- Auteur Éric Fontaine
- Temps de lecture 6 min
Nîmes expose le couple d’artistes Ida Tursic et Wilfried Mille à Carré d’art
Carré d’Art contemporain consacre une exposition à IdaTursic et Wilfried Mille jusqu’au 11 octobre 2026. Un duo emblématique dont la pratique, développée depuis plus de vingt ans, interroge les conditions d’existence de la peinture dans un monde saturé d’images.

Diversion with dinosaure, d’après John Ferneley, huile sur toile, 2024.
Dans leur peinture, Ida Tursic et Wilfried Mille s’inspirent des grands courants de l’art pour mieux les sublimer, et les confronter avec les motifs, sorte d’icônes parfois les plus singuliers de l’imaginaire artistique et contemporain. Carré d’art , également baptisé « Espace Jean Bousquet ». Le centre d'art contemporain à Nîmes, dans le Gard, consacre jusqu’au 11 octobre 2026 une vaste rétrospective à ce duo emblématique de la peinture française.
"Dissonances à géométries variables", l'exposition de Tursic et Mille à Carré d'art à Nîmes
Les deux artistes nés en 1974 se sont rencontrés à l’École nationale supérieure d’Art de Dijon (anciennement les Beaux-Arts). Leur intention commune est basée sur l’empreinte, celle qui nous indique mais aussi celle qui informe d’une manière génétique, voire qui se ressource d’un patrimoine mémorial.

Lors du vernissage à Nîmes, Ida Tursic et Wilfried Mille ont évoqué leur travail. « Ida et moi, nous nous interrogeons sur le médium de la peinture qui peut prendre plusieurs symboliques autour de la trace, l’iconographie ou l’étude des représentations figurées qui forgent l’ensemble de nos œuvres ».
Travail à quatre mains
Leurs peintures, leurs aquarelles et leurs gravures « regénèrent », des formes dupliquées, des icônes imprimées extraites de l’industrie papier, dont les sources de travail proviennent de films, de sites internet ou d'autres médias streaming. Celles-ci sont recomposées par ordinateur et repeintes sur un support traditionnel de toile, ou récemment de bois ou de papier d’arche.
Ida Tursic et Wilfried Mille représentent des scènes figurées, où se côtoient le sensationnel, la sensualité, des natures mortes, des paysages ou des extraits de film peuvent apparaitre. Les artistes traitent avec une intensité singulière qui abolit une partie de la hiérarchie, entre les sujets, sans pour autant créer une anarchie dans l’équilibre du travail à quatre mains.

Les possibilités de l'abstraction
Le deux artistes explorent également les possibilités de l'abstraction avec des peintures proches de l’op’art. Cette expression est utilisée pour décrire certaines pratiques et recherches artistiques faites à partir des années 1960 et qui exploitent la faillibilité de l'œil à travers des illusions ou des jeux d'optique.
La technique mixte employée pour réaliser leurs oeuvres, s’accommodent sur des grands formats et fait aussi largement référence au mouvement « Support/Surface » initié par en autre Claude Viallat (artiste nîmois).
L'atelier à Mazamet
Pour chaque peinture réalisée, Ida Tursic et Wilfried Mille utilisent des feuilles de papier sur lesquelles ils essaient la couleur et nettoient le tout à l’aérographe. Ces pages « test » deviennent à leur tour des impressions, utilisant un jet d’encre de très grand format où tâches, projections et expérimentations de la couleur, font vibrer la surface.
Sur d’autres feuilles, ils classifient les couleurs utilisées pour former une sorte de répertoire imaginaire et abstrait des peintures positionnées avec justesse.

Les transformations de la photographie
Ida Tursic et Wilfried Mille s’intéressent aux transformations de la photographie, à la manière de la transposer, en introduisant un médium, ils confèrent aux oeuvres une authenticité dans un contexte donnés où les traces sur les tableaux prennent une dimension plus picturale.
L’atelier de Mazamet leur sert de laboratoire d’essais, où le lent acheminement de leur exploration fait converger des collections qui parfois s’influencent aussi élégamment du travail du couple anglais Gilbert & George. Ces derniers sont les inventeurs d’un langage artistique mêlant gravité du propos et liberté exubérante des images, dans le prolongement du Pop art.
Une monumentalité de plus en plus affirmée
Si Gilbert & George s’inscrivent dans la continuité de l’œuvre peinte du maître de l’avant-garde, Andy Warhol, Ida et Wilfried s’émerveillent devant le spectacle quotidien de la ville de Mazamet. Leur engagement politique et écologique, les conduit à retranscrire les transformations de la société, leur évolution vers une monumentalité de plus en plus affirmée.
À Carré d’Art, les œuvres sont présentées de manière informelle et imposent aux visiteurs un peu de contemplation, pour voir les riches détails qui les composent.
Nîmes devenu un haut-lieu de l’art contemporain
Décrypter le travail des deux plasticiens, c’est tout d’abord sélectionner les œuvres qui paraissent être emblématiques de cet accrochage nîmois… Lors du vernissage, le public a eu de la chance d’avoir la présence physique d’Ida et Wilfried, très disponibles pour commenter leur travail.
Les deux artistes réinventent leur destin dans une toile inspirée des portraits du XVIIIe siècle. Diversion with Dinosaur questionne surement sur l’imaginaire qui se dégage de ces œuvres liées à la lignée, dont les générations seraient issues au point de recréer une antithèse historique dont les dinosaures auraient laissé place à notre humanité.
Un goût du sensationnel
Au fond John Fernely (peintre anglais spécialisé dans les scènes sportives de plein air), n’est-il pas le portraitiste animalier des chevaux ? Par cet humour caustique, les artistes pointent avec un goût du sensationnel, le fait que l’Angleterre serait aussi liée à cet évolution dont Darwin aurait simplement anobli l’évolution des espèces.
Carré d’Art à Nîmes compose cette allégorie à travers les œuvres du couple français. L’art peut d’une manière complexe, voire détournée, nous raconter tout simplement plusieurs histoires dont les essences de vies, seraient la trace de l’humanité toute entière.
Infos pratiques "Exposition de Ida Tursic et Wilfried Mille à Carré d'art à Nîmes
Carré d’art contemporain se situe face à la Maison carrée à Nîmes.
Du mardi au vendredi de 10 à 18 heures.
Samedi et dimanche de 10 heures à 18 h 30.
Fermé le lundi.











