musée Réattu, le Museon Arlaten et Lee Ufan Arles sont fermés le lundi.











